Une ressource rare, fragile et malmenée
Globalement, la quantité totale d’eau douce sur terre reste constante puisque qu’elle est recyclée en permanence. “L’eau que vous buvez a été pissée six fois par un diplodocus” disait Paul-Émile Victor. Les besoins en eaux sont grandissants car la population augmente mais aussi parce qu’un besoin inconsidéré existe. Par ailleurs, l’agriculture et les industries polluent champs et rivières et il devient de plus en plus difficile de se débarrasser de certaines molécules qui polluent les eaux. Il est clair que la surexploitation et la pollution de l’eau actuelle mettent en péril cette ressource naturelle.
Le circuit de l’eau à Paris
Le circuit de l’eau dans les villes se découpe en deux phases, son arrivée (production et distribution) et son évacuation (assainissement). A Paris nous avons la chance d’avoir un double réseau de distribution : l’un d’eau potable pour les individus ; l’autre d’eau non potable pour le nettoyage des rues et des égouts ainsi que pour l’arrosage des fleurs des parcs publics. Ce réseau, en mauvais état, risque malheureusement d’être bientôt supprimé.
L’arrivée
La Seine et la Marne, ont toujours été une source d’inspiration pour les artistes. Ces fleuves et rivières sont aussi un milieu de vie pour la faune et la flore. Mais, une de leurs fonctions essentielles actuelles est de fournir de l’eau potable aux Parisiens. En effet, à Paris, la moitié de l’eau potable consommée est de l’eau souterraine, l’autre moitié provient de la Seine et de la Marne traitée respectivement dans les usines d’Orly et de Joinville. La quantité d’eau nécessaire est colossale (de l’ordre de 600 000 m3 par jour), cinq réservoirs alimentent Paris.
L’évacuation
Jusqu’au Moyen-âge, les eaux usées étaient rejetées dans les rues, les fossés, les champs alentour et se retrouvaient soit dans la Bièvre, petit affluent de la Seine, traversant le 13e, soit dans le ru de Ménilmontant dans le 20e, pour finalement être déversé dans la Seine. Ces eaux sales se répandaient à ciel ouvert, polluaient et empestaient tout sur leur passage. Ce n’est que sous Philippe Auguste, aux alentours de 1200 qu’un effort d’hygiène a été fait. Les rues ont été pavés et dessinées de manière à collecter les eaux usées en leur centre. C’était l’ancêtre du caniveau. Sous Louis XIII, une avancée importante a vu le jour, si l’on peut dire, avec la construction des premiers égouts souterrains. Au fil du temps, ce réseau va s’accroître pour atteindre environ 600 km de long en 1878, sous l’impulsion du baron Haussmann, préfet de la Seine et de l’ingénieur Eugène Belgrand. Aujourd’hui, le réseau est constitué de 2350 km de galeries techniques.
La gestion de l’eau à Paris : une lutte réussie mais un collectif qui reste vigilant
L’eau est un élément naturel tout comme l’air ou l’énergie du soleil. L’eau devrait donc être gratuite. Il est stupéfiant de confier la distribution de l’eau à des sociétés privées dont le but est de faire du profit ! Cependant, il y a tout de même un petit bémol à cette gratuité ; le transport, la distribution, l’évacuation, le traitement de l’eau ont un coût. Seule une gestion publique de l’eau peut assurer à l’usager une facture prenant en compte seulement le coût réel du service.
D’ailleurs, jusqu’en 1984, l’eau de Paris était gérée par la Ville de Paris en régie municipale. Mais, en 1984, le maire de Paris de l’époque, Jacques Chirac a octroyé le marché de la distribution de l’eau aux deux sociétés, la Générale des Eaux/Vivendi (Véolia) pour la rive droite et la Lyonnaise des Eaux (Suez) pour la rive gauche. Des contrats de 25 ans étaient alors signés ! Pour la « petite histoire », la Lyonnaise des Eaux était dirigée à l’époque par Jérôme Monod, un ami personnel de Chirac ! Jusqu’à il y a quelques mois, la distribution de l’eau de Paris était entre les griffes de ces deux sociétés multinationales. Depuis 1987, la production était assurée par une société d’économie mixte, la Société Anonyme de Gestion des Eaux de Paris (SAGEP).

