La Gazette du 13ème – Journal de quartier

La Gazou

Archive for octobre 2013

GAZETTE-89 Z comme Zellidja

Posted by lagazou sur 29 octobre 2013

Des bourses de voyage pour les jeunes de 16 à 20 ans

10 000 jeunes gens – garçons puis filles – de 1939 à aujourd’hui, ont voyagé sous égide « Z » – dont, parmi eux/elles, près de 1 500 ont été déclaré(e)s « lauréat(e)s ».

Qui sont ils ?

Nous sommes allés rencontrer un Z , comme ils se nomment et visiter l’exposition qui leur est consacré dans le hall des donateurs de la BnF. Z non pas comme Zorro mais comme Zellidja, qui signifie mosaïque, du nom du village marocain où se trouvaient les mines de plomb et de zinc que Jean Walter , architecte géologue avait découvert  (en 1935)  et qui lui apporteront  fortune et notoriété. Jeune homme, en été 1898, il avait fait le tour de l’Italie en bicyclette. C’est lors de ce voyage qu’est née sa vocation d’architecte et que s’est construite, selon lui, sa personnalité et son esprit d’entreprise. Convaincu de l’importance de ce type d’expérience il souhaite la mettre à la portée de nombreux jeunes et fonde donc en 1938 les bourses Zellidja financées par les revenus tirés de l’exploitation minière. Ces bourses visent à «  Donner aux jeunes le moyen de compléter leurs études par des connaissances qu’ils n’ont pas acquises dans les établissements scolaires et n’acquerront pas davantage dans les grandes écoles ou en faculté » 

En quoi consistent elles ?

Il s’agit d’attribuer à des jeunes, au début seulement des garçons,  une somme d’argent limité afin  de partir en solitaire au moins un mois (durant les vacances d’été en général)  avec un sujet d’étude laissé au libre choix du candidat.  Au retour les participants s’engagent à fournir un rapport en trois parties : un journal de route , narration quotidienne des épisodes du voyage, un rapport d’étude sur le thème choisi et un carnet de comptes attestant de l’emploi de l’argent de la bourse.

Le fondateur Jean Walter administre son œuvre d’abord directement  puis au travers de la Fondation nationale des Bourses Zellidja créée en 1947 dont la direction est confiée à l’Académie française  avec  le concours du Ministère de l’Education nationale. Au sommet de sa notoriété dans les années 50-60, la Fondation traitait annuellement 2000 dossiers de candidatures, décernait 200 bourses de premier voyage et 50 bourses de deuxièmes voyages attribuées aux meilleurs dossiers du premier voyage. A l’issue de cette seconde expérience les meilleurs dossiers étaient déclarés lauréats et les meilleurs distingués. L’ensemble des prix était remis aux boursiers lors d’une manifestation conjointe au  concours général. Parallèlement à la vie de la Fondation était créée l’Association des lauréats Zellidja par Jean Crozel (Z 49) qui regroupait l’ensemble des jeunes déclarés lauréats.

Dans les années 70 la Fondation a quelques soucis, secouée par les évènements de 1968, elle est jugée élitiste et décalée. L’Académie française décide donc de la dissoudre et d’arrêter le programme en 1974. Mais les anciens lauréats ne se résignent pas à voir cette histoire se terminer ainsi. Un petit groupe décide donc  en 1978 en mettant la main à leurs poches de lancer une nouvelle génération de Zellidja. Fidèle à l’esprit du fondateur elle propose des bourses aux jeunes gens et aux jeunes filles de 16 à 20 ans. En 2004, des lauréats reconstituent une Fondation Zellidja sous l’égide la Fondation de France permettant ainsi de pérenniser leur action.

PhotosZelidjaCarnets de voyage

Lors de la dissolution de la Fondation en 1974, rien n’avait été prévu pour les carnets de voyage collectés depuis sa création, ils risquaient le pilon. Alerté par cette situation un ancien Z, se propose de les récupérer et des les entreposer dans son garage en attendant de trouver mieux. Lorsqu’un membre de l’association  en parle à une bibliothécaire de la BnF,  elle s’enthousiasme et propose de recueillir ce fonds  et l’on comprend pourquoi lorsque l’on visite l’exposition qui présente dans la Galerie des donateurs  une centaine de rapports parmi les plud de trois mille donnés au département de Cartes et plans.(jusqu’au 7 juillet). Ces journaux et récits de voyage révèlent le regard des jeunes sur un monde souvent disparu ; ce sont de superbes témoignages de la vie culturelle, économique et sociale de nombreux pays y compris la France. Voyageant seul, avec peu de moyens, le jeune peut plus facilement s’insérer dans la vie locale et appréhender ainsi le quotidien des habitants.

Les premières destinations sont de voyages en France. On part souvent à vélo  la tente sur le dos. On y étudie l’architecture, la vie agricole, les coutumes régionales, les grands ouvrages d’ingénierie ou la vie dans les mines. L’Europe est aussi une source d’inspiration, les grandes capitales, Paris, Berlin juste avant la construction du mur, Londres, les villes d’art. Les destinations lointaines attirent  aussi : l’Afrique plus accessible où l’on y étudie le développement économique mais aussi les traditions, les vies et coutumes… Dans les années 60, l’Amérique est une destination phare. Le voyage commence par une traversée en bateau souvent en cargo et l’on y étudie le modèle économique mais aussi la musique, la mode, .. Certains candidats sont devenus célèbres : Dominique Lapierre parti étudier la civilisation aztèque, Daniel Buren, la peinture moderne au Mexique, Philippe Labro, le cinéma aux Etats Unis, Jean-Pierre Elkabbach, l’amiante au Canada… Certains récits sont édités chez l’Harmattan.

Aujourd’hui de nouveaux pays apparaissent ; l’Inde, la Chine, le Guatemala, Cuba, … ainsi que de nouveaux thèmes plus liées à la culture, à l’étude d’une autre vision du monde  comme les pratiques ancestrales des chamans, le tissage et sa signification, la musique populaire cubaine … L’objet « carnet de voyage » évolue aussi avec les nouveaux modes de collecte et de transmission d’informations (enregistrement audiovisuels, création numérique) mais l’utilisation du dessin, du croquis est encore très présente.

Des bourses pour toutes et tous

Depuis l’ouverture de la Bourse aux jeunes filles, elles sont largement majoritaires (plus de 80%), les garçons à cet âge sont souvent plus grégaires. L’assise sociale des boursiers s’est élargie avec l’opération Zellidja pour tous qui offre aux boursiers la possibilité d’un accompagnement pour rédiger le projet, le présenter et rédiger le rapport de retour.  Une priorité est donnée aux boursiers de l’Education nationale. Le 26 juin lors d’un colloque organisé à la BnF « Zellidja : la découverte de soi au bout du voyage » aura lieu la cérémonie de remise des prix à 150 candidats, des jeunes de 16 à 20 ans qui vont voyager cet été grâce à elles.

L’esprit Z

On pourrait le présenter comme l’ensemble des valeurs qui permettent à un voyage d’apporter ces bénéfices et qui unit tous ceux qui ont voyagé avec cette bourse. A l’issue d’un voyage Zellidja, chacun comprend qu’il ne peut plus désormais rester spectateur du monde, mais qu’il doit s’engager pour en devenir acteur. Le boursier, à l’issue du voyage, a appris à se connaître, à prendre confiance en lui et en le monde, et il sait que désormais, avec de la méthode, de l’enthousiasme et de la détermination, ses rêves sont à sa portée.

Partir seul  permet de rencontrer les autres, c’est donc se confronter à la solitude et se mettre à l’entière disponibilité de nouvelles rencontres. Cela permet de  bien s’immerger dans un pays, de se confronter à soi, de se donner un défi : partir seul, c’est se dire : « je peux le faire ! », c’est se mettre au défi de gérer tout seul toutes sortes de situations et en tirer une grande satisfaction et une grande fierté après coup. Partir avec un objectif donne un fil conducteur, l’on n’est plus un touriste consommateur de monuments. La rédaction d’un projet permet de mettre à plat cet objectif , de le rendre cohérent avec les moyens mis à sa disposition ; Rédiger un journal de route, un rapport d’étude et un carnet de compte, aide à prendre du recul par rapport à son voyage, à le partager et à rendre des comptes. C’est l’aboutissement du projet, sa valorisation.

