Une affaire à suivre
En janvier 2006, l’espace culturel et associatif Le Barbizon, haut lieu de la vie de quartier du 13e arrondissement, était muré par la police. L’association « les Amis de Tolbiac » qui avait redonné vie à ce cinéma désaffecté depuis 20 ans, devenait elle aussi SDF, s’empressant de demander un relogement, promis 7 fois en 8 ans par la mairie lors de vœux adoptés aux différents conseils de Paris, vœux pieux à l’évidence, puisque plus de 4 ans après l’expulsion, la situation n’a toujours pas évolué. Lors du dernier compte rendu de mandat de Bertrand Delanoë dans le 13e, promesse publique a été faite d’un relogement imminent… dans ce qui s’est révélé être un local de 17 m2 et qui, comble de l’absurde, n’était pas du tout prévu pour les amis de Tolbiac par la RIVP (Régie Immobilière de la Ville de Paris) !
En attendant, le maire affiche la réhabilitation du Barbizon, une salle de spectacle est prévue au RdC et des logements sociaux au dessus… après 25 ans d’abandon seulement… mais sans l’intervention des Amis de Tolbiac où en serions-nous aujourd’hui ?
Rappelons en effet qu’entre 2002 et 2006, plus de trois cents événements ont été présentés dans ce lieu atypique et citoyen : projections, débats, théâtre, expositions, musique, en participation libre à l’entrée, en autogestion, grâce à la mobilisation des habitants et associations du quartier. En 2006, tout ce travail est battu en brèche par la préfecture de police qui expulse l’association contre l’avis de la mairie qui s’empresse de condamner publiquement cette intervention. Et de re-voter un nouveau vœu promettant une fois de plus le relogement de l’association. L’espoir fait vivre…
La nouvelle salle de spectacle du Barbizon sera une propriété supplémentaire dans des mains qui détiennent déjà, entre autres lieux, un immeuble et un café dit « associatif » dans le 13e – il paraît qu’on ne prête qu’aux riches. L’heureux futur propriétaire nous a gentiment proposé de nous associer, dans le futur, à la programmation… mais pourrons-nous dans ces conditions recréer le lieu ouvert et convivial qu’a été le Barbizon de 2002 à 2006 ? Quelles seront les modalités de cette participation dans un lieu où la rentabilité semble être le maître mot ? Et d’ici 2012, l’idée de nous y faire participer n’aura-t-elle pas tout simplement changé ? Ce ne serait pas la première fois, loin s’en faut, qu’on nous aurait tendu un miroir aux alouettes…
Pourtant le relogement de notre association est possible. Certains squats ont été relogés par la mairie de Paris tous frais payés, dans des lieux somptueux en plein cœur de Paris. Quelque chose dans nos activités empêcherait-il qu’il en soit de même pour notre association ? Leur nature, le fonctionnement autogéré, le refus de l’élitisme et des portes fermées, l’échange entre habitants du quartier dans leur absolue diversité ? Ne veut-on pas simplement éviter que se recrée ce qui avait été initié au Barbizon de 2002 à 2006, un espace qui serait la propriété publique de tous les habitants du quartier, dans une société où la notion de propriété ne peut être associée qu’au mot « privée » ?
En attendant, avec ferveur, que ces vœux multiples se muent en une réalité tangible, les Amis de Tolbiac poursuivent une partie de leurs activités et proposent des projections en itinérance. Pour savoir où, n’hésitez pas à consulter notre site : www.lebarbizon.org
Thierry Wurtz, pour l’association « les Amis de Tolbiac »
PS : aux dernières nouvelles, le maire d’arrondissement lors d’un conseil de quartier nous a affirmé qu’il ne pouvait pas nous donner un lieu gratuitement (ce que nous n’avons jamais réclamé). Le Barbizon a fonctionné pendant quatre ans sans aucune aide autre que l’énergie des habitants et des associations du quartier. Avec ou sans subvention, nous pouvons faire vivre un lieu, si le loyer n’est pas exorbitant bien sûr.
Nous avons aussi rencontré Bertrand Delanoë récemment qui a convenu comme nous que la dernière solution proposée n’était pas viable et qu’il fallait en trouver une autre…
Et maintenant ?