La Gazette du 13ème – Journal de quartier

La Gazou

Archive for avril 2009

Gazette 71 Un lieu magique

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

 

« La chanson est dans le
quotidien de chacun : c’est sa fonction, sa force.

Sociale, satirique,
révolutionnaire, anarchiste, gaie, nostalgique… Elle ramène chacun de nous à
son histoire. »

Barbara

Forum Léo Ferré

 

Le forum Léo Ferre mériterait vraiment d’être dans le 13e, rassurez-vous il n’est pas bien loin juste à côté du moulin d’Ivry. C’est un lieu magique consacré à la chanson, de ces lieux où il fait bon se retrouver avec quelques amis autour d’une table et d’une assiette savoureuse.

Les ingrédients qui font le bonheur des soirées sont le fruit d’une passion, celle de la découverte partagée de chanteurs qui ne défraient pas la chronique mais savent nous étonner, ils portent pour la plupart un regard décapant sur le monde. Comme des « empêcheurs de penser en rond » ils peuvent être provocateurs, poètes, tendres, parfois acides, blessés. Ils ne sont jamais « dans le moule »

L’équipe qui gère le Forum est un petit groupe de bénévoles, de la caisse au bar, ils sont chaleureux et cela compte beaucoup dans le plaisir qu’on trouve à se poser. Avec les voisins de table on se parle bien facilement. Cela tient au lieu, à ces petites tables qui nous accueillent avant le spectacle, à ces bonnes assiettes aux prix modestes.

Ici on peut arriver à l’heure du spectacle ou bien avant pour se retrouver autour d’une soupe, d’une assiette ou simplement pour siroter.

Les prix : l’entrée normale, concert et 1 boisson, est à 14 €.

Les assiettes : 7 ou 8 €

11 rue Barbès à Ivry, tel 01 46 72 64 68 site www.forumleoferre.com

Quel que soit leur langage

J’ai toujours compris tous les chants

Rien en ce monde

De tout ce que j’ai pu boire et manger

De tous les pays où j’ai voyagé

De tout ce que j’ai pu voir et entendre

De tout ce que j’ai pu toucher et comprendre

Rien, rien

Ne m’a rendu aussi heureux

Que les chants

Les chants des hommes.

Extrait d’un poème de Nazim Hikmet

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Gazette 71 Quand l’usine Singer fut détruite

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

Les habitants s’en sont mêlés

Les anciens se souviennent ; fabriques, ateliers, usines, occupaient nos rues, nos cours. Dans ce treizième populaire, il suffisait souvent d’une étincelle pour allumer l’esprit de résistance. Rue de Patay, ce fut un couple, Jean Pierre et Jeannette qui menèrent une aventure collective, entraînant avec eux une légion de voisins devenus acteurs d’une transformation annoncée.

L’usine Singer occupait jusqu’en 1979 un pâté de maisons compris entre la rue de Patay, la rue Oudiné et la rue du Chevaleret. À l’époque, la destruction de l’usine Singer fut décidée. Le périmètre laissé vacant représentait une surface importante sur laquelle la Ville de Paris avait formé des projets. Il s’agissait de construire un lycée et une cuisine centrale d’arrondissement.

Un petit groupe se forma alors autour de quelques élus du PS et de citoyens du quartier. Le groupe se voulait surtout à l’écoute des habitants afin de devenir porte-parole des désirs et des besoins qui se feraient jour au fil du temps. À l’époque Jean Pierre Welterlin était conseiller de Paris, de par ses fonctions il pouvait porter les projets du quartier auprès de la ville de Paris, du Préfet et de l’APUR (Atelier Parisien d’Urbanisme).

singer

La première chose fut d’expliquer, de se concerter, de convaincre, de mobiliser une population peu habituée à prendre son histoire en mains. Pour cela, des tracts furent déposés dans chaque boîte à lettre, des invitations à se rendre à la CAF * pour discuter des vœux, pour élaborer des projets. Un comité, le « comité Singer » mis en place permit à chacun de devenir acteur. Convaincus, même les plus timides venaient discuter avec Jeannette, ils exprimaient de cette manière plus personnelle leurs réflexions et leurs attentes. Le point d’orgue de la mobilisation fut une immense fête de quartier dont les acteurs parlent aujourd’hui avec émotion. Le mur de l’usine devint le support d’œuvres significatives, celle de Jean-Maxime Relange reproduisait le tableau peint pour célébrer un soir de mai 1981 à la Bastille et celle d’André Corbières qui habitait la cité. Des carrés blancs préparés sur le mur furent confiés aux enfants du coin qui inventaient, chacun, sa vision de la fête et celle d’un quartier en devenir. Un concertiste ami créait au son de la flûte une allégresse contagieuse. Quand à la tombola, le gagnant du grand prix, un mouton, jouissait heureusement d’une maison à la campagne et le mouton y coula des jours tranquilles.

Plus tard, tout le monde se retrouvait dans la grande salle paroissiale de la rue Xaintrailles pour une soirée conviviale ou la musique invitait chacun à danser autour du buffet. Ce jour de liesse, vécu comme une sorte d’apothéose eut beaucoup d’écho, il signait une détermination si solide que le maire de Paris, Jacques Chirac donnait son aval. La ville de Paris reconnaissait le bien fondé des demandes au conseil de Paris, elles traduisaient bien le travail d’élaboration mené au sein du quartier.

Si la fête fut inoubliable, l’essentiel résidait dans une autre victoire ; des habitants du quartier, instruits des dossiers, rencontraient eux-mêmes le Préfet, ce fut pour eux une grande fierté, un apprentissage essentiel, ils réalisèrent qu’ils étaient capables d’argumenter et de se battre face aux dirigeants. Une conquête très importante, une victoire extrêmement valorisante pour chacun. L’organisation des rencontres, des mises en commun, des comptes rendus de réunions avec les autorités, tout cela représente en soi une belle aventure. Le bilan très positif donnait raison au comité et surtout les résultats furent au rendez-vous :

Les habitants avaient revendiqué,

* un gymnase. Celui-ci fut construit rue Oudiné

* un bureau de poste, il fut construit rue de Patay

*la reconstruction d’une crèche, elle fut effectuée.

*un parc, il ne fut pas créé à l’époque mais un peu plus tard.

Seule la salle polyvalente ne fut pas construite, il existe maintenant une salle rue de Patay, elle est privée et donc peu accessible aux voisins.

Au final, la ville a abandonné le projet de cuisine centrale, le lycée a bien été construit, c’est un lycée technique qui prépare aux métiers de prothésiste dentaire, à l’électronique et à la micro-informatique.

Notre quartier doit beaucoup à quelques militants qui ont su lier les réalités de la vie quotidienne des gens à un engagement au sein de partis ou mouvements. Jean Pierre Welterlin est l’un d’eux, il n’a cessé d’impulser dans son quartier du fin fond délaissé du 13e une vie collective et associative. La Gazette, dans son numéro 43 parle de l’association ROC dont Jean Pierre est le président. Grâce à de tels acteurs une main est tendue à bien des familles en difficulté, ils contribuent à travers les structures mises en place à créer des passerelles, à donner des couleurs à nos rues.

 Aude Laduprojet  

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Gazette 71 Au Lierre

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

Le pas de l’homme

Le 26 novembre, la librairie Jonas recevait le Théâtre du Lierre. Il s’agit d’une rencontre avec Farid Paya, directeur et metteur en scène du Théâtre, accompagné d’Aloual et de Joseph Di Mora. Le Pas de l’Homme sera joué du 4 mars au 5 avril 2009. L’idée en vient de nouvelles écrites par Farid Paya il y a plusieurs années. Aloual qui partage avec Farid les projets du Lierre a trouvé dans ces textes un souffle et des thèmes propres au théâtre. À ceux qui ne connaissent pas le Lierre, il faut rappeler la persistance de sujets liés aux grandes questions qui interrogent l’homme. La spécificité du lieu ; puissance de la gestuelle, musiques et voix hors du commun, splendeur des costumes, servent parfaitement les symboliques choisies. Encore une fois il s’agit d’un récit épique décliné, cette fois, en trois séquences, elles correspondent à trois récits illustrés par des techniques et des rythmes bien spécifiques. Pour sa prochaine création, Farid crée un panthéon imaginaire, divinités personnifiées par des masques.

lierre-affiche

La soirée fur l’occasion d’un échange nourri autour du travail de création. Farid le définit comme une élaboration commune où chaque comédien, après avoir longuement travaillé avec le compositeur, s’approprie le texte jusqu’à l’incarner, le faire chair. Semaines intenses dont toute censure, tout jugement sont bannis, l’acteur devient créateur. Farid, issu de deux cultures, celle d’Iran et la nôtre illustre une tradition de poésie, ses origines en font un « penseur de mythe ». Ces deux faces ouvrent un imaginaire particulièrement fertile et riche en images. La dramaturgie, pour Farid passe aussi dans l’inconscient : « Les choses qui nous échappent et qui adviennent… parce qu’un imaginaire se dessine »

La structure de la pièce propose des séquences qui initient des formes nouvelles, masques, apport d’un film. La pièce se jouera du 4 mars au 5 avril, ne manquez pas cette création qui promet de belles heures, laissons nous surprendre comme souvent nous l’avons été au théâtre du Lierre.