Jean-Jacques Walter, petit-fils de Jean Walter, résume ainsi cet esprit Z si particulier : « L’esprit des bourses est l’orientation vers le caractère, et non pas l’intelligence ou l’information. Dans ce but, chaque boursier part seul. Il constate qu’il peut réussir seul une entreprise, qu’il peut vaincre seul bien des difficultés qui lui auraient paru insurmontables s’il les avait envisagées avant de partir. Il découvre aussi que lorsqu’il entreprend, beaucoup d’opportunités se présentent, auxquelles il ne s’attendait pas. »

Voilà une belle association dont le siège est dans le 13°, arrondissement où Jean Walter a laissé des traces puisque en  1914,  il a édifié un ensemble de pavillons bâtis autour d’un jardin « La Petite alsace » située au 10 de la rue Daviel,  pour la société L’habitation familiale fondée par l’abbé Viollet

Comment ça marche ?

Montant des bourses accordées :

Jusqu’à 900 euros pour un premier voyage

Jusqu’à1100 euros pour un second voyage

Comment postuler ?

Avoir entre 16 et 20 ans le mois du premier voyage

Etre francophone

Partir seul(e) pour une durée minimale de 1 mois

Présenter un dossier de 8 à 10 pages exposant son projet de voyage et d’étude

S’inscrire en ligne et télécharger son projet de voyage avant le 31 janvier

Défendre son projet à l’oral devant un jury régional

Pour équilibrer le budget des compléments sont autorisés : petits boulots ici et là-bas, bourses complémentaires à condition que la bourse Zellidja couvre au moins 50% des frais. Le soutien familial ne doit être s’il existe que négligeable.

Contact :

www.zellidja.com

60 rue Régnault 75013 Tel. 01 40 21 75 32

Publicités

Posted in 1, Associations | Leave a Comment »

GAZETTE 89 -Henri Pousset,

Posted by lagazou sur 25 octobre 2013

 

Une longue fidélité

 

Henri Pousset a vu le jour en 1931 à Val d’Izé près de Vitré, en Bretagne. La région, à cette époque était particulièrement catholique. Son enfance en fut profondément marquée, il a vécu un conditionnement extrêmement fort et prégnant, il semble que rien n’échappait à l’emprise d’une religion figée et conventionnelle. « Il a fallu m’en sortir » raconte Henri « il y a eu des ruptures ». Ce sera le début d’un chemin jalonné de périodes libératrices. Henri quitte Rennes et la Bretagne, s’il ne quitte pas l’Eglise il choisit une famille en mouvement, c’est celle de la Mission de France. A l’origine, dans  le livre France pays de mission, les auteurs constatent que la grande masse des ouvriers demeure étrangère à l’Eglise sous sa forme paroissiale. C’est le début d’une prise de conscience pour des Chrétiens, prêtres ou laïcs qui vont vivre autrement leur foi dans le monde.

Depuis 1941, les prêtres et les diacres de la Mission de France partagent l’existence quotidienne des hommes et des femmes au travail, dans les associations, dans les quartiers. Certains travaillent en usine, mènent une vie pauvre qu’ils choisissent comme une proximité avec le monde du travail. C’est aussi l’époque des prêtres ouvriers, très présents dans notre arrondissement.  Le séminaire de la Mission de France se trouve à Pontigny, dans l’Yonne. En même temps qu’il accomplit ses études, il fait son choix, il sera prêtre ouvrier en milieu hospitalier. Sa vocation auprès des malades est très profonde, il trouve, au sein de sa communauté un groupe de réflexion ouvert qui lui permet d’élaborer une pensée qui ne cessera de s’enrichir au gré des expériences et des rencontres. « J’ai travaillé à Paris dans les hôpitaux, j’ai connu les grandes salles de trente malades. La qualité des soins a beaucoup changé, les gens passaient plus de temps à l’hôpital, il y avait entre malades et soignants un compagnonnage. En équipe nous abordions les problèmes éthiques et c’était précieux ».

89 photo pouset

Pour la hiérarchie catholique , les prêtres allaient trop loin, ils se mêlaient de syndicalisme, militaient avec les communistes. La condamnation des prêtres ouvriers fut un drame pour beaucoup. Dans sa fonction d’infirmier Henri put continuer son travail d’accompagnement et rester fidèle à sa vocation. Pour lui action rimait toujours avec réflexion, au début des années 1960 il adhéra au PSU (Parti Socialiste Unifié) rejoignant beaucoup de Chrétiens engagés.

Plus tard, j’ai choisi de travailler à l’hôpital Charles Foix à Ivry. C’était le rassemblement de beaucoup de Parisiens exclus des hôpitaux. Au sein d’une équipe constituée d’un groupe de soignants, nous avons beaucoup réfléchi et commencé un travail sur le « bien vieillir ».  Une préoccupation qui va nourrir plus tard une pratique associative sur notre quartier. Dans le récit d’Henri se mêlent des histoires de vie et des considérations personnelles. A propos de l’âge, il parle d’un regard distancié, du désir de partage,  il rappelle les changements opérés, la richesse des groupes et des amitiés. Dans les combats de mai 68, se sont crée d’autres équipes, des amitiés nouvelles qui ont fleuri.

En 1973 il épouse Monique, un événement personnel relié à une réflexion profonde. Il en parle à la fois comme d’ une rupture etd’ une fidélité. Deux enfants sont nés : les parents leur ont transmis des valeurs pour qu’ils inventent leur propre vie en liberté .Avec leurs parents ils échangent facilement à propos de leurs choix de vie. Ils ont aujourd’hui 34 et 40 ans. La suite est toute logique, quittant son travail d’infirmier à 63 ans, il prend contact avec Pierre Guillet, directeur de l’Association de Gérontologie du 13. La structure était née au début des années 1960, lancée par l’équipe de l’ASM du 13e (Association de Santé Mentale) animée par les docteurs Lebovici et Paumel. Pierre Guillet avait une conception de l’âge novatrice et assez tonique. Il semble cependant que la maison de la rue Bobillot en restait souvent à des aspects médicaux, psychologiques voir psychiatriques de la vieillesse. Un élan avait cependant été donné pour proposer des activités diverses susceptibles d’intéresser les personnes retraitées. Henri était entré au CA de l’association apportant la richesse de son expérience en la matière.

Avec la création de l’association Générations 13, c’est une nouvelle page qui s’inscrit dans le paysage associatif. Le titre, déjà, ne fait pas référence à la gérontologie, il annonce une réalité : les retraités représentent plusieurs générations, il s’agit donc d’un nouveau chapitre de la vie qui peut être  extrêmement riche. Herri s’insurge contre le vocable, retraite synonyme de retrait de la vie. Il donne en exemple le mot espagnol « jubilacion » qui exprime la jubilation. En guise de programme une assertion : « Mieux vivre ensemble pour mieux vieillir »

Aujourd’hui  la structure compte 500 adhérents. Une cinquantaine d’ateliers sont pris en charge par une cinquantaine de bénévoles, mises à part quelques activités payantes.   J’ai un peu fréquenté quelques ateliers, l’organisation semble aller de soi, en fait dans la majorité des groupes, c’est l’autogestion. Une personne compétente en philosophie, en économie, en cinéma va proposer un ensemble de rencontres, il en est de même dans bien d’autres domaines. Le président semble être là, présent, il ne s’affirme pas. Très peu directif, il facilite et encourage ces prises en charge qui semblent se faire si naturellement.  S’il est resté croyant, Henri s‘attache aux valeurs de la laïcité, il fait partie de ces nombreux chrétiens qui ont partagé avec passion les années 50 /60, celles d’une vitalité incroyable au cours desquelles  les forces vives, chrétiens et communistes, s’engageaient au service des humbles dans les actions pour le logement, la santé, la culture Ceux qui ont connu cette période dans notre XIIIe savent que les militants chrétiens de cette époque, aujourd’hui, qu’ils soient restés croyants ou non animent bien des associations du quartier et quelques soient leurs couleurs politiques, ils sont restés fidèles à leurs engagements.

Comme beaucoup il a rejeté l’esprit dogmatique et infaillible de l’Eglise, toujours en recherche Henri confie qu’il s’est laissé interroger par toutes les religions, celles d’Orient, l’Islam en particulier, il se dit « chercheur de Dieu », ajoute qu’autrefois «  il nous était donné ». A l‘entendre, on pense qu’il n’a pas fini de chercher. Un homme paisible, réconcilié avec lui-même, qui jette sur son histoire un regard serein, il  manifeste d’une belle liberté intérieur.

De cette histoire de fidélité notre arrondissement n’a pas fini de gouter les fruits.

 

Sabine

 

 

 

Posted in 1 | Leave a Comment »

GAZETTE 89 – Le tintammarre

Posted by lagazou sur 25 octobre 2013

                                    Rassemblement festif de jeunes majeurs sans papiers.