A Paris, comme partout en France, la délégation au privé de ces contrats juteux est contestée. En 2003, à l’initiative de quelques citoyens, un « collectif eau » * voit le jour pour défendre une gestion publique de la distribution de l’eau. Cette lutte a pris naissance dans le 13e à partir d’un petit groupe de militants d’Attac qui s’est mobilisé : une exposition sur ce sujet à la mairie et la réunion d’un Comité d’initiative et de consultation d’Arrondissement ont permis de commencer la sensibilisation des usagers parisiens à la question du retour en régie publique de la gestion de l’eau.
Le « collectif pour la remunicipalisation de l’eau à Paris » s’est ensuite ouvert dans tout Paris à d’autres associations, des syndicats et même des partis, pour interpeller les élus et convaincre les habitants… La bataille de l’eau était engagée !
En novembre dernier, le Conseil de Paris a voté la remunicipalisation du service de l’eau. La régie autonome « EAU DE PARIS » créée depuis le 1er mai 2009 sera mise en place en 2010. L’eau redeviendra alors un service public local. Ce bien vital a évité d’être à nouveau livré à la loi du marché.
La bataille sera plus rude pour nos voisins de la banlieue où des tensions font rage au sein du Sedif (Syndicat des Eaux de l’Ile de France) qui regroupe 146 communes.
Le « collectif pour la remunicipalisation de l’eau à Paris » peut se réjouir de son succès cependant il reste vigilant car les modalités d’application de la réforme sont encore inconnues. Le privé sera-t-il totalement écarté ? Quel sera le statut des employés ? Il garde aussi un œil grand ouvert sur le prix et la qualité de l’eau. Par exemple la régie maintiendra-t-elle cette clause abusive des anciens contrats qui permettait de faire augmenter le prix du m3 quand la consommation baissait ?
On en saura plus en novembre prochain car le Conseil de Paris votera une délibération sur les grands axes de cette réforme. Mais auparavant, l’Observatoire de l’eau auquel participe le Collectif pour la remunicipalisation de l’eau doit se réunir en Septembre pour parler du devenir du circuit d’eau non-potable et des modalités de la réforme. Espérons que la réforme tiendra ses promesses !
Maîtriser sa consommation d’eau
A Paris, nous pouvons nous réjouir du fait que la consommation d’eau potable a baissé de 28% en vingt ans. Cette diminution provient essentiellement de la diminution des fuites, suite aux travaux sur les canalisations.
Cette diminution de la consommation d’eau témoigne aussi d’une certaine prise de conscience des Parisiens. On consomme en moyenne 130 litres d’eau par jour et par personne. La majeure partie de la consommation provient des douches et bains, vient ensuite la consommation des toilettes, puis des lave-linge et lave-vaisselle.
Il est important de maîtriser sa propre consommation d’eau. L’un des moyens est en premier lieu de se rendre compte de la quantité d’eau que l’on dépense. Actuellement, ceci est difficile car, les compteurs d’eau sont généralement collectifs, avec un abonnement par immeuble ; la facture étant ensuite calculée par appartement en fonction de la superficie de l’appartement (nombre de millièmes). Dans les logements sociaux de la Ville de Paris, un autre système plus judicieux existe. En plus d’un compteur général par immeuble correspondant à un abonnement, il existe des compteurs divisionnaires par appartement avec affichage de la consommation personnelle. Chaque appartement doit donc payer en fonction de sa propre consommation. Ce système semble convenir à une prise en main de sa propre consommation. Un troisième système a essayé d’être mis en place par les entreprises privées Véolia et Suez. Il s’agissait d’instaurer un abonnement par compteur et donc par appartement et non plus par immeuble (comme pour les abonnements EDF ou téléphone). Le Conseil de Paris a adopté ce dispositif, beaucoup plus coûteux pour les citoyens, mais sans le rendre obligatoire. Le collectif s’est battu pour que la Ville de Paris étende la formule des compteurs divisionnaires existants dans les logements sociaux à tous les logements de Paris.