Théâtre du Lierre 22 rue du Chevaleret, tel ; 01 45 86 55 83

Info.lierre@free.frhttp://www.letheatredulierre.com

S.L.

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Gazette 71 Humeur Zen?

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

Je sors du métro à Bibliothèque François Mitterrand et sur une impulsion je décide d’aller manger un petit quelque chose à côté, au Goût Zen. Je cale ma valise dans un coin et choisis l’offre du jour : grande soupe et dessert à 5,50 €. Sauf que le dessert qui me tente ne figurant pas parmi ceux proposés, il me faut payer un supplément. D’accord, je me dis, après tout c’est mon anniversaire. Je m’assois et goûte ma soupe de potimarron. Je la trouve bien fade. J’y ajoute du sel mais çà n’y change rien. Mince, alors, je me dis, ce n’est pas parce que c’est bio que çà ne doit pas être goûteux ! De l’ail pressé, une goutte d’huile d’olive, un voile de cannelle auraient été les bienvenus pour rehausser la saveur naturelle de cette jolie cucurbitacée. Le dessert, c’est bien autre chose ! Un heureux mélange de crème brûlée et de fruits rouges acidulés qui me transporte vers de meilleurs horizons.

Mon regard fait le tour de la salle : mur vert printemps décoré de bougies et de bouteilles jaune ou orange, rayonnages de produits bio de cave et d’épicerie, produits frais et coin journaux. Par les baies toutes bruissantes de roseaux en verre dépoli, je regarde en face les maisons du 81 rue du Chevaleret. Porche et fenêtres à persiennes désormais murés seront bientôt démolis. Le soleil qui joue dans les feuilles leur envoie encore quelques sourires… Voilà. C’est comme çà. Je suis dans le XIIIe, tout près de chez moi. J’ai voulu découvrir d’autres goûts dans un nouveau décor, je me suis heurtée à la rue ancienne qui va disparaître. Cela n’est pas forcément zen mais c’est la vie. Ainsi va-t-elle. Voilà.

Lucette Sertilor

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Gazette 71 Notre Escurial

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

Où se mêlent culture et convivialité

Fermeture du « Grand Écran », fermeture du « Rodin » : c’est sous ce nom que tous dans le 13e nous connaissions le cinéma Gaumont, sur le trottoir de droite en partant de la place d’Italie. Ta culture filmique se carapate, mon pauvre XIIIe !

Des quatre cinémas qui restent, celui qui fait partie de notre histoire c’est l’Escurial qui n’appartient pas, comme les autres, aux grandes chaînes : Gaumont, U.G.C., MK2. Nous lui consacrons ce trimestre notre coup de cœur pour vous le faire mieux connaître.

Un bref historique : Le cinéma l’Escurial qui aura cent ans en l’an 2011 était un hangar situé dans un terrain vague traversé par la Bièvre*, il fut d’abord appelé le Royal. À l’époque la salle comptait 500 places d’orchestre et 100 places au balcon.

Lors du passage du muet au parlant, un nouveau propriétaire touché par le charme d’un cinéma de la côte d’Azur nommé l’Escurial choisit de donner ce nom à la salle.

Au début des années 50 un nouveau défi, le cinémascope, entraîne pour s’équiper, de lourdes dépenses. C’est alors que le cinéaste Jean Gourguet dont l’œuvre connaît un certain succès reprend la salle en 1955. Ce nouvel animateur aura traversé le siècle en créant des films. Depuis son premier film en 1928 jusqu’au dernier « la traversée de la Loire », il n’a cessé de servir le 7e Art. Avec la nouvelle vague, il se sent mis sur la touche et se consacre à l’écriture.

Dans les années 60 qui virent l’éclosion des ciné-clubs il trouve une seconde jeunesse en partageant, savoirs, passion et enthousiasme avec de jeunes cinéphiles. Il fait confiance à Jacques Zilbermann qui deviendra metteur en scène. Jean Gourguet vivait dans l’appartement situé au-dessus du cinéma, il y mourut en 1994 tout proche de son « cher public ».

escurial

La crise du cinéma dans les années 1980 met l’Escurial en danger. En 1981, l’équipe du Daumesnil apporte un sang neuf et des initiatives qui font encore l’originalité du lieu. L’Escurial a presque cent ans, une telle longévité ne peut s’expliquer que par la passion, la persévérance, l’imagination des gens qui s’y sont succédé. Aujourd’hui l’Escurial participe au réseau ACID.

L’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID) fut créée en 1992 par des cinéastes qui refusent la perspective d’un cinéma régi par un modèle unique. Le cinéma courait le risque de devenir un « produit d’appel » vidé de ses significations essentielles ; culturelles, esthétiques, morales ou encore sociales. Face au danger d’élimination d’une diffusion indépendante, depuis 15 ans l’association œuvre pour le maintien de la diversité des productions, elle s’investit aussi pour la rencontre entre les œuvres, les auteurs et le public. Les salles du cinéma de l’avenue de Port Royal fonctionnent en réseau sous le vocable « les écrans de Paris » avec l’Arlequin, le Majestic Passy, le Majestic Bastille et le Reflet Médicis. Sophie Dulac en est la directrice.

François Joannès, l’administrateur de la salle qui nous reçoit, précise très vite que la dénomination de cinéma d’Art et d’Essai ne l’autorise pas à se permettre de programmer des films trop « pointus » qui feraient salle vide, car, comparativement aux Multiplex, les frais en personnels, pèsent plus lourd dans le budget. Sa vocation n’est pas principalement de programmer les meilleurs films qui sortent, bien que cela fasse partie du rôle de l’équipe, mais de créer du lien social, de la convivialité, dans le quartier. La salle est chaleureuse, l’écran incurvé sublime, les photos de stars titillent la nostalgie, le personnel discute avec les spectateurs, et même, lors des soirées « Courts métrages », le dernier mardi du mois, un petit repas convivial est offert après la séance. Ces spectateurs sont des habitués, ils habitent le quartier, et viennent là en famille, pour retrouver aussi des voisins et amis.

En outre, L’Escurial, qui fait partie de l’association des Cinémas indépendants « Acid » (voir plus haut) et de « L’Enfance de l’art » a parié que, (pour des séances hors programme), le Dimanche matin était préférable au Vendredi soir ; dans ses deux salles, à 11 heures il présente, toutes les semaines, parfois en même temps, un documentaire : le remarquable « Le monde selon Monsanto » le 23 novembre, par exemple, et un film pour enfants.

Neuf autres salles dans Paris, dont cinq salles dans le 5e tout proche se partagent la programmation de « l’Enfance de l’Art » Ainsi à l’Escurial les enfants peuvent-ils voir le même film deux dimanches de suite.

Nos scolaires du XIIIe à partir de 6 ans, au CP, connaissent donc bien le chemin qui mène à l’Escurial. Les séances ont lieu les mercredis, samedis, dimanches, et tous les jours pendant les vacances scolaires, mais aussi tous les matins sur réservation. Un travail de préparation est fait dans les écoles, les collèges et les lycées. Pour les plus grands, les professeurs, qui se sont formés eux aussi, dirigent la discussion après le film, et l’on retrouve alors l’ambiance des ciné-clubs que nous, adultes, avons connue. Car des habitudes nouvelles sont nées avec les DVD, les VHS, les transmissions des chaînes de télévision qui excluent ce partage d’émotions et de connaissances, or le ciné-club a éduqué notre œil et fait vibrer nos sensibilités dans les dernières classes de nos lycées et plus tard dans certains lieux du quartier (dans les années 60, le 13e a compté jusqu’à 7 ciné-clubs).