Ce dimanche 9 juin 2013 le ciel avait décidé d’aider les Jeunes Majeurs du Ve. et du XIIIe.,  réunis avec leurs amis à la place Nationale, puis à la place Pinel pour attirer l’attention du public sur leur sort. Pas de pluie et pas trop de vent, température clémente, c’était enfin le printemps !  Tout a commencé place Nationale par le gonflage de ballons. En dernière minute, panne d’hélium, on avait donc apporté des gonfleurs à main, à pied, et on poussait ferme pour obtenir les plus gros ballons possibles. Bientôt, avec leurs inscriptions R E.S.F., ils se balançaient en bouquets multicolores sur les cordes tendues entre les arbres de la place  Tout à côté, autour d’une table, s’affairaient en même temps, conseillés par des spécialistes de la question, des fabricants d’instruments de musique : à partir de capsules de bouteilles, de bouts de bois de récupération, de bouts de ficelle, c’est fou ce qu’on, peut obtenir : des castagnettes, des sortes de crécelles, bref des percussions pour faire beaucoup de bruit et ne pas passer inaperçus.  Au centre de la petite place un vrai orchestre talentueux (maniant des instruments plus traditionnels) avec chanteurs, danseurs, faisait s’arrêter les passants, à qui on distribuait des tracts sur le mouvement R.E.S.F. : Pour les non encore initiés, cela signifie Réseau d’Education Sans Frontières.

Beaucoup d’habitants du coin se sont arrêtés, rassurés sans doute par le côté joyeux, musical, débonnaire de ce rassemblement, et le fait que deux motards suivaient d’un œil complice cette manifestation joyeuse. La majorité des Jeunes était composée d’Africains qui s’étaient mobilisés, ravis de pouvoir ainsi rencontrer d’autres compagnons de “galère”, car c’en est une vraie d’être sans papiers. Un initiateur du rassemblement, appartenant au réseau du XIIIe. expliquait les tracasseries auxquelles sont en butte ces jeunes, malgré les promesses d’assouplissement de la législation. Le Maire de l’arrondissement, M. Jérôme Coumet nous a honorés de sa présence.

C’est ainsi que de 11 heures à 13 heures on a réveillé la place Nationale.

Puis, précédés comme des officiels par nos deux motards, on a marché, avec des arrêts bien synchronisés où l’on scandait “ Jeunesse sans papiers, Solidarité, Régularisez.” tout au long de la rue Nationale vers la place Pinel. Là les estomacs commençaient à crier famine. Qu’à cela ne tienne. On avait tout prévu,  et tartes salées ou sucrées, cakes variés, salades composées, préparés d’avance, sandwiches, que les jeunes ont confectionnés sur place, fruits divers, nous ont réconfortés.

A nouveau prise de parole par l’un des organisateurs pour rendre conscients les passants de l’injustice subie par des élèves, ou étudiants, ou travailleurs à qui on refuse le droit à un séjour en paix dans un pays à qui ils apportent leurs compétences, leur envie de s’enraciner, leur vitalité. S’ils veulent plus tard retourner dans leur pays d’origine, ce seront les meilleurs ambassadeurs de la France, pays qui reste encore dans l’imaginaire collectif comme la patrie des droits de l’homme. Des jeunes ont pu passer un moment de convivialité, se rencontrer autrement que dans des queues pour se faire régulariser. Le 19 juin, à la Mairie du XIIIe.il y aura encore un parrainage républicain. Il ne faut pas fermer les yeux ; il faut aider une jeunesse en grand danger d’expulsion.

G. Mennessons

 

Posted in 1 | Leave a Comment »

GAZETTE 89 -EMMA

Posted by lagazou sur 25 octobre 2013

  Une présence

 

Je me souviens d’une voisine, une dame très littéraire, quelque peu précieuse, elle parlait de notre gardienne avec une bienveillance amusée : Notre Emma n’aime pas un locataire ou copropriétaire en particulier, elle aime son immeuble. C’est une belle entrée en matière pour dire un attachement, non seulement à l’immeuble mais aussi à un coin du 13e dont elle a fait son domaine. Arrivée d’un village du Portugal, Algoso, au cœur de la région du Tras os Monto, la première loge qui lui fut confiée, rue Philippe de Champagne la mit en relation avec une autre gardienne venue du Portugal. Lorsque la loge du 77 se libéra Emma en eut vent et l’affaire fut conclue. C’était en 1987, le 21 septembre. Bientôt 26 ans en compagnie des locataires et copropriétaires de l’immeuble. les services prodigués ne se comptent plus. Pour l’essentiel les personnes âgées, encore présentes ou déjà décédées lui doivent beaucoup. Le profond désir de finir sa vie dans son appartement, c’est grâce à notre gardienne qu’elles ont pu le réaliser. Plus présente souvent que la famille de ces résidents, son souci constant des personnes seules ou malades a pu leur éviter l’hôpital ou la maison de retraite. Je me souviens d’un épisode assez cocasse : un nouveau copropriétaire retraité vivait seul dans son appartement. Parti en week-end sans avoir prévenu Emma, il a reçu un accueil plus que froid à son retour, elle s’était inquiété et a montré sa colère avec vigueur.

Lors de la période de Noël, le hall d’entrée, le départ d’escalier étaient illuminés avec éclat. Une crèche installée était complétée la nuit du 24 par l’arrivée d’un petit Jésus en plâtre. Une année, au retour des gardiens qui avaient réveillonné chez des amis l’enfant  Jésus avait disparu. Indignation bien partagée de tous les résidents ! Peu de temps après l’un des habitants prit l’initiative de proposer à chacun de se cotiser pour acheter une belle crèche. Inutile de dire qu’elle fut installée hors de portée d’éventuels  fâcheux, elle fut exposée sur la cheminée de la loge pendant une semaine. Nous eûmes la permission de venir l’admirer. Tout le monde était content de participer à ce geste collectif, chacun disait qu’il aurait dû y penser.

Le 77 est un immeuble bourgeois, si les relations sont cordiales à tous les étages, c’est tout de même le « chacun pour soi », chacun chez soi ». Les seules occasions de rencontres ont été créees par Emma et son mari Mario. Plus tard, à l’occasion des 18 ans,  à l’occasion du mariage de leur fils et malgré l’exiguité de la loge, locataires, copropriétaires furent tous invités. Le jeudi soir le 1er et 2e étage, le vendredi, 3e et 4 e étage, le samedi 5e et 6e étage.  A l’image des gens du sud Emma exprime son désir de rassembler à travers l’abondance du buffet proposé. On imagine les heures de travail pour réaliser ces montagnes de beignets  à la morue, ces gâteaux impressionnants ! Les soirs où nous fêtions le mariage, la télévision passait en boucle le film de la cérémonie. L’histoire de la crèche a crée un lien entre tous, ce fut le prélude a la mise en place de la fête des voisins qui eut lieu pendant deux ou trois ans.

Emma est une personne entière, qui a beaucoup donné, sa rancune peut être vive lorsqu’un résident la traite en domestique et lui manque de considération. Alors, nous sommes tous punis, finis les fêtes des voisins, terminés aussi les services pour lesquels elle n’est pas rémunérée. Toujours polie, jamais servile, pour la plupart d’entre nous elle est précieuse. N’oublions pas qu’elle tient la gazette des grands et petits évènement liés à l’immeuble. C’est par elle que nous apprenons la vie cachée de notre immeuble. Ceux du 77 peuvent dire un grand merci à Emma et à Mario !

 

.3662 s

Posted in 1 | Leave a Comment »

GAZETTE 89 -Notre ami Gérard

Posted by lagazou sur 25 octobre 2013

 

 

 

    Gérard Conte, un drôle de pèlerin

 

Il est né le 1er février 1931 au petit village de Gorcy en Meurthe et Moselle. A la suite de la mort de son père, il n’avait que deux ans, sa mère déménage dans les Ardennes. A l’école primaire  sa formation de rebelle s’affirme.  Son maître lui assène que « les gauchers n’arrivent à rien dans la vie ». La réplique du petit gaucher ne tarde pas ; « Ca m’étonnerait, Léonard de Vinci était gaucher et c’était un grand peintre, il n’était pas instituteur ». Chaque étape sera pour lui une leçon de vie, ainsi pendant l’exode il peut lire la propagande nazie et le détournement de certaines photos à la gloire des occupants. Sa méfiance pour les arguments partiaux et partiels est née. En 1941 la famille s’installe à Niort. Lorsque la ville fut victime de destructions stupides, l’analyse des officiels lui fait comprendre la distance entre « ce qu’il a vu » et la relation qui en est faite, sa vocation d’historien est née. Au contact de la famille libertaire, cette « graine d’anarchiste » fréquente surtout les militants espagnols. Il se déclare alors objecteur de Conscience, un vieil ami anarchiste lui conseille de s’engager dans le Service de Santé.