L’eau dans le 13e : eau de ville et eau de source
Le 13ème est soumis à la même distribution et évacuation de l’eau que les autres arrondissements. Cependant, il a en plus la particularité de posséder un puits artésien à la Butte aux Cailles. Et oui, on peut aller chercher son eau de source à la fontaine de la place Verlaine. Ce puits a été construit à l’époque d’Haussmann ; il est encore en service. Il a fourni, jusqu’à il y a quelques années, l’eau à l’une des plus anciennes piscines de Paris, la piscine de la Butte aux Cailles, place Verlaine.
Les fontaines dans le 13e
Les fontaines parisiennes les plus classiques sont les fontaines Wallace, soutenues par les quatre cariatides, dessinées par Sir Richard Wallace mais réalisées par le sculpteur Charles-Auguste Lebourg. Ces quatre cariatides représentent la bonté, la simplicité, la charité et la sobriété. Elles représentent également les 4 saisons : Simplicité représente le printemps, Charité l’été, Sobriété l’automne et Bonté l’hiver. Deux gobelets en fer étamé étaient accrochés à ces fontaines. Cependant, en 1952, le conseil d’Hygiène Publique du département de Seine a supprimé ses gobelets pour des raisons d’hygiène. Une cinquantaine de ces fontaines ont été offertes par Wallace, généreux donateur britannique en 1872. Il en existe actuellement une centaine dans Paris dont 5 dans le 13e. Savez-vous où elles se trouvent? Vous avez la réponse à la fin de l’article. Mais, peut-être en avons-nous oublié ? Dites-le nous !

D’autres, de facture très variées, jalonnent l’arrondissement. Vous pouvez les voir sur le site http://www.parisfontaines.fr/13e_1486.htm mais rien ne vaut une découverte in situ !
Les fontaines de la place Verlaine moderne et alimentée par l’eau du puits artésien, de la Place d’Italie, de la Place Souham, du square Héloïse et Abelard, du square Hélène Boucher, du square Baudricourt, du parc Kellermann, du parc de Choisy, du jardin du Moulin de la Pointe, du jardin Juan Miro. Il en existe probablement d’autres, nichées dans des cours ou à un coin de rue. Envoyez-nous l’adresse, une photo, nous les répertorierons sur le blog de la gazette.
Les fontaines Wallace :
-60 rue de Domrémy, angle de la rue de Richemont
-38 rue de la Butte aux Cailles, angle de la rue de l’Espérance
-10 rue des frères d’Astier de la Vigerie
-4 rue Dumeril, angle de la rue Jeanne d’Arc
-Face au 11 quai d’Austerlitz, devant le pavillon Navigation
Quelques chiffres
| - 97,2% de l’eau sur terre est salée.
- Sur les 2,8% d’eau douce, seul 1% est accessible.
- Prix de l’eau par m3 à Paris est de 2,89 euros le m3.
- Depuis 1984, le prix de l’eau dont la distribution était gérée par le privé a augmenté de 343% alors que le coût de la vie de 67%. La consommation d’eau a triplé.
- Alimentation : 571 484 m3 d’eau potable par jour en 2007 et 600 km d’aqueducs.
- Distribution : 1 800 km de canalisations (jusqu’aux compteurs).
- Assainissement : 2350 km de canalisations d’égouts et 3 millions de m3 d’eaux usées nettoyées par jour. |
* Le collectif s’appelait groupe eau au début puis est devenu « collectif pour la remunicipalisation de l’eau à Paris » lorsqu’il s’est élargi. Il regroupe : ACME, ATTAC Paris, CGT Paris, CNL 75, Eau Secours IdF, Solidaires Paris, UFAL, CDDSP 75, NPA 75, Gauche alternative et des usagers de l’eau… Contact : collectifeauparis@attac.org .
Pour plus d’informations, vous pouvez également consulter le site de l’ACME (Association pour le Contrat Mondial de l’Eau). Pour que l’accès de l’eau devienne un droit pour tous. http://www.acme-eau.org/
Anne Tit’goutte