Ainsi l’Escurial joue un rôle indispensable dans notre treizième, auprès des adultes, et pour former les jeunes spectateurs. Grâce à lui le cinéma échappe au pur échange commercial et participe à notre mieux-vivre, car la culture offerte et accessible à tous nous rend plus humains. Tout ce qui fait de l’Escurial un lieu précieux nous incite à choisir ses salles pour nos sorties et à faire partager nos choix à nos amis.

* Notre ami Gérard Conte, historien du 13e converti pour l’occasion en égoutier, a pu découvrir au fond d’une cave de l’Escurial le misérable filet d’eau issu de la Bièvre.

Sabine & Georgette

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Gazette 71 La Suite: Centre culturel alternatif

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

Le Syndicat des Grooms vous accueille.

C’est au 27, rue de la Glacière, un immeuble de bureaux anonyme que rien ne désigne aux regards des passants, si ce n’est une grande affiche artistique collée et une vitrine qui intrigue.

On entre et on se trouve accueillis par quelques habitants du lieu qui, si vous le leur demandez, vous feront visiter, au rez-de-chaussée, un dédale de petites salles qui hébergent, vous expliquent-ils, ateliers, cours, expos ou répétitions de spectacles. Au sous-sol, dans ce qui fut des parkings, vous serez guidés dans ce qui devient, au fur et à mesure que les lumières s’allument, une véritable boîte à merveilles : un immense « café » et plusieurs espaces aménagés en salles de spectacles polyvalents. Le lieu est calme, l’ambiance un peu magique, propice à la concentration et à la création . On sent que peuvent naître ici bien des rencontres entre public et artistes. C’est cela que veut être La Suite, centre culturel alternatif, géré par le « Syndicat des Grooms », appellation malicieuse derrière laquelle se regroupent une trentaine d’artistes qui couvrent presque toute la palette des activités artistiques : peinture, écriture, cirque, sculpture capillaire, créations textiles, visuelles, installations, vidéo, accordéon, didgeridoo, scénographie, danse, son, photo…

Andrew, trésorier de l’association et Tom, responsable du site internet, ont bien voulu répondre aux questions de La Gazette.

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La Gazette : Ce lieu s’appelle La Suite, de quoi est-il la suite ?

La Suite : Nous sommes avant tout un collectif d’artistes et ce lieu est bien la suite d’une aventure artistique qui a commencé dans les locaux de L’Atoll XIII où nous cohabitions avec les expulsés du Barbizon. Comme L’Atoll XIII était menacé à son tour d’expulsion, nous avons cherché un lieu inoccupé qui pourrait nous accueillir. Nous avons trouvé ce lieu qui appartient à un organisme et qui était loué auparavant par les éditions Nathan. Cet immeuble était vide depuis décembre 2005 et nous l’avons occupé au titre d’une « réquisition citoyenne » en mai 2008. Notre objectif était de permettre à des artistes d’accéder à des salles de répétition et de travail et pour certains à un atelier-logement, sans lequel ils ne pourraient poursuivre leur travail. En même temps notre scène ouverte du jeudi, précédée d’un repas de quartier à 19h, constitue un de ces espaces libres, de découverte et de partage qu’on voudrait voir naître plus souvent à Paris et ailleurs.

Autrement dit « de la suite dans les Idées, des idées dans La Suite », comme nous l’affirmons sur la page d’accueil de notre site internet.

La Gazette : Quelles sont vos relations avec le quartier où vous êtes implantés ?

La Suite : Nous sommes ouverts sur le quartier, d’ailleurs parmi les spectateurs de la scène ouverte du jeudi, il y a un quart de fréquentation d’habitants du quartier. Nous tenons à dire que nos relations avec notre environnement immédiat ainsi qu’avec la municipalité sont exemptes de conflit.

La Gazette : Comment vous définiriez-vous ?

La Suite : Nous sommes un lieu culturel avant tout où toutes sortes d’artistes peuvent travailler côte à côte et échanger entre eux. Nos principes sont l’éclectisme, la transdisciplinarité et l’intergénérationnel.

La Gazette : Plus concrètement, comment fonctionnez-vous ?

La Suite : De nombreux artistes demandent à utiliser les espaces modulables que nous louons à un prix modique et symbolique pour payer les charges de fonctionnement et permettre de faire les travaux d’électricité et de plomberie indispensables. Les artistes viennent proposer leurs projets à la réunion externe du mercredi. Les décisions sont prises

au cours de la réunion interne du collectif, qui la suit, en fonction de différents critères, par exemple que des activités successives puissent se dérouler dans un même espace…

Souvent les artistes venus demander un espace souhaitent à terme s’engager dans la gestion collective du lieu. Il se crée ainsi une dynamique autour de valeurs partagées : le goût de l’échange, l’honnêteté envers soi-même et les autres, l’envie de s’investir dans un projet commun.

La Suite se veut un lieu convivial :nous avons mis en place une boutique d’échanges de vêtements où il est possible de déposer des choses dont on n’a plus l’usage et de repartir avec d’autres, un labo-photo, une bibliothèque collective. Il est possible de suivre des cours de sculpture, de cirque, de langues, de mime…

Nous récupérons des objets, des meubles, donnés par les gens du quartier…

Nous souhaitons également permettre aux artistes de se rencontrer entre eux dans une véritable cantine qui reste à aménager.

La Gazette : Si ce lieu fonctionne bien, cela suppose des règles ?

La Suite : Nous voulons être un lieu alternatif, certes, mais qui s’auto-régule. Nous n’aimons pas le terme de squat. Il y a des règles :laisser-faire mais pas laisser-aller. Ce lieu est précieux pour nous, c’est un outil de travail. Il y des motifs d’exclusion : le racisme, le sexisme, la mise en danger de la vie d’autrui ne sont pas tolérés.

La Gazette : Quels ont été les temps forts de cette année ?

La Suite : Ils ont été nombreux :nos scènes ouvertes, nos expos, le Festival des Ouvertures Utiles qui s’est déroulé du 17 au 27 Octobre, festival des espaces alternatifs de création et de vie, plus récemment le festival vidéo 2 court en mix, l’expo Timfromparis dont una affiche orne la façade de l’immeuble.

La Gazette : Vos projets pour 2009 ?

La Suite : Certainement des journées portes ouvertes, des expos photo et bien d’autres choses.

La Gazette : Comment être tenus au courant de vos activités ?

La Suite : Nous avons un site qui n’est pas une simple vitrine mais qui reflète notre activité. C’est là aussi un outil de travail pour les artistes et nous les incitons à se l’approprier : lesgrooms.org.

La Gazette : Bonne suite à vos projets.

 

F.W

 

Pour plus d’infos : www. lesgrooms.org.

La Suite. 27, rue de la Glacière. 75013. Paris

A voir : les vidéos des scènes ouvertes du jeudi soir. Un peu de soleil.

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Gazette 71 AFAF 13 Une association de femmes

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

franco-africaines pour construire ensemble

C’est chez elle que j’ai rencontré Sindé Doucouré, présidente de l’AFAF 13, Association franco-africaine des femmes du 13e arrondissement, un soir à la sortie de son travail ; elle est assistante maternelle dans une école proche de son domicile. Seuls ses plus jeunes enfants habitent avec elle. Les quatre grands tous universitaires habitent dans son précédent logement social rue Paul Bourget.

Lors de l’incendie dans un des appartements le 1er novembre dernier, elle a été très active apportant des repas, des vêtements aux sinistrés, et leur prodiguant conseils et réconfort dans leur attente de relogement.

Dans l’entrée de son appartement des bidons pleins de vêtements repassés sont en attente du départ d’un container pour le Mali. C’est au quotidien que Sindé Doucouré exerce sa solidarité.

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En France depuis 22 ans, elle se réunissait souvent pour les fêtes religieuses avec un certain nombre de femmes de son quartier. En 2002 elles ont eu l’idée de formaliser leur groupe et ont fondé l’AFAF 13 dont elle est présidente.

L’association a pour vocation de tisser des liens entre les femmes mais aussi avec les partenaires institutionnels. Un de ses principaux objectifs est l’accompagnement des familles et plus particulièrement des femmes dans leur insertion dans la société française. Elle agit dans le domaine de l’alphabétisation, le soutien scolaire, l’aide aux démarches administratives, le dialogue interculturel.