Après un stage au Val de Grâce, Gérard termine son office dans un hôpital militaire en Allemagne. Grâce à des amateurs de Francfort sur le Main il se familiarise avec la musique de Jazz.. A son retour à Paris il écume les caves de Saint Germain des Près, il rencontre Claude Luter, Boris Vian et Django Reinhardt. Lors de ces années fastes, il fait la connaissance de celle qui deviendra sa femme en 1956, Eila Poyry. Son fils Philippe né dix ans plus tard, relate la « dose de patience et de ténacité toute nordique » qui a fait la fidélité de cette épouse venue du Nord.

Nouveau chapitre, Gérard obtient son diplôme d’assistance sociale. A travers ces années auprès des jeunes salariés du bâtiment et des travaux publics, il est confronté aux conditions de vie du prolétariat. Ce qui l’amène au syndicalisme, il adhère à la CNT** dont il devient trésorier confédéral. La guerre d’Algérie le voit rejoindre le réseau Jeanson et pratiquer une réelle solidarité dans certaines organisations clandestines.

Dans les années 1960 Gérard abandonne la voie sociale, déçu par l’incurie des pouvoirs publics dont il dépend pour devenir agent commercial. C’est alors qu’il fonde avec d’autres l’Association Française des Amateurs de Jazz Nouvelle Orléans. Sur la lancée, en 1974 il fonde une maison de disques, Pagmaphone, ce sera l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes.

Nouvelle étape : 1958, le couple se fixe dans le XIIIe,  une chance pour ses habitants, puisque très vite il se passionne pour l’histoire industrielle et populaire de l’arrondissement. Il adhère à la Société d’Histoire et d’Archéologie du XIIIe, publie brochures et documents principalement « C’était hier le XIIIe » deux fois réédité et malheureusement épuisé.

Gérard dans tous ses états

Pourquoi tant de haine ?

Pas question de détecter les abymes des détestations de notre ami Gérard. Nous qui l’avons fréquenté au quotidien et entendu ses violentes diatribes, nous nous sommes toujours interrogés sur l’objet de sa vindicte. Sous le pseudonyme de Guy Chetfermé l’oncle Gérard a fait de la poste un objet de poursuite dûment entretenu. De bureau en bureau il a pu constater qu’aucune balance ne pesait le même poids pour un objet donné. Toujours dans la Gazette du 13e il s’indigne qu’une lettre postée à Ivry arrive plus vite dans le 13°  que sa sœur postée dans le 13e, inutile de dire qu’il a fait le voyage pour la banlieue plusieurs fois pour le constat. Le jour où la deuxième levée de l’après-midi a été supprimée Gérard a exprimé sa colère dans tous les lieux ouverts du quartier, l’affaire était passée sans publicité. Parmi les sujets récurrents de l’opprobre véhément de Gérard, le Jazz moderne subventionné tient une place de choix. Au regard des pionniers du jazz Nouvelle Orléans les prétentions de l’Orchestre National de Jazz le mettent en rage.

La Gazette du XIII°’ ce grand organe de presse s’est fait l’écho d’autres indignations. Dans le numéro d’automne 1991sous le titre : « les corps étrangers du XIII° » signé Homère d’Allores, il part en guerre contre la dite-sculpture Clara-Clara. « Ces deux immenses parenthèses de ferraille ont peut-être considérées comme des œuvres d’art par certains esthètes qui se prétendent raffinés. Le seul ennui est que ces soi-disant artistes et leur thuriféraires pas toujours désintéressés se gardent bien de sévir dans leurs propres quartiers : ils veulent sans doute bénéficier de l’impunité et conserver l’estime de leur gardien d’immeuble »  A travers les pages de cette Gazette dont il fut le premier président, et cette fois sous son patronyme officiel, il se plaint amèrement que la Mairie n’ait pas jugé bon de fêter le centenaire de Panhard et Levassor. Pour notre passionné de l’histoire industrielle du 13° l’oubli reste inexpliqué : « Nous aimerions bien savoir pour quelles obscures raisons on n’a pas cru bon de célébrer dans notre arrondissement un centenaire qui aurait pourtant bien mérité de ne pas tomber dans l’oubli le plus total. »

Passions et enthousiasmes.

Chez Gérard, passions et anathèmes alternent au fil des jours et des humeurs. Il y a les passions pérennes et les autres. La passion du jazz nouvel Orléans ne prend pas une ride au cours des ans, d’autant qu’elle se nourrit d’activités liées à cette musique : il anime des émissions de radio, participe à des rencontres et fait partie de jurys consacrés à ce style des origines. Nous avons retrouvé un enregistrement consacré à une soirée donnée à la librairie Jonas à propos de Sydney Bechet. Mêlé à la musique on entend les commentaires enflammés, on l’imagine rythmant le tempo comme il savait le faire. Lors de la réimpression de « C’était hier le XIII° » Jonas lui avait fait la surprise d’inviter son groupe préféré.

Que dire de son attachement au quartier dont il fut l’historien ?

Les séances de diapositives concernant l’ancien XIII° abondement commentées par l’ami Gérard regroupaient beaucoup d’anciens, bavards autant qu’émus, une ambiance chaude, les anciens s’attendrissaient de retrouver leur école, leur bistro !!! Ce fervent du XIII° appliquait aux textes d’invitation un humour très personnel. Ainsi pour ces projections qui avaient lieu au centre Culturel La Clef, le dernier paragraphe du texte donne la marche à suivre pour se rendre au lieu : « Il est rappelé aux personnes désireuses de se déplacer pédestrement que l’heure fixée pour le début de cette soirée est toute proche de celle du solstice d’hiver qui aura lieu très précisément 19 heures et 22 minutes après le début de notre réunion. De plus comme la rue de la Clef jouxte quasiment les pentes abruptes de la montagne Sainte Geneviève, il serait prudent, compte tenu d’une formation toujours possible de congères en cette saison, de se munir de vêtements chauds et d’un petit en-cas pour être en mesure d’attendre l’arrivée des secours dans les meilleures conditions possibles ».   Pour les visites de la Butte aux Cailles, il parlait de « l’ascension par la face nord » de ce coin du 13e qu’il affectionnait, en fonction de la mémoire vivante de la Commune de 1871. C’est d’ailleurs beaucoup à lui que l’on doit le baptême de la place de la commune de la Butte aux Cailles. C’est également à lui que l’on doit l’inauguration de la place Louis Armstrong située près des anciens studios d’enregistrement au coin de la rue Jeanne d’arc et du boulevard de l’hôpital et celle de la petite place de la bergère d’Ivry.

Passionné de Jazz, fervent de l’histoire populaire du XIII°, un intérêt qu’il savait partager pour la Langue française l’a conduit à fréquenter une association de Défense de la Langue Française, il aimait se joindre aux travaux de la structure tout en pestant contre « ces vieux réacs », Il adorait parler aux enfants des écoles de l’histoire du quartier, particulièrement aux élèves de CM qui posaient les bonnes questions.

Hors des passions pérennes, de multiples emballements.

Ces enthousiasmes, il les partageait avec la fougue qu’on connaît. La découverte du sous-commandant Marcos lui a dicté une de ses grandes croisades. C’était l’objet de tous ses discours ; plus concrètement, avec  d’autres il participa à une collecte qui permit d’envoyer dans la Chiapas une jeune fille qui créa le lien avec son petit groupe. Des évènements mais aussi des gens à qui il vouait une belle admiration : Jean Bachelot qu’il appelait son « bon maître » et dont il appréciait la culture. Il ne tarissait pas d’éloges sur Aline Pailler, journaliste politique, son intelligence et son charme ont opéré, il n’avait de cesse de la faire connaître. Cette passion du partage aussi sympathique soit-elle entraînait par la fougue dont il faisait preuve auprès de ses interlocuteurs une certaine forme d’asphyxie. Les plus braves en sortaient indemnes.

De son passé d’assistante sociale il gardait un dévouement et une fidélité magnifique. De son souci des laissés pour compte, des amis en difficulté il parlait peu, on la découvrait au hasard des conversations. Des gamins en déshérence qu’il réunissait autour d’une vidéo et qu’il aidait dans le travail, une famille en difficulté qu’il entourait régulièrement jusqu’à  inviter de jeunes ados à des voyages à l’étranger. Une face cachée de Gérard qui nous le rend proche.

*Henri Coing sociologue qui s’est attaché à notre arrondissement a écrit  « Rénovation urbaine et changement social » aux éditions Ouvrières

* CNT, Confédération Nationale du Travail ( de tendance libertaire)

 

 

 

Posted in 1 | Leave a Comment »

GAZETTE 89 – Les Filles du Roy

Posted by lagazou sur 25 octobre 2013

 

                                     Les “mères” “bâtisseuses “ de la nation québécoise.

 

En ce quatrième centenaire de l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière, la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs a voulu célébrer, ce 6 juin 2013, le 350e anniversaire du départ, dans la décennie 1663-1673, de ces Filles depuis la mère patrie vers la Nouvelle-France, comme on appelait alors le Québec. Pour votre information deux “Gazetteuses”, Brigitte et Georgette, se sont donc retrouvées ce matin-là dans la grandiose chapelle de Libéral Bruant, architecte de Louis XIV, où le public pouvait assister à une Table ronde et des conférences ouvertes à tous.  Solennellement tout a débuté par le défilé silencieux d’une vingtaine de femmes en costumes d’époque : coiffes blanches ajustées, casaquins de couleurs vives, blouses blanches ouvertes sur de belles poitrines, longues jupes à plis en laine, fichus blancs triangulaires, sabots aux pieds, ce sont les descendantes des “Filles”. Ces costumes elles les ont confectionnés elles-mêmes , comme le faisaient leurs ancêtres.

Qui étaient-elles donc ces “Filles du Roy” ?  Levons tout de suite l’équivoque : ce n’étaient pas des filles publiques, ou prostituées pour parler crûment. Si en grande majorité elles viennent de la Salpêtrière c’est parce qu’en 1612 un édit de Marie de Médicis ouvre à cet emplacement un lieu où entretenir et nourrir 30.00 pauvres,   nombre qui ira croissant ; ‘et en 1661 Louis XIV fonde là “L’Hôpital général de la Ville de Paris” qui ne sera pas dédié aux soins, mais à l’enfermement des pauvres, des infirmes,des enfants qui traînent dans les rues, parmi eux beaucoup d’orphelines.  Là intervient la décision politique du Roi-Soleil : il veut transformer en colonie royale de peuplement les comptoirs ouverts, depuis la découverte par Montcalm, à des commerçants qui troquaient avec les amérindiens des fourrures contre de la pacotille. Ces hommes d’affaires ne voulaient pas que des familles s’installent, c’était un frein à leur commerce Le Roi décide de doter les orphelines : 50 livres, voire 100 livres pour les “Demoiselles”, issues de la noblesse désargentée ; s’y ajoutent des filles d’artisans ayant subi des revers de fortune. Donc ces femmes sont d’origines sociales mêlées. Aidé de Colbert, le Roi demande de sélectionner des candidates qui n’aient “rien de rebutant à l’extérieur, saines et fortes” à qui il offre une vie nouvelle dans un monde qu’elles espèrent plus ouvert que la France où sévissent alors des famines, et où leur avenir est bouché.

 89_Filles du Roy_Salpé (

Qui aidait à recruter ces femmes ?

Les ordres religieux ou congrégations séculières sous contrôle des évêques, qui ,seuls à cette époque, s’occupaient de l’éducation des filles, et des sociétés, comme la célèbre “Compagnie du Saint Sacrement”. De grandes dames, telles à Paris la duchesse d’Aiguillon, poussée par M. Vincent, qui deviendra St. Vincent de Paul, ont pour but essentiel d’apprendre aux postulantes à lire, à écrire, à broder , à respecter Dieu pour fonder des familles chrétiennes ; plus que d’instruction, il s’agit d’éducation. Entre le Jardin des plantes et la Seine sont créées des Maisons d’accueil des filles. A Rouen, à La Rochelle ,mêmes créations. A Rouen l’évêque demande à ses prêtres de parler de ces départs vers le nouveau monde dans leurs homélies Depuis la Réforme, la notion de travail devient primordiale. Les “Bons pauvres” recueillis par ces institutions de charité ont une obligation de travail, souvent très dur,d’après le témoignage d’une Fille revenue en France pour toucher un héritage et soulagée d’avoir pu partir de La Salpêtrière où elle se sentait comme en prison sans pouvoir jamais sortir. Par ailleurs le Roi fait partir sur les mêmes bateaux des “Engagés”, soldats qui signent pour rester 3 ans au Québec avec des avantages substantiels.

Quel fut leur voyage et leur vie à l’arrivée  ?

Nous sommes renseignées là-dessus par le livre de Marguerite Bourgeois, une des premières femmes qui a eu le courage de faire dès le milieu du XVIIe siècle de nombreuses traversées. Les bateaux étaient inconfortables. Les passagers voyageaient mêlés aux animaux, embarqués pour servir de nourriture. Le pain du départ était mangé de vers , et l’eau croupie au bout de près de 2 mois de traversée. Beaucoup moururent de fatigue, du typhus, et leurs corps étaient jetés à la mer. Certes, à l’arrivée les hommes se pressaient pour les accueillir et certaines rencontres furent heureuses, l’amour naissant au fil du temps. Ces filles saines et courageuses durent aider leurs maris à construire de nouvelles maisons, elle subirent parfois les attaques des Iroquois. Leur endurance et leur robustesse en firent des mères prolifiques : une moyenne de 8 enfants par femmes, certaines allant jusqu’à 14 en un seul mariage. Beaucoup se marièrent plusieurs fois, souvent avec des huguenots qui devaient cacher leur religion. Elles ont apporté leur nostalgie de la France, des chansons à transmettre à leurs enfants, et comme des 770 Filles arrivées  dans la décennie 1663-1673, sont nées 4445 enfants, vous comprenez que plus de 80% de la nation québécoise se sentent issus de ces mères. eurs descendantes présentes en ce 6 juin ,(dont beaucoup originaires de la Rochelle) nous ont régalés d’un tableau vivant, puis sur le mur du Pavillon Monthyon-Ste Claire une plaque a été dévoilée, qui rappelle ces liens entre Salpêtrière et Nouvelle France sous les yeux de personnalités québécoises et françaises dont notre maire Jérôme Coumet.

Journée passionnante, aux découvertes surprenantes, terminée autour d’un apéritif qui nous a permis de mieux nous connaître et nous a encouragées à aller visiter ou revisiter cette “Belle Province” d’Amérique

B.E & G.M

 

 

 

Posted in 1 | 1 Comment »

GAZETTE 89 60 ans de vie à la Salpêtrière

Posted by lagazou sur 25 octobre 2013

                                                           Témoignages

 

Infirmiers, aide-soignants, bibliothécaires, “chauffeurs” à l’entretien des chaudières, malades, une enfant de l’Assistance publique, tous les témoins qui ont raconté leurs souvenirs se rejoignent dans leur attachement à ce grand hôpital du 13e. Un attachement admiratif car, c’est ce qui a perduré à travers les années, ce lieu est vaste et beau. Ces témoins ont travaillé dans d’autres hôpitaux parisiens ; nulle part ils n’ont joui de cet espace, et de l’architecture imposante de bâtiments historiques. Un attachement “familial” aussi. Beaucoup sont nés de parents qui s’étaient connus en travaillant à la Salpêtrière. Y être employé était remplir une tâche héréditaire, pour ainsi dire. ils étaient les “Sangs-bleus” de la profession ! Un attachement qui perdure malgré les profondes transformations de l’hôpital. La plus importante fut celle de la réunion des deux parties : La Pitié et la Salpêtrière. Elle fut accompagnée de la destruction de vieux pavillons insalubres, où étaient “parqués” les déliriums tremens, et de la construction de bâtiments modernes affectés chacun à des services  spécifiques. D’hospice pour malades incurables, l’hôpital devint lieu de traitement des malades aigus.

Quelle était au milieu du XXe. siècle, jusque vers les années 70-80, la vie de cet hospice ?

Dans les cours on rencontrait des malades âgées qui se réunissaient pour bavarder. Il y a eu jusqu’à 5000 grands-mères. Elles formaient aussi la chorale qui animait les messes de la belle chapelle de l’architecte Bruant, de leurs voix chevrotantes et suraigües, heureuses d’être ensemble, actives et vivantes malgré la maladie. Les incurables recevaient beaucoup de visites, ce qui contribuait à l’atmosphère conviviale. Parmi eux une malade, atteinte de poliomyélite grave placée là dès l’âge de 7 ans, a fait l’admiration de tout le personnel par sa vivacité, sa lucidité, sa liberté de jugement,son amour de la vie, bien qu’elle l’ait passée entièrement sur son lit d’hôpital. Ce lieu était aussi un pôle d’enseignement. : son École des “Bleues” où l’on formait les infirmières, avait une réputation internationale, elle était la première d’Europe ; on y accueillait les provinciales qui y vivaient dans une sorte de couvent laïque : “ j’ai appris à vivre avec les autres et à partager le peu qu’on avait” dit une “petite bleue” et elle précise : “si, au sortir, le travail était accaparant “ je me trouvais dans de bonnes équipes et l’on s’entraidait”

A l’autre École, celle des Mauves, on préparait à la gestion des Services Généraux et on apprenait la sténodactylo. Ces écoles n’existent plus qu’en photos  Bref,“ Tout le monde se connaissait, l’hôpital étant comme une famille”  selon un témoin. Est-ce à dire que tout était idyllique ?  Certes non, la saleté et les cafards courant sur les malades, l’odeur d’ammoniaque qui saisissait à la gorge quand on pénétrait dans les grandes salles, le sinistre “pavillon des folles” où celles-ci étaient enchaînées, forment la face noire du tableau. La chapelle était encombrée d’un fatras de vieux meubles et servait de débarras. Période noire aussi pendant la dernière guerre, où l’hôpital est occupé par les Allemands,  qui ont emporté les beaux alambics en cuivre et le Charcot en bronze de l’entrée. Période où l’on soignait la tuberculose par le grand air, où les malades agonisaient des mois et des mois. Dans l’Infirmerie générale, les grands malades nerveux n’avaient jamais de visites.

Le travail de “chauffeur”, arrêté lors de la destruction de la cheminée de la Pitié, était dangereux car une odeur âcre et sulfureuse remplissait les chaufferies qu’un de ses chefs d’atelier juge “souvent malsaines”. Il rend hommage aux”chauffeurs qui ont apporté, à ce prix, le confort aux malades et personnels. Il fallait découper dans des rouleaux la gaze  et fabriquer les compresses . Les uniformes distribués au personnel, (sauf pour celles de l’Ecole des Bleues) n’étaient pas adaptés à leur tailles et pourtant il fallait “ramener ce bon à votre départ à la retraite” L’humanité de l’ambiance  était donc parfois défaillante, dirons-nous !

Et de nos jours?

Habitants du quartier, et patients dans cet hôpital nous le voyons constamment s’agrandir. Selon les témoins et d’après mon expérience de patiente, subsiste toujours, malgré le gigantisme des lieux, la multiplication des bâtiments modernes, la surcharge de travail, les coupes drastiques dans l’embauche, une atmosphère de gentillesse, une attention à l’autre, qui rendent humain et fraternel ce bel hôpital du 13e.

Séraphine

 

 

 

Posted in 1 | Leave a Comment »

GAZETTE 89 Pitié-Salpêtrière

Posted by lagazou sur 25 octobre 2013

 De l’hospice qui enferme à l’hôpital qui soigne

Ce complexe hospitalier est issu de la réunion opérée au XXe  siècle de deux établissements distincts qui remontent au XVIe siècle : la Pitié fondée en 1612, par Marie de Médicis et la Salpêtrière fondée  par Anne d’Autriche et Louis XIV en 1656.

La Pitié, la première née, s’installe au voisinage de l’ancienne abbaye Saint-Victor, près de l’actuelle mosquée de Paris au coin des rues Geoffroy-Saint Hilaire et Lacepède. Dès le départ l’objectif est de venir en aide  aux  « bons pauvres », enfants, vieillards, malades qui n’ont pas les moyens de se prendre en charge ou aux personnes méritantes qui veulent et peuvent travailler. Quant aux « mauvais pauvres », mendiants et marginaux, il faut les tenir à l’écart : l’établissement est censé attirer ces derniers dont la présence en ville est de plus en plus mal supportée, mais cette tentative a peu de succès. L’hospice est divisé par sexe : la Grande Pitié pour les filles, la Petite Pitié pour les garçons. Il accueille surtout des orphelins et enfants abandonnés logés, nourris et éduqués (instruction religieuse, travaux d’aiguille pour les filles, accompagnement des enterrements pour les garçons, apprentissage d’un métier). Lorsque l’Hôpital général est créé, en 1656, la Pitié se trouve intégrée dans cette institution qui regroupe cinq établissements dont la Salpêtrière pour les femmes et Bicêtre pour les hommes. Cette nouvelle structure d’« hospitalité » a toujours une fonction d’accueil mais elle a aussi une dimension répressive, dans un contexte d’aggravation de la misère, de troubles politiques de guerres et d’insécurité : en 1612, on comptait à Paris 30 000 vagabonds et  40 000 en 1658, soit 10 % de la population de la capitale !

Pour le compte de tous les établissements de l’Hôpital général, la Pitié assure l’administration et abrite les magasins qui les desservent. L’hôpital de cette époque  est essentiellement destiné à l’hébergement, à la protection et au contrôle des pauvres et n’assure pas de soins. Une mutation se produit dans les années 1780-1790 où toutes les maisons de l’Hôpital général se voient forcées de construire leurs propres infirmeries pour traiter sur place leurs malades au lieu de les transférer comme il était coutume à l’Hôtel-Dieu, car celui-ci a brûlé en 1772. Dans ce siècle des Lumières, une réflexion est menée en parallèle sur le rôle de l’hôpital et son fonctionnement, sur les questions d’hygiène et la médicalisation, tout cela se répercutant sur l’architecture.

La maison de la Pitié, qui avait été agrandie au sud en 1782, est donc transformée en hôpital pour les malades pauvres, d’abord comme annexe de l’Hôtel-Dieu (1808) puis comme institution indépendante (1813). A cette date, sont ajoutés une clinique, une pharmacie et une maternité. Les locaux anciens et délabrés contenant alors 640 lits, sont détruits en 1912. L’architecte Justin Rochet construit la nouvelle Pitié sur des terrains attenants à la Salpêtrière. La Pitié est désormais exclusivement un hôpital de soins et chirurgie modernes, comportant au départ 994 lits et organisé en unités séparées.

La Salpêtrière, créée en 1656, est aussi destinée à l’accueil des indigents dont elle augmente notoirement les capacités, mais d’emblée est appliqué le principe de l’enfermement des pauvres, dans le cadre de la mise en place de l’Hôpital général. La mendicité est interdite et doit être sévèrement punie. Ce nouvel hospice prend la suite du Grand Hôpital, installé en 1853 par la duchesse d’Aiguillon, nièce de Richelieu, qui avait obtenu donation des terrains du petit Arsenal, fabrique de poudre désaffectée. Ce projet à caractère charitable a échoué faute de crédits mais l’établissement, repris sous le nom d’Hôpital général, est placé sous l’autorité du roi, avec une approche plus laïque et plus répressive. Le petit Arsenal occupait sur le territoire d’Ivry (rattaché à Paris en 1784) une superficie d’environ sept hectares qui sera considérablement étendue par la suite. Les constructions antérieures, réalisées entre 1640 et 1650, sont conservées et adaptés aux besoins nouveaux. Les bâtiments actuels de la division Hemey et de la division Jacquart dateraient de cette période. De nouvelles constructions sont lancées dès 1657, selon le plan en damier de l’architecte Antoine Duval qui prévoyait quatre bâtiments enserrant des cours, avec au milieu une église en forme de croix grecque. Faute d’argent, seules seront édifiées les divisions Sainte-Claire (actuellement Montyon) et Mazarin. Le chantier est repris en 1669, de nouveaux crédits ayant été obtenus pour créer une église digne de cet hôpital. Le roi confie le projet à Le Vau, qui modifie le plan de Duval en prévoyant d’accoler la chapelle au pavillon Mazarin, ce qui en oriente l’ouverture non plus vers la Seine mais vers le jardin du roi. Par contre le plan d’église en croix grecque est retenu, avec un autel central entouré de quatre nefs dont une sera utilisée comme entrepôt et une autre sera ouverte aux parisiens. A la mort de Le Vau en 1670 le projet est repris par Libéral Bruant. On ignore la date de la fin des travaux de la chapelle Saint-Louis. Une aile symétrique à l’aile Mazarin n’a pas été construite comme prévu, probablement pour des raisons financières.

À la suite d’un édit de 1684 une maison de Force est ensuite édifiée, pour emprisonner des mendiants, des femmes débauchées, prostituées ou condamnées par la justice. Puis, au début du XVIIIe siècle, le rythme de construction se ralentit. L’architecte Germain Boffrand nous laisse peu de bâtiments (une buanderie, les premières loges des « insensées ») mais s’illustre en présentant en 1729 le second plan d’ensemble des lieux, dans la lignée de ses prédécesseurs : il reprend simultanément leurs perspectives d’ouverture vers la Seine (Duval) et vers Paris et le tout nouveau boulevard de l’Hôpital (le Vau), en les articulant autour d’un axe central. Cette vision créatrice, s’inspirant de la symétrie, n’est pas mise en application de son vivant mais elle inspirera les réalisations futures.

Au milieu du siècle, les constructions et réparations, notamment à la maison de Force, sont freinées par l’augmentation d’un tiers du nombre des pauvres, et donc des enfermées,. Difficultés économiques, crise institutionnelle et scandales (déportations massives, enlèvement des enfants) contribuent à aggraver la situation de la Salpêtrière. Un don substantiel de la marquise de Lassay permet à Antoine-Jacques Payen d’édifier une aile qui portera son nom, copiée sur la division Mazarin. Pour consolider la symétrie, il aurait fallu réaliser les bâtiments prévus par Boffrand mais cela nous laisse le beau jardin dit « de la Hauteur ». Cette opération entraîne le déplacement vers l’ouest du cimetière qui était situé à l’est et donc inondable. Charles-François Viel, venu seconder Payen lui succède après sa mort en 1785. À la veille de la Révolution, il constate le développement anarchique du bâti à la Salpêtrière, loin de la volonté d’harmonie des plans antérieurs. Il reconstruit alors les loges des « folles », particulièrement hétérogènes, édifie une nouvelle buanderie, des bâtiments pour épileptiques et difformes (division Pinel), un nouvel égout. Il termine les travaux de construction de la division Jacquart et ceux de l’Infirmerie générale qui amorce ici aussi la médicalisation de l’établissement. Les principaux bâtiments de la prison qui ont été évacués en 1794 sont convertis à l’usage des invalides et grands infirmes. Viel contribue à transformer un effroyable lieu d’enfermement en un hospice à visage humain, la demeure « de gens libres ». Les hôpitaux ont pour lui une mission d’assistance publique. Le personnel infirmier et médical se professionnalise. La renommée de l’établissement se développe autour de grands noms comme ceux de Pinel, Esquirol, Charcot, mais en même temps il reste fondamentalement un hospice de vieillards. Jusqu’en 1941, l’hôpital est réservé au soulagement de la misère et est destiné à ceux qui ne peuvent recourir à la médecine libérale payante. Les avancées techniques (antisepsie, asepsie, hygiène) ralentissent la propagation des maladies. La division des bâtiments en pôles de spécialités, la séparation entre services généraux et médicaux et avec l’hébergement des malades vont dans le même sens. Le confort est amélioré avec le souci de voir disparaître les salles communes.

● En 1964, Pitié et Salpêtrière fusionnent en un centre hospitalier unique qui va au-delà du rapprochement géographique de 1912 et qui dispose de ressources accrues. Un centre universitaire et de recherche est construit à côté de l’hôpital. Neurologie et cardiologie continuent à illustrer ce centre hospitalier qui est aujourd’hui le plus important d’Europe.

 

 

 

Comment vit-on à la Salpêtrière du temps de l’Hôpital général ?

On y entre volontairement (les bons pauvres) pour y chercher protection, hébergement et emploi ou par contrainte (les mauvais pauvres) à la suite d’une incarcération à la Force ou d’une capture par les archers à l’occasion d’une patrouille de rue. L’enfermement, le plus souvent  inférieur à un an peut être définitif.  La permission de sortie est donnée par l’autorité qui a présidé à l’enfermement. Les évasions sont fréquentes cependant, surtout à partir des dortoirs mais aussi à la Force. Il y a également les sorties par transfert dans un centre de soin et les départs collectifs : les « Filles du Roy » parties se marier au Québec (1663-1673) puis celles condamnées à des déportations punitives (en Louisiane et aux Antilles (1715-1750).

La population enfermée (jusqu’à 8000) est composée de filles orphelines ou abandonnées, de femmes veuves ou sans ressources, malades ou folles et de couples âgés. Après 1684 il y aura aussi les prisonnières de la Force. Toutes ces catégories sont réparties dans des dortoirs spécifiques. Les fillettes vont à l’école jusqu’à 12 ou 14 ans (lecture, écriture, tricot) et reçoivent une éducation religieuse puis travaillent dans le bâtiment Sainte-Claire (tapisserie, broderie, lingerie…). Elles sont ensuite employées comme ouvrières ou domestiques sur place ou en ville. Une minorité d’entre elles, les « bijoux » distinguées par leur condition ou leur beauté, sont mieux vêtues, mieux nourries et recevant une éducation plus soignée. Elles sont destinées à faire carrière sur place comme « officières ». Celles-ci, bien qu’appelées sœurs, sont des laïques qui peuvent retourner dans le monde à tout moment. Elles assurent la discipline, l’instruction religieuse, l’enseignement, l’inspection des lingeries et cuisines, l’assistance aux malades… Les archers font régner l’ordre à l’intérieur de l’Hôpital et répriment la mendicité dans les rues. Ils escortent les convois de malades à l’Hôtel-Dieu ou Bicêtre, contrôlent la conduite des maîtres et apprentis. Il y a en effet des artisans de tous les corps de métier qui forment les jeunes apprentis, mais aussi des employés, des apothicaires, des jardiniers, des femmes de service…. La vie quotidienne est marquée par le travail. Celui-ci est une obligation morale pour tous les pauvres valides. L’ordre moral est entretenu par la prière et les lectures édifiantes. Malgré la rigueur des prescriptions, il semble pourtant qu’il y ait eu des débordements aussi bien du côté des pensionnaires que des officières.

L’alimentation est strictement réglée selon les catégories : pain blanc, viande et poisson pour les gardes, maîtres et ouvriers, avec en plus des fruits et légumes pour les officières et les ecclésiastiques. Les filles de service et les pauvres ont droit à du pain bis, du bouillon de viande remplacé par du beurre et des pois les jours maigres. Du vin, considéré comme fortifiant, est donné aux veilleuses de nuit, aux plus de 60 ans et aux malades. L’ordinaire  peut être amélioré : don des officières, pécule gagné au travail, versement d’une pension à l’établissement. Dans ce dernier cas, la vie peut s’en trouver bien agrémentée. Le privilège d’avoir un lit individuel est soumis pour celles qui en ont les moyens au versement d’une somme forfaitaire mais il est gratuit pour certains invalides. Les autres femmes dorment à deux ou trois par lit. Les « pensionnaires » restent très minoritaires mais leur nombre s’est accru au cours du XVIIIe siècle, suscitant de vives récriminations.

L’hôpital général produit un certain nombre de denrées : les terrains vagues qui l’entourent servent de potagers, vergers et pâturages qui produisent aliments et remèdes. On y trouve aussi une vacherie, des poules, volailles, cochons qui circulent entre les bicoques, boutiques et basses-cours éparpillées entre les bâtiments. Un marché s’y tient régulièrement qui offre ses produits aux enfermées. Deux moulins construits près de la rue Jenner fournissent la farine pour le pain et les bouillies. L’eau à boire provient de la Bièvre puis d’un puits creusé dans l’établissement. La localisation de l’hôpital hors Paris le dispense des droits d’octroi pesant sur l’entrée de denrées. La proximité de la Seine facilite les approvisionnements mais est souvent cause d’inondations, d’humidité, d’invasion de rats.

Les conditions de vie sont difficiles : misère ambiante, enfermement et surveillance perpétuelle, insalubrité, entassement, violences. C’est particulièrement vrai pour les prisonnières confinées dans des cellules exigües, couchant sur la paille. Leur présence contribue à stigmatiser l’ensemble des femmes hébergées alors à la Salpêtrière et ce n’est que lentement que cette image va se dissiper.

Brigitte Einhorn

13 555 car

 

 

Posted in 1 | Leave a Comment »

GAZETTE 89 Services à découvrir

Posted by lagazou sur 25 octobre 2013

Le centre Daviel

 

Soucieuse, comme toujours de livrer à ses lecteurs les multiples services et activités accessibles à tous dans notre arrondissement nous suivons le chemin des différents centres d’animation .A travers rencontres et enquêtes, on s’émerveille de la palette des loisirs  offerts aux bienheureux tréziémois. Cette fois, nous avons rencontré Mireille Handt, directrice du centre. Engagés dans des associations de solidarité, nous avions déjà bénéficié de l’accueil et de l’ouverture d’esprit de l’équipe pour y organiser des évènements. ll faut dire que les lieux se prêtent merveilleusement aux rencontres de toutes sortes, le hall, par l’organisation de l’espace facilite la convivialité d’autant qu’il s’adosse à un bar-comptoir propice aux buffets et repas. Les espaces d’exposition, la salle de spectacle et une circulation toute fluide offrent des conditions idéales aux projets des associations. Chaque centre a construit sa personnalité, elle dépend beaucoup de l’équipe d’animation et de la direction.

Ici, une idée directrice anime l’équipe, il s’agit de : « mettre en valeur les talents ». Que ce soit en matière de graphisme, de musique, une attention particulière et l’usage des espaces sont dédiés en priorité aux jeunes de 15 à 25 ans. On trouve des formules pour chaque besoin, Mireille me donne l’exemple des artistes en résidence, ils utilisent gratuitement  les locaux de la rue Daviel, en contrepartie ils assurent un spectacle au sein du centre. En dehors de ce cas de figure les salles sont louées à prix vraiment modique : la grande à 13 € de l’heure, les autres à 6€50 de l’heure. La mise à disposition des murs pour installer des expositions est gratuite.

Le lieu convivial baptisé café Daviel est ouvert gratuitement, certaines associations comme le Mouvement de la Paix y viennent régulièrement.  Pour le  moment ces facilités sont réservées aux associations, elles sont  si nombreuses sur le quartier que chacun doit y trouver sa place et se donner ainsi les moyens de mener des projets. Le centre participe avec les autres structures du quartier à de grandes campagnes telles que : La semaine du développement durable, le mois extraordinaire du handicap, la semaine de solidarité internationale, celles des femmes et de la discrimination. Il s’agit de campagnes souvent nationales qui prennent grâce aux relais sur les lieux ouverts de l’arrondissement une audience certaine.

Mireille Handt raconte la forte collaboration entre les sept centres du quartier, elle s’étend aussi aux associations de quartier comme l’ARBP et des structures d’aide aux citoyens comme le PAD (Point d’accès au Droit, notre gazette n°86). Tant d’énergies réunies, tant de moyens mis en place culminent par de belles réussites. L’équipe de la rue Daviel a de quoi être fière, on me propose le diaporama de la  journée consacrée aux Jeunes. Sous le titre : Jeunes, c’est quoi le problème ? Animée par l’association « Porteurs de parole », les images enregistrées sont convaincantes. Des animateurs issus de cette structure ont trouvé les techniques qui favorisent des réponses libres  et spontanées.

De fait, au fil de l’après-midi, les réponses à la question « JEUNE, c’est quoi le problème ? » ont été affinées par les participants. De plus, ils ont su en posant leurs mots et non sans regard critique, exprimer le ressenti d’une jeunesse au sujet des parents, éducateurs, police, ou plus généralement la société, ainsi que sur l’image que l’opinion publique leur renvoie, etc. C’est l’exemple d’une belle réussite. A travers cette aventure on comprend combien le réseau de lieux multiples qui entretiennent des relations régulières peut devenir moteur d’évènements.

Pour nos lecteurs, la facilité d’accès aux  centres d’animation que nous avons voulu dévoiler peut aider à la mise en œuvre de projets, c’est l’objet de cet article.

A nous d’en profiter !!!

 

 

 

 

 

.

 

 

Posted in 1 | Leave a Comment »

GAZETTE 89 Une Société Anonyme

Posted by lagazou sur 25 octobre 2013

                                                        Y-a-t-il encore des ouvriers  ?

L’essayiste et écrivain Albert Memmi a préfacé en 1962  un récit, écrit par Christiane Peyre, sa contemporaine, dont le titre “Une Société Anonyme” souligne bien l’ambiguité du propos : Quel est le sens de “Société Anonyme” ?  C’est une société de capitaux, ainsi nommée car son statut  ne révèle pas le nom de ses actionnaires, ce qui les protège en cas de faillite.

Or Mme Peyre consacre son témoignage écrit à l’affrontement entre le monde des patrons  groupés en S.A. et celui des ouvriers, qui,  lui,  est Anonyme, car il  n’a pas les moyens de s’exprimer. L’auteur est  fille d’ouvrière. Sa mère, consciente d’appartenir  à un groupe social privé de parole, a voulu mettre au monde un enfant unique qu’elle “ferait passer par les écoles “ pour qu’il devienne “quelqu’un qu’on écoute”. Christiane comble cet espoir, mais quand elle entre à la Sorbonne et obtient sa licence de philosophie, elle se sent étrangère à ce monde, bien qu’elle adore les livres et les idées. Tiraillée entre ses aspirations idéalistes” pour faire triompher le Beau, le Vrai, le Bien”et le vécu d’une double réalité, celle  de la vie futile des bourgeoises du Bd. St. Germain, mères de ses élèves, et celle  de la vie familiale à la porte de Vanves, elle prend la décision brutale de quitter la vie d’étudiante pour  le travail en usine, la vraie vie.

Alors commence une recherche d’appartement  et d’embauche, ponctuée par l’angoisse du    manque d’argent : “Il faudrait gagner quelque chose tout de suite, n’importe comment. Oui, mais comment”… “Le temps c’est un luxe.. Si seulement j’étais seule à être sur le pavé. Mais non”. Cette angoisse, elle croit qu’elle va cesser quand, enfin,  à Paris dans le  13e.  où elle est rentrée  après une recherche vaine en banlieue, elle est embauchée à la raffinerie Say (dans le livre, le nom de la raffinerie, son propre nom de famille, ainsi que ceux  des  protagonistes ont été changés par mesure de protection). “ Il est dix heures, je commence à deux heures.. je signe sans sourciller que je suis embauchée pour une période d’activité exceptionnelle”

Dès la visite médicale, ambiance d’humiliation  “Baissez-vous. Encore, encore, je veux voir vos dents…Vous êtes vraiment sûre de ne pas être enceinte? Allez, à la suivante.” Carte de pointage, dédale de couloirs, “voici enfin l’atelier en plein travail” C’est l’enfer :“D’abord une chaleur étouffante, un bourdonnement étourdissant. Je ne distingue rien, je ne vois qu’une immense jungle mécanique ,toute secouée par une vie d’automate.” Ordre de la contremaîtresse : “Vous allez faire ça” “Elle prend une pile de plaques de fer sur une chaîne à rouleaux à hauteur des hanches et la met sur une machine…J’essaie une ou deux fois. C’est bien il n’y a qu’à continuer… Je réalise que je suis liée à ces plaques jusqu’à dix heures du soir et il est à peine trois heures. C’est l’éternité : jamais plus le soir n’arrivera”.

Le travail est dangereux et pénible “Les plaques sont chaudes et coupantes, le bout de mes doigts commence à piquer et forme un rond humide entouré de poudre de sucre : la peau en est usée ; elle est arrachée presque jusqu’au sang au bout des doigts ” En rentrant chez moi, je me jette sur mon lit. Tous mes muscles sont broyés”

Un premier jour, une première semaine qui l’habituent à la douleur, mais lui font découvrir l’absurdité de sa condition  “ces mêmes mouvements toujours recommencés, c’est comme une chaîne qui vous entrave. Toute la journée est un hallucinant présent qui ne sait pas devenir passé, qui ne porte en lui aucun avenir”

C’est bien là qu’est la différence entre le monde des patrons, qui “voient toujours au-delà des murs, qui sont libres” et celui de ces enchaînés.  Par la raison seule on ne trouve pas de solution  aux vraies questions” elle pense la trouver  dans “l’amour des autres”, et croit qu’en rencontrant un des patrons qui est chrétien,  comme elle, elle va pouvoir jeter un pont entre ces deux mondes. Amère désillusion. L’entrevue au domicile du patron va lui dévoiler le credo de ce chrétien  : “il faut que les ouvriers se résignent” car il est hors de question que les profits diminuent, que la hiérarchie  des salaires soit écrasée, et donc impossible d’augmenter les salaires. Malgré cet échec elle sera acceptée par ses camarades, qui la poussent car elle sait parler. Peu à peu, elle participera à des grèves, elle fera même le voyage à Vichy avec l’intersyndicale, malgré l’interdiction du patron, ce qui lui vaudra un renvoi.

Pour sa vie de femme, ces compagnes si différentes de sa nature réservée et pudique vont lui apprendre la nécessité de la tendresse  humaine, l’importance de l’amour charnel. Dans ce témoignage écrit, c’est un parcours initiatique de vie que Christiane Peyre livre avec son alternance de  moments de joie et de terribles désillusions. Joies : être acceptée par ses camarades, découvrir que leurs dehors frustes cachent une grande humanité, leur faire découvrir les beautés de la nature. Désillusions professionnelles : Constater que la solidarité ouvrière se fissure aisément dès les échecs de grèves. Mesurer