Gazette 69 Le chantier de la rue Xaintrailles
Posté par lagazou le 8 novembre 2008
On bosse ici, on vit ici, on reste ici
Un chantier de démolition s’est installé sur l’emplacement occupé jusqu’à présent par la paroisse Notre Dame de la Gare. Il s’agit d’une partie du patrimoine de l’église vendue à la COGEDIM en échange du financement d’une chapelle.
Depuis le 15 avril, 25 sans-papiers occupent le chantier où ils travaillent. Ils sont salariés depuis plusieurs années dans des entreprises du bâtiment sous-traitantes du promoteur immobilier COGEDIM.
Un peu d’histoire : Pour la CGT c’est une nouvelle étape et un laboratoire pour l’action. Raymond Chauveau, délégué CGT animait en 2006 la première grève des sans papiers à l’usine Modelux de Massy, puis, plus tard le mouvement de grève à Buffalo Grill. Aujourd’hui, en collaboration avec « droits devant », Raymond Chauveau initie un mode d’action novateur, manière de faire qui fait ses preuves aujourd’hui avec le mouvement qui concerne maintenant 17 sites à Paris.

Des travailleurs émigrés plus près de nous. Ils sont sortis de l’ombre, le réseau RESF a beaucoup fait pour nous familiariser avec nos voisins étrangers dont les enfants sont en danger d’expulsion. Autre signe des temps : Pour la première fois un groupe de près de 5000 travailleurs sans papiers a animé le 1er mai le cortège des bannières syndicales. Habitués à se cacher, ils ont manifesté aux cotés des travailleurs français. Ils disent : « assez de mépris, assez d’hypocrisie des pouvoirs publics, assez de surexploitation ».Ils n’ont rien à perde, avec d’autres ils demandent leur régularisation. Ils sont quelques centaines de grévistes, pour Jean Claude Amara responsable de l’association « droits devant », ils ne sont donc que l’avant- poste de centaine de milliers d’autres. Selon les organisations liées à l’émigration, ils seraient entre 300.000 à 600.000 travailleurs sans papiers en France.
Rue Xaintrailles, un chantier comme les autres et pourtant singulier, il est au cœur d’une forte solidarité due à quelques facteurs particuliers : Tout d’abord le caractère unitaire du soutien *, ensuite une communication originale et multiforme. La vie quotidienne crée autour du chantier est liée a la diversité des soutiens, chacun portant sa part d’imagination et d’implication concrète. Ainsi et grâce a la mobilisation de tous, chaque dimanche, les occupants du chantier « invitaient » à partager, tantôt les brochettes ou quelque plat africain cuisiné sur place, des films ont été projetés réunissant les occupants et les soutiens. La Ligue des Droits de l’Homme qui organise chaque année la votation citoyenne avait confié une urne aux Africains installés dans notre quartier, les « résidents » ont pris plaisir à participer à la votation, une manière d’être à l’unisson des associations citoyennes. Meetings, manifestations ont ponctué ces semaines de lutte collective, temps forts pour « tenir » ; les pressions et le manque d’argent pèsent lourd pour chacun.
Les Français réalisent tout à coup que l’étranger travaille et s’acquitte de ses obligations de salariés. Souvent cela contribue à changer le regard, la conscience que notre pays à besoin de cette main d’œuvre progresse. Du coup l’hypocrisie de nos gouvernants éclate, la situation profite aux patrons. « Le patronat sait bien que ces travailleurs sont obligés d’accepter des conditions de travail que les Français refuseraient »* En janvier 2007 une circulaire prévoit la possible régularisation des travailleurs qui peuvent présenter des feuilles de paye En février dernier une brèche a été ouverte dans un restaurant ou 7 cuisiniers ont été régularisés. On connaît la suite, espérons le, ce n’est qu’un début. Rue Xaintrailles, 11 salariés ont été régularisés, 6 autres ont convoqués. Mais il faut tenir, la grève est financièrement éprouvante, le gouvernement compte sur l’épuisement des grévistes. La campagne de solidarité a déjà recueilli 10.000€.
*liste non exhaustive des groupes qui soutiennent l’occupation : les Alternatifs, Alternative Libertaire, CGT, CNT, LCR, LDH, MRAP, PCF, PS, RESF, SUD, les Verts .
*souligné par Gérard Filoche, inspecteur du travail.
Soutien financier versements à l’ordre de CGT Solidarité sans papiers- 263 rue de Paris 93516 Montreuil Cedex