Elle regroupe de 50 à 60 femmes essentiellement originaires d’Afrique noire mais aussi du Maghreb. Beaucoup de pays sont représentés : Sénégal, Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée, Burkina Faso mais beaucoup d’entre elles viennent du Mali comme Sindé Doucouré. Elle fait d’ailleurs partie du Haut Conseil des Maliens de France qui réunit les associations de base qui ont une action au Mali et plus particulièrement dans le cercle de Kayes.

L’association travaille beaucoup avec l’école Kuss où sont allés tous les enfants de Sindé et l’Arbp, dont le président, Jacques Trief, était jusqu’il y a peu directeur.

Elle sert de médiatrice, en lien avec le Service social de la rue Daviel, dans de nombreuses démarches administratives : constitution de dossiers pour l’acquisition d’un logement, de papiers, d’aide pour la santé…

Elle accorde aussi beaucoup d’importance à l’éducation des enfants et au rôle des mères en ce domaine. Elle explique comment surveiller les devoirs des plus jeunes, « Même si on ne sait pas lire, on peut demander s’il y a des devoirs ou des feuilles à signer, respecter leur travail même si ce ne sont “que” des dessins, leur apprendre à respecter les horaires et avoir une tenue correcte. Il lui faut aussi chasser les idées reçues, les peurs, celle de parents musulmans qui craignent que l’on n’oblige leurs enfants à manger du porc à la cantine, expliquer l’intérêt d’une classe verte, les lenteurs administratives, les règles de la vie en France. Il faut expliquer longtemps dit-elle, mais à la fin, les familles comprennent.»

 

Par l’intermédiaire de l’un de ses cousins, elle a été contactée pour organiser un voyage afin de mettre en place un jumelage entre la ville de Gron (Yonne) et les communes rurales de Gory et Soumpou du cercle de Yélimané, région de Kayes (Mali), sa région d’origine. Cette rencontre a été le début d’une grande amitié et de nombreux projets sont nés dans son sillage. L’un d’eux, un projet de vacances l’été dernier, a mobilisé beaucoup d’énergie et fut un grand succès. Depuis longtemps les femmes souhaitaient partir en famille en vacances quelques jours, mais elles ne trouvaient pas les moyens de le faire. La commune de Gron leur a loué à faible coût un centre de vacances où les familles ont pu passer quelques jours. Elles ont loué un car pour s’y rendre, emmené la nourriture et là-bas les adolescentes se sont mises au fourneau. Certaines mamans en France depuis plus d’une dizaine d’années n’étaient jamais parties en vacances. Tout le groupe en a aussi profité pour faire du tourisme dans la région.

Pour financer leurs activités, les femmes cuisinent et vendent leurs repas, lors d’événements comme la Semaine de la solidarité ou lors de manifestations autour de l’Afrique. Les vacances ont en grande partie été financées par la préparation de repas africains pour la SAGEP lors de la présentation d’une exposition sur les châteaux d’eau en Afrique.

L’association a aussi tissé des liens avec les foyers de travailleurs migrants présents sur l’arrondissement. Elle a obtenu pour les femmes la possibilité d’accéder à la salle de prière le vendredi au Foyer du Boulevard Masséna, celle d’utiliser les cuisines du foyer Bélièvre pour préparer les repas qu’elles vendent. Elle a aussi été présente à côté des résidents du Foyer des Terres au Curé lors de l’invasion policière.

D’autres activités comme les ateliers-cuisine un vendredi par mois permettent d’échanger autour d’un plat entre personnes de cultures différentes.

Pour 2009 elles ont comme projet d’aller en Hollande visiter le lieu de fabrication de Wax hollandais, le fameux tissu africain made in Europe élaboré il y a plus de 150 ans.

Sindé Doucouré n’arrête pas et elle me confiait que par moments, elle était fatiguée car il y a peu de relève ; elles sont deux ou trois à faire bouger l’association, les autres femmes viennent surtout pour les sorties, ou l’atelier cuisine. Mais comment s’arrêter alors qu’il y a tant à faire ? Son rêve serait d’avoir un local et de pouvoir être détachée à mi-temps par la ville de Paris pour son travail de médiatrice. Elle pourrait ainsi développer tous les projets qu’elle a en tête.

Contact : AFAF 13, 11 rue Caillaux 75013 Paris

Téléphone présidente : 06 60 66 31 22

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Gazette 71 Bénévoles et Solidaires près de chez nous.

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

L’action de SNC contre le chômage 

Les locaux de Génération 13, accueillent l’antenne pour le 13e arrondissement, de l’association SNC, Solidarités Nouvelles face au Chômage. Cette structure a été créée en 1985 pour combattre chômage et exclusion. Son intervention repose sur l’idée d’un partage de temps et d’argent entre chômeurs et « nantis ». Selon les principes fondateurs de Jean-Baptiste de Foucault, l’objectif n’est pas de faire des « bonnes œuvres » mais de mobiliser les citoyens pour agir afin de permettre aux demandeurs d’emploi de redevenir actifs. Selon ce principe de solidarité active, les membres de cette association sont des bénévoles qui ont choisi de consacrer du temps à l’accompagnement de personnes en difficulté d’insertion. À SNC, la solidarité est aussi financière. L’association tient à son indépendance : elle ne bénéficie donc d’aucune subvention publique mais reçoit des dons de personnes physiques et de Fondations privées. Une formule proposée par le Crédit Coopératif, le livret d’épargne solidaire « Agir contre le chômage » permet également le reversement d’une partie des intérêts à des associations d’utilité sociale. Le groupe SNC du 13e a organisé au Théatre 13, en mai dernier, un spectacle de mime (« Loupiotte ») dont les recettes ont été intégralement reversées à SNC.

SNC apporte une aide à la recherche d’emploi sous des formes diverses, depuis le soutien personnel, le conseil, la formation, l’aide à la réinsertion (reconstitution du lien social, construction d’un projet professionnel, requalification, retour vers une activité durable). Cette action concrète ne repose pas sur le principe de l’assistance mais implique un suivi dans le temps, un soutien actif dans la recherche d’emploi. La réinsertion des chômeurs, même temporaire, est positive pour leurs revenus et leur moral et accroît leurs chances de réintégrer durablement le monde du travail. SNC finance donc, grâce aux contributions de ses donateurs, des emplois de développement proposés, pour une durée de 6 mois à un an, aux chômeurs en situation difficile mais susceptibles de retravailler. Ces emplois sont exclusivement mis à disposition de structures à but non lucratif, associations qui bénéficient de la prise en charge par SNC du coût salarial du poste de travail (SMIC maximum). Les emplois de développement doivent déboucher sur la reprise d’activité et une réelle reconstruction professionnelle.

SNC est présent dans le 13e avec deux structures distinctes. Une permanence d’accueil[1] est coordonnée par Daniel Carré. 10 accueillants reçoivent des demandeurs d’emploi venant de Paris et de la banlieue. Environ 200 personnes par an sont orientées vers les 35 Groupes de Solidarité Parisiens.

L’accompagnement des demandeurs d’emploi se concrétise par l’organisation de groupes de solidarité. Celui qui est installé dans le 13e est le groupe Gobelins. Michelle Carré anime ce groupe Deux « accompagnateurs » assurent le suivi des demandeurs d’emploi, les « accompagnés », tout au long de leur parcours d’insertion. Là aussi, comme pour l’accueil, est adopté le principe du binôme, fondé sur la complémentarité homme-femme, jeune-senior, actif-retraité. L’affectation des accompagnateurs aux accompagnés, puis le suivi, se font à l’occasion de réunions mensuelles. Une rencontre festive annuelle permet aux accompagnés et aux accompagnateurs une meilleure connaissance mutuelle.

Au-delà de son intervention pour rechercher et proposer des passerelles vers l’emploi, SNC est aussi un lieu de formation. L’association assure des formations techniques pour les accompagnateurs (le samedi car 65 % de ceux-ci sont en activité professionnelle). À Paris, les accompagnés disposent aussi des services d’une structure appelée « Parole des accompagnés » qui favorise rencontres et échanges et leur propose des formations (entretiens d’embauche, estime de soi, présentation…).

Le public des accompagnés se situe pour la majorité dans la catégorie des 30-50 ans, avec une tendance récente à l’accroissement des plus âgés. Il n’y a pas beaucoup de jeunes. Les accompagnés sont de tout niveau mais il y a une majorité au niveau bac + et plus. 60 % des accompagnés sont des femmes.

SNC propose donc des solutions individualisées pour aider à résoudre les difficultés sociales et économiques des chômeurs qui, en même temps, contribuent au développement du secteur associatif et de l’économie solidaire. Les membres de cette association veulent aussi contribuer à la réflexion et au débat public sur le chômage et ses conséquences.


[1] Génération 13, 49 rue Bobillot, 75013 Paris, tél. : 01 55 25 01 93, www.snc.asso.fr. Permanences SNC le mercredi de 10 à 12 h 30 et sur rendez-vous

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Gazette 71 Catherine…

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

Catherine, ou l’art de vouloir s’en sortir…malgré tout

La vie ne l’a pas épargnée, Catherine, avec son lot de difficultés personnelles et professionnelles qui s’enchaînent dans une spirale dont on croit ne plus pouvoir sortir. Mais elle s’est cramponnée et elle a réagi. Quand elle s’est retrouvée une nouvelle fois au chômage, il y a un peu plus de deux ans, elle s’est demandée comment s’en sortir. Il y avait bien l’ANPE mais elle voulait quelque chose de plus actif, se sentir personnellement impliquée. Elle a donc pris contact avec une association d’aide à l’insertion où elle a été bien reçue par des conseillers jeunes et sympathiques. Le problème est que, depuis, elle n’a plus eu de leurs nouvelles. Elle s’est alors tournée vers SNC. Elle connaissait des « accompagnateurs » de cette association : elle en appréciait l’action concrète, proche de ses attentes, et les valeurs humanistes au service de la démocratie, celles qu’avait développées son Président-fondateur, Jean-Baptiste de Foucault, qui étaient en accord avec son propre engagement militant. Et c’est ainsi qu’elle, qui avait rêvé un moment de devenir accompagnatrice de ce mouvement, allait devenir paradoxalement une « accompagnée ».

Son attente n’a pas été déçue. Les deux personnes qui l’ont d’abord reçue étaient moins jeunes que ceux qu’elle avait rencontrées précédemment. Cela ne les a pas empêchés d’être efficaces. Ils l’ont écoutée puis l’ont mis en relation avec des accompagnateurs, actifs sur le terrain, qui ont servi de relais pour son insertion. C’est ainsi qu’elle a rejoint une association de quartier où elle a pu travailler en CDD à temps partiel. Catherine a apprécié l’appui de SNC pour négocier le cadre de travail, les conditions juridiques, financières de son contrat ainsi que le suivi régulier et actif de SNC au cours de cette expérience. Cette aide lui a paru particulièrement appréciable à un moment de fragilité accrue. Un soutien moral positif est très important quand on recherche un emploi.

Et cette action de SNC s’est révélée positive. Catherine, dans son association d’accueil, s’est sentie la bienvenue. Son apport a été reconnu et valorisé et cela lui a redonné courage. Elle a ainsi pu reprendre confiance en elle. Cette expérience réussie lui a beaucoup plu mais elle n’était, par définition, que temporaire.

Et maintenant, toujours suivie de près et soutenue par ses accompagnateurs, Catherine s’est vue proposer un contrat plus stable avec une perspective de réorientation professionnelle.

Cet exemple positif d’une action positive de réinsertion professionnelle repose sur la compétence en la matière de SNC mais aussi sur la personnalité de Catherine qui ne veut pas baisser les bras.

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Gazette 71 La peur

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

Mme Li fait du repassage sur sa table à damier blanc dans sa chambre aux volets baissés. Elle est seule dans la pièce encombrée de l’appartement partagée par deux autres familles. Son mari, Monsieur Wang, rentrera plus tard dans la soirée du restaurant. Dans un moment, elle ira chercher son fils à l’école. Il lui reste une pile de chemises à terminer pour des négociants de meubles. Quand elle débouche sur le boulevard qui conduit à l’école maternelle, elle hâte le pas. Les bruits de la rue, le tintement du tramway, les sirènes des pompiers, les klaxons des voitures qui se talonnent lui aiguisent les nerfs. Elle s’engage sur le passage piéton et certains visages ne la rassurent pas. Sur le chemin du retour, elle tient la main de David qui sourit. L’éblouissant soleil de juin avive les façades des immeubles sombres. Par-delà les lotissements quelques arbres invitent au calme. Mme Li ne prendra pas le risque de s’asseoir sur un banc et de laisser son fils jouer. Personne ne les attend mais ils prendront droit sans passer par le square.

Bertrand Guillon Professeur de chinois et fondateur de l’Institut interculturel franco-chinois

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Gazette 71 La Poste est un service public, elle appartient aux citoyens !

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

La poste doit rester un droit pour tous!

L’Histoire de La Poste

L’histoire de La Poste est une véritable histoire humaine. Le postier a été de différentes natures. (i) Le pigeon a été utilisé depuis l’antiquité pour transmettre l’information, qu’il s’agisse d’informations commerciales, politiques ou… romantiques ! (ii) Les messagers humains ont aussi été les relais de l’information. Le plus célèbre d’entre eux étant Phidippidès qui aurait parcouru 42,195 km de Marathon à Athènes pour annoncer la victoire contre les Perses. (iii) Le système de relais de chevaux en tant qu’organisation d’Etat a fait son apparition dans de nombreuses civilisations tel que les civilisations perse, chinoise et gréco-romaine. D’ailleurs, La Poste tient son nom de l’italien « posta » désignant, dans l’écurie, la place réservée aux chevaux qui assuraient la transmission de l’information. Les relais postaux vont connaître la gloire pendant plusieurs siècles puis disparaîtront au XIXème siècle avec l’avènement du chemin de fer. Les années 1920 vont être témoin d’un formidable nouvel épisode. Il s’agit de l’Aéropostale dont l’un de ses pilotes les plus célèbres est Antoine de Saint Exupéry.

La Poste était au départ un système réservé aux Rois et aux Universités. Ce n’est qu’au début du XVIème siècle que les particuliers ont pu bénéficier de ce fantastique service. En France, on estime qu’elle s’est plus largement développée sous Louis XI. C’était une organisation d’Etat, cependant des bureaux de Poste dans différentes grandes villes s’étaient développés de manière indépendante mais n’étaient pas reliés entre eux. Il était plus juste de parler « des postes ». C’est pendant la Révolution, que La Poste va devenir un véritable service public et en 1801 Napoléon réaffirmera le monopole d’état. En 1830, la distribution du courrier sur l’ensemble du territoire va être une source d’échanges et de développements commerciales remarquables. Dans les années 1920, l’Aéropostale sera développée par une compagnie privée. Après la crise de 1929, le gouvernement français la rachètera par l’intermédiaire d’Air-France et de La Poste. En plus de ce transport de courrier, La Poste devient un service financier avec la création du mandat en 1817, l’ouverture de la Caisse d’Epargne publique sous la garantie de l’Etat en 1881 et l’avènement des chèques postaux en 1918.

La Poste a connu des changements. Après l’invention du télégraphe, La Poste deviendra en 1917 les P&T, puis les PTT (Poste, Télégraphes et Télécommunications) pour redevenir les P&T. En 1990, cette administration sera scindée en deux pour donner La Poste et France Télécom. La Poste changera ainsi de statut pour devenir un exploitant autonome de droit public.

La Poste Actuelle

Actuellement, La Poste fonctionne sur la base de quatre branches ayant des comptes séparés (Colis, Courrier, Banque Postale et le Réseau des bureaux). Les employés de La Poste craignent que cette organisation ait été aménagée pour faciliter la privatisation par morceaux.

La Poste est jusqu’à maintenant un service public. C’est vraiment la banque de tout le monde. Elle appartient à l’ensemble des citoyens. Le Livret A, ouvert à tous, sert à la construction de logements sociaux. C’est l’organisme financier chez qui les frais des comptes courants sont les moins onéreux. La Poste était, jusqu’à il y a peu de temps, présente sur tout le territoire. Malheureusement, une diminution du nombre de bureaux de poste a déjà commencée. Les bureaux de poste « non rentables » ont été fermés et remplacés par des Relais-Poste chez les commerçants ou par des agences postales communales dans les mairies.

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Le président de La Poste a demandé récemment (le 4 Juillet 2008) l’ouverture du capital de La Poste pour pouvoir « moderniser » ses services ! Pour cela, il a demandé une transformation des statuts en Société Anonyme (les postiers l’ont appris par les journaux !…). A la suite de cette tentative de programmation d’une mort annoncée de La Poste en tant que service public, un comité national pour l’appel à la mobilisation contre la privatisation de La Poste, pour un débat public et pour un référendum s’est constitué. Une cinquantaine de partis politiques, syndicats et associations sont réunis dans ce comité. Sur tout le territoire, des dizaines de comités unitaires sensibilisent les usagers et citoyens au danger de la privatisation. Le 23 septembre, une grève unitaire réunissant tous les syndicats de La Poste a mobilisé 40% de postiers. Le 22 novembre une manifestation nationale à Paris et des manifestations en province ont réuni des dizaines de milliers d’usagers pour défendre le service public postal.

La parole aux employés et aux usagers du 13e

Comme sur tout le territoire, des diminutions du personnel sont enclenchées dans le XIIIème depuis 4 à 5 ans. Actuellement, il n’y a déjà plus que 57% des employés de la poste qui sont fonctionnaires. Le personnel doit devenir polyvalent mais la formation fait défaut. Les personnes sont remplacées par des distributeurs de carnets de timbres, de billets (les retraits ne se feront plus au guichet). Le bureau Paris-Reine Blanche vient d’être reloocké et illustre ce vers quoi les bureaux de poste devront tendre dans le futur. Il n’existe plus que deux guichets qui sont dévolus uniquement à l’envoi de mandats. Une personne, à l’entrée dans la « Salle du Public » rebaptisée « Espace de Ventes!!! », est chargée de canaliser les usagers vers les machines et de filtrer l’accès aux deux guichets ! Dans le XIIIème, le collectif de défense de La Poste est très actif. Il organise régulièrement des distributions de tracts, des signatures de pétitions devant les bureaux de poste pour qu’un référendum existe. Le Samedi 8 Novembre par exemple, les militants étaient devant la poste, Avenue d’Italie. Le succès qu’ils ont eu auprès des usagers était incroyable. Ils ont récolté un nombre de signatures important en peu de temps. Les passants se sont montrés extrêmement réceptifs. Très peu refusaient de prendre le tract. Beaucoup, comme bien souvent pressé et préoccupé par leur pensées, continuaient à marcher d’un bon pas tout en prenant le tract puis, s’arrêtaient, et revenaient sur leurs pas lorsqu’ils entendaient le contenu du tract et signaient la pétition, discutaient, manifestaient leurs souhaits de voir La Poste continuer à rester un service public. Ils apportaient leurs propres informations, l’un sur la fermeture d’un bureau de poste en province, l’autre sur les conséquences du démantèlement de La Poste dans un autre pays européen …

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Le collectif organise des réunions publiques. A titre d’exemple, une réunion a eu lieu le 17 Novembre à la mairie du XIIIème. Il y avait beaucoup de monde, membres du collectif, employés ou usagers de La Poste. On pouvait y apprendre pleins de choses intéressantes. Les résultats de la privatisation de la Poste ont été évoqués. La Suède, pays pour lequel on a le plus de recul puisque c’est le premier pays à avoir privatisé sa Poste, a vu la disparition de la moitié de ses bureaux de poste et le prix du timbre augmenter de 40%  depuis la privatisation. Il n’y a malheureusement pas de surprise, on a déjà pu vérifier à nos dépends que la privatisation de services publics s’accompagnent d’une augmentation des tarifs, d’une baisse de la qualité des services et d’une diminution des emplois !

Au cours du débat, bon nombre demandait l’abrogation des directives européennes. En effet depuis quelques années, l’économie de marché et les directives de l’Union Européenne menacent La Poste comme beaucoup d’autres services publics dans tous les pays européens. Le débat était animé et riche. Il ne s’agissait pas d’être ringard, de vouloir garder le monopole et ne rien changer. Non ! Il s’agissait de dénoncer et de donner des idées ! De dénoncer, par exemple, les déviances actuelles de la Poste qui voit sa partie « boutique » prendre de plus en plus d’importance et où l’usager a de plus en plus de mal à y trouver une simple enveloppe ! Les interventions étaient nombreuses, chacun voulant innover, réfléchir à une autre banque. Comment faire ce que les autres banques ne font pas ? Comment faire en sorte que La Poste soit la banque du peuple, en développant par exemple des systèmes de crédits sur le principe du microcrédit, selon le modèle des chèques vacances, en finançant des collectivités territoriales, des logements sociaux, en se rapprochant d’autres Services Publics tel que la Caisse des Dépôts et Consignation… Les idées partaient du constat que l’on n’a pas besoin d’une autre banque supplémentaire mais d’une banque différente ! On a besoin d’une banque qui soit à proximité des usagers, qui les connaisse. Le réseau postal a cette possibilité là.

Comment peut-on accepter l’ouverture du capital c’est-à-dire la privatisation de la Banque Postale alors que le gouvernement vient d’apporter de l’aide aux groupes financiers privés pour tenter d’enrayer la crise financière? Il a été rappelé que le gouvernement vient de reculer mais que le projet n’est pas pour autant abandonné! Il est seulement gelé !

Il est clair que la Poste est un garant du tissu social, ce qui est d’une importance capitale pour l’équilibre, la dynamique et le bon fonctionnement d’un pays, mais dont les bienfaits ne se mesurent pas selon les critères financiers qui sont malheureusement utilisés à l’heure actuelle! Et pourtant, malgré cette évidence, l’idée actuelle est de priver les bureaux de poste de personnel humain qui serait remplacé par des automates. Allons-nous accepter que ce type de deshumanisation se propage? La Poste appartient aux citoyens. Ils doivent pouvoir donner leur avis sur le devenir de quelque chose qui leur appartient!

Cet article a été écrit grâce au témoignage d’employés et d’usagers de La Poste du XIIIème ainsi que par la consultation de Wikipédia et du site internet du Musée de La Poste.

La pétition pour qu’il y ait un débat public et un référendum peut être signée à l’adresse suivante : http://www.appelpourlaposte.fr


Filda Tente 

 

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Gazette 71 Le 13e arrondissement en souvenir

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

certes… mais encore à construire

 

Le laboratoire Phéacie (Paris 1/Paris-Diderot), a d’abord vocation historique mais il s’intéresse naturellement à son environnement immédiat, celui du 13e, où il est implanté. Ses travaux sur le patrimoine, l’identité, la mémoire incluent donc une dimension géographique.

L’équipe de Phéacie a participé à l’inventaire du patrimoine parisien et vient de publier sur le sujet un ouvrage, sous la direction de son responsable, Jean-Pierre Vallat[1]. Deux chapitres consacrés aux restaurations et réhabilitations concernent notre arrondissement : inventaire de la rue de Tolbiac, réseaux de mémoire et d’archéologie industrielle à Paris Rive Gauche.

• Cette mission d’inventaire, confiée au département des Sciences de la Ville, consistait à explorer les archives papier, recueillir la parole des témoins et spécialistes du quartier, procéder à l’inventaire des bâtiments les plus remarquables de la rue de Tolbiac. Plus qu’un repérage des « monuments historiques », l’objectif était de prendre en compte des considérations de type social donnant sens aux traces du vécu. Pour le 13e, cette mémoire a un caractère fortement populaire et ouvrier. La méthode reposait sur l’observation de bâtiments sélectionnés comme vestiges de l’histoire d’un lieu. Cette enquête a donné lieu à l’établissement d’une base de données, d’un archivage de photos et de la rédaction d’une trentaine de fiches descriptives. L’inventaire donne une vision de la rue de Tolbiac, entre passé et présent. Ce bout de ville a été fortement marqué par la présence de la Bièvre et par les souvenirs du faubourg artisanal et industriel qui se distingue du Paris haussmannien.

Paris Rive Gauche, est intéressant comme lieu de restauration du patrimoine, où ont été sauvegardés des bâtiments industriels, mais aussi pour les relations qui unissent ces anciennes constructions aux nouvelles et à l’environnement. Ces témoins du passé (emprises ferroviaires, Grands Moulins, Halle aux Farines, Frigos, SUDAC) s’affirment comme sites de référence de la mémoire ouvrière mais ils ont reçu une affectation complètement nouvelle puisqu’ils sont désormais dédiés à la culture, l’art, l’université. Les nouvelles infrastructures de transport (pont Charles de Gaulle, passerelles, Météor, avenue de France…) ont entraîné le désenclavement de ces zones qui butaient contre la Seine et leur ont permis de prendre leur essor. Ce sont des pôles attractifs, destinés à faire lien entre ZAC et Ville de Paris ; se pose cependant le problème de l’intégration de ces vestiges dans un nouveau tissu urbain modernisé. Ils restent en effet isolés dans des surfaces rendues vides par une politique de table rase. On observe le même processus de mise en valeur pour la Halle Freyssinet, lieu de confrontation entre de nombreux projets urbains, dont celui du TGI. La partie universitaire de la ZAC, à Masséna, se construit sur le principe de « l’îlot ouvert », dont l’hétérogénéité doit refléter les fonctions diversifiées de la ville. Les bâtiments « historiques » réhabilités y représentent la trace du passé industriel mais leur fonction a été complètement renouvelée et le monde qu’ils évoquent est le plus souvent étranger aux nouveaux usagers des lieux. De plus en plus, ils vont faire figure d’exception et peut-être perdre leur signification culturelle. Et pourtant, leur présence au milieu des constructions nouvelles a un fort pouvoir d’évocation comme on le voit pour les Frigos, lieu de questionnement et lieu de concentration d’un grand dynamisme artistique. Cependant, il y a risque de « gentrification » et récupération par les « bobos » car la nature publique d’une grande partie des surfaces à aménager se heurte aux ambitions de créer un centre d’affaires prestigieux, vitrine pour le marketing, les loisirs, le logement. Le risque est aussi que la plus-value immobilière donnée à ce quartier entraîne le rejet des populations qui ont donné sens et valeur à ces bâtiments témoins. Par ailleurs, il faudra suivre dans le temps car la flexibilité, reflétée par la notion d’espaces ouverts, implique aussi une adaptabilité constante : plusieurs options d’usage sont possibles et les fonctions peuvent être réajustées avec, à tout moment, la possibilité de changer l’affectation des bâtiments.

 

Phéacie a récemment organisé avec l’association ADA 13 une rencontre entre chercheurs travaillant sur l’histoire du 13e et population locale. Les chercheurs y ont parlé de leurs travaux et les habitants ont interrogé, suggéré, apporté leurs témoignages.

Les universitaires ont annoncé la parution de leur ouvrage « Mémoires de Patrimoine », et ont expliqué leur démarche : objectifs de leur recherche, méthode employée pour la rédaction des fiches d’inventaire… Celles-ci ont été établies à partir d’observations faites sur le terrain choisi (rue de Tolbiac). Les bâtiments étudiés n’ont pas été sélectionnés forcément en fonction de critères architecturaux. Leur valeur de témoignage du passé a également pu être prise en compte. Le nombre de fiches est réduit car il ne s’agissait pas d’une étude exhaustive mais d’une enquête destinée à faire ressortir le patrimoine propre au 13e. Ce travail de recherche des traces de l’ancien faubourg industriel doit être poursuivi.

Cette rencontre a aussi permis la présentation des travaux de deux étudiantes en master 2 qui concernent également l’arrondissement :

Ines Yousfi, qui a une formation d’architecte, est une des rédactrices des fiches d’inventaire. Elle a également rédigé un mémoire sur les Habitations à Bon Marché (HBM) dans le 13e entre-deux-guerres.

Laure Guégan s’est intéressée aux souvenirs de ceux qui ont vécu ou travaillé dans le 13e au moment des « Trente Glorieuses ». Pour elle aussi, il ne s’agit pas d’un recueil systématique mais d’une rencontre de témoins permettant de reconstituer la mémoire ouvrière de l’arrondissement ; mais aussi de réfléchir sur les représentations qu’on se fait du passé, sur la pluralité des mémoires, sur ce qu’on en reconstitue en se rappelant que l’individu est circonscrit dans un contexte social, dans des groupes.

Ces deux étudiantes nous ont donné envie d’aller plus loin et d’ailleurs toutes deux ont des projets pour prolonger et élargir leur recherche.


[1] Mémoires de patrimoines, L’Harmattan, 2008, 319 p.

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Gazette 71 Le Treizième en sources

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

Une mine de renseignements sur les mutations du quartier

 

Le 25 novembre dernier dans la librairie Joseph Gibert nous étions réunis autour de Françoise Samain, présidente d’ADA 13, d’Aurélia Michel et d’Ariane Beauvillard pour la présentation de leur ouvrage Le treizième en sources. Guide pour l’observation des mutations urbaines Paris XIIIe..

Cet ouvrage est à la fois un guide très précieux pour les chercheurs et spécialistes de la rénovation urbaine et d’une lecture tout à fait intéressante pour nous habitants du 13e.

C’est dans le cadre du Pôle de Recherches en Sciences de la Ville, fondé en 2000, que se sont déroulées les recherches des deux auteures. Ce pôle se propose sous l’impulsion donnée au moment de sa création par le sociologue Isaac Joseph de fédérer les approches interdisciplinaires sur l’objet « ville » et ses mutations. Le 13e arrondissement a été choisi comme terrain d’expérimentation car il présentait en effet un échantillon pertinent de l’ensemble des transformations de la ville industrielle (bâti, espaces, mutations sociales et culturelles). C’est tellement vrai que l’Université de Caen, département-géographie, étudie chaque année durant une semaine l’arrondissement avec voyage d’étude prévu in situ.

image livre.doc

L’arrondissement a une longue tradition ouvrière liée tout d’abord aux voies d’eau, notamment la Bièvre (tanneries, teintureries, mégisseries) et la Seine (commerce du bois). Puis à partir du XIXe siècle, l’activité industrielle s’est développée, a structuré la ville et a attiré des populations ouvrières À côté des grosses industries et des ateliers proches des grandes voies de circulation, on y trouvait de petites unités combinant le plus souvent atelier et logement, organisés autour de cours intérieures. L’hôpital de la Salpêtrière mais aussi les gares constituent des pôles qui organisent la ville. L’histoire du treizième est marquée par ces mouvements de population L’arrondissement est un pôle d’attraction de la migration rurale au XIXe siècle puis sud européenne et asiatique.

Annexé en 1860, l’arrondissement était considéré comme une banlieue jusqu’aux années cinquante et son histoire ouvrière est peu racontée.

Ariane Beauvillard s’est intéressée aux représentations de l’arrondissement dans la fiction et la non-fiction et là aussi le passé ouvrier de l’arrondissement est peu représenté ; on lui préfère les quartiers de Montmartre ou de Belleville. Le treizième est plutôt un terrain vague, un lieu de débauche, où se déroulent des films noirs dans des atmosphères plutôt glauques.

Les habitations ouvrières y sont souvent vétustes et insalubres, raison pour laquelle a été lancée l’opération Italie (1960-1975) au cours de laquelle se sont retirées les industries. Et construites les tours. Les documents de non-fiction traitant cette rénovation et la construction des tours sont nombreux.

Cette rénovation a fait l’objet de nombreux débats et études à l’origine de nombreuses associations d’habitants et de la naissance d’un urbanisme participatif. C’est à cette époque que naît l’ADA 13, association bien connue des lecteurs de La Gazette qui, à l’occasion de ses quarante ans a remis une grande partie du matériel (écrits, photos, articles…) accumulé durant toutes ces années au Pôle de recherche de l’Université ; une partie des sources de l’ouvrage en est tirée.

Ce fort maillage associatif et ce passé ouvrier ont probablement contribué à créer un sentiment d’appartenance et une unité à l’arrondissement. En dehors de ses quartiers symboles, la Butte aux Cailles et le quartier chinois, l’arrondissement est souvent considéré comme un tout par les habitants ; nous disons bien « j’habite le 13e » et d’autres peuvent « ne pas aimer le 13e ». Dans beaucoup d’autres arrondissements la référence est le quartier et non l’arrondissement.

Dernière rénovation en date, la ZAC Paris Rive gauche se distingue par son ampleur et par le peu d’habitants sur son site avant les travaux. L’idée des aménageurs est d’inventer là une nouvelle ville. Il faudra voir comment, dans ce quartier, vont se tisser les liens entre entreprises, université et habitants afin de lui donner une identité qui pour l’instant lui manque.

N’hésitez pas à consulter cet ouvrage, il liste de nombreux documents et films qui se déroulent dans notre arrondissement.


Librairie Joseph Gibert 21 rue M-A Lagroua Weill-Hallé 75013 ; vous y trouverez aussi la Gazette du 13e     

Le treizième en sources. Guide pour l’observation des mutations urbaines. Paris XIIIe arrondissement, Paris, éd Le Manuscrit, 2008

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Gazette 71 Haussmann et le 13e

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

Embellissement? Chasse aux pauvres?

Par l’annexion, le 1er janvier 1860, au faubourg St Marcel et au 12e arrondissement de l’époque une partie du village d’Ivry et celui du petit Gentilly, fut ainsi créé notre 13e arrondissement. Une population très pauvre déjà occupait le terrain et elle se voyait repoussée toujours plus loin par les grands travaux entrepris par le préfet Haussmann. Il y existait également de nombreuses manufactures disséminées de manière anarchique au côté de groupes de pauvres habitations construites sans ordre, ce qui fit que ces quartiers étaient appelés « Le faubourg souffrant ».

Mais on ne peut séparer cette annexion du problème de l’octroi. En effet, ce système rendait la vie plus chère intra muros pour les habitants de ces quartiers nouvellement annexés.

Nous sommes donc sous Napoléon III. L’existence de cet octroi ne permettait pas une réelle surveillance de ces masses populaires souvent prêtes à manifester. Cette surveillance était un des buts non avoué de la politique impériale. Et, à chaque extension de la capitale, les industries parisiennes voulaient bénéficier d’avantages, malgré la crainte d’avoir à supporter la concurrence de la part des industries similaires déjà établies dans cette zone suburbaine. Par contre, les communes annexées trouvaient trop d’avantages à disparaître.

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Pourtant cette annexion devait coûter très cher, car ses véritables raisons en étaient politiques essentiellement, et pas seulement « hygiéniques ». Par la création d’un « Grand Paris », l’Empire exprime ainsi sa volonté de donner au représentant de l’État les pouvoirs nécessaires pour lutter contre d’éventuelles émeutes de la part de ces miséreux qui se trouvaient aux portes de la capitale et qui se verront bientôt obligés de s’exiler.

Le 13e va subir une transformation d’autant plus importante qu’il est traversé de part en part de l’arrondissement par la Bièvre dont le cours en a modelé profondément la morphologie et modelé le visage industriel et urbain. Cela posa de nombreux problèmes, car la rivière ressemblait plutôt à un égout à ciel ouvert au milieu d’une zone qui sera bientôt encore plus industrialisée et urbanisée.

Déjà, en 1826 furent entrepris des travaux d’assainissement, qui entraînèrent des expulsions d’usines et afin d’empêcher les éventuelles prétentions de ces dernières, furent offerts à la ville de nombreux terrains à prix coûtant. Cela permit au préfet de la Seine d’aménager la rivière et de reconstruire les ponts des Pascal et du Jardin des Plantes.

En 1833, une modification transforma la Bièvre en canal voûté, du Bd de l’Hôpital jusqu’à son embouchure dans la Seine, afin d’y rejeter le produit des égouts latéraux. Ce nouvel espace permit la création de nouvelles rues.

En 1852, un arrêté préfectoral concerna les conditions à observer dans l’établissement et la réparation des constructions le long de la rivière ; mais comme les industries continuaient de s’accroître de manière anarchique sur tout son cours, en dépit des règlements, la Bièvre n’était en effet plus qu’un égout. De nombreux projets de la recouvrir entièrement furent entrepris de 1860 jusqu’en 1910.

Napoléon III ne dit-il pas « Mettons tous nos efforts à embellir notre grande cité, à améliorer le sort de ses habitants, ouvrons de nouvelles rues, assainissons les quartiers populeux, et que la lumière bienfaisante du soleil pénètre partout dans nos murs ».

Ainsi donc, en 17 ans, de 1853 à 1870 ; Haussmann va pouvoir réaliser la transformation la plus rapide que Paris ait connue jusqu’à ce jour, et tout particulièrement dans ce 13e où habite la plus forte proportion d’indigents de tout Paris, après le 5e et le 11; il était donc un réservoir révolutionnaire qui s’était déjà manifesté en 1830 et 1848. Aussi, en prévision de troubles possibles, il fallait percer les ruelles étroites de l’ancien faubourg St Marcel, pour permettre les manœuvres de troupes. Entre 1867 et 1869, seront percés successivement les boulevards de Port-Royal, Saint Marcel, et Arago, et l’avenue des Gobelins. Le bd St Marcel, non seulement desservirait d’importants établissements publics, mais ainsi, du point de vue stratégique, par ce boulevard, l’École Militaire et les Invalides seraient reliés à Vincennes. De nouvelles rues furent également percées, non sans travaux gigantesques dus aux dénivellations importantes et des remblais provenant de la Bièvre, telle la rue de Tolbiac.

Ainsi, c’est à partir de la période haussmannienne que la vallée de la Bièvre va subir ses plus profondes transformations, entraînant une nouvelle structuration des quartiers du 13e.

Et la largeur des boulevards Auguste Blanqui et de l’Hôpital, calculée pour gêner la formation de barricades va également devenir une véritable barrière sociologique qui va séparer la population en deux. La plus aisée au nord et la plus pauvre au sud.

Haussmann, par ses réalisations de prestige ou stratégiques dans le centre de Paris a chassé les classes pauvres du 13e.

L’industrialisation et l’urbanisation se sont faites, comme il était à prévoir, rapidement et de nombreux lotissements ont été construits au coup par coup, selon le bon vouloir des entrepreneurs et des propriétaires fonciers qui avaient attendu l’annexion pour spéculer.

(D’après l’essai d’interprétation architecturale de l’histoire : La Formation du Val de Bièvre » de Joël Audefroy – 1977)

GJ

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Gazette 71 Chorale « Aperto »

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

À l’école élémentaire Stéphen Pichon, outre de craquants bambins, tous les jeudis à 12 heures, heure de repos desdites têtes blondes, brunes ou rousses, se glissent par petits groupes des têtes moins juvéniles, qui pour une heure, sont priées, dit notre chef de chœur, Marie-Françoise Bourdot, « de laisser dehors tous les soucis, et Dieu sait que nous avons tous notre lot » et de se détendre dans la concentration sur le souffle, l’écoute attentive mutuelle, et l’humble désir d’être séduits par Dame musique et de la servir.

chorale

            Cette chorale existe depuis 1996. Son chef, Marie-Françoise, conseillère pédagogique en musique, a une formation de chanteuse (soliste évidemment) et de chef de chœur. Elle dirige aussi deux autres chorales à Paris. Depuis quatre ans que ma voix essaie de se fondre le plus harmonieusement possible à la cinquantaine d’autres choristes, deux pianistes nous accompagnent. Ce fut d’abord Claire Caillard, dont le fils participait aux deux concerts annuels où nous nous produisons : en Mars, ou Avril, à l’Église St. Jean-Baptiste de Belleville, et en Juin, dans la salle des fêtes de la Mairie du XIIIe., Place d’Italie. C’est maintenant Vadim Sher qui, outre sa fonction d’accompagnateur, est aussi compositeur, et interprète pour le théâtre et le cinéma.

            Le but est de faire découvrir à chacun le plaisir de chanter ensemble. La chef est exigeante et pleine d’humour. Point n’est besoin de hautes qualifications musicales pour y participer, je peux vous l’assurer, mais on y progresse dans la justesse et l’écoute des autres et de sa propre voix. La découverte du répertoire est jubilatoire : De Prétorius, en passant par Bizet, jusqu’à Jacques Brel, chants traditionnels et classiques sont au programme. On y découvre l’humour de nos anciens « Qui veut chasser une migraine », le folklore de nos provinces, ou du Québec, notre ancienne province ! avec Aragon, Prévert et Apollinaire nous errons dans les pays des Démons et merveilles, des Saltimbanques et autres marginaux comme Verlaine emprisonné.

            Bref nous vivons une heure par semaine en fort bonne compagnie, et avec Prétorius nous sommes ravis de chanter à pleine voix « Viva la musica »

            En fin d’année, à l’occasion de notre assemblée générale nous mettons en commun nos talents culinaires ou de bons cavistes, et c’est une bonne façon d’attendre le plaisir de se revoir à la rentrée.

            N’hésitez pas. Venez pratiquer cette gymnastique douce du corps et de l’âme qu’est la pratique du chant choral.

G. Mennessons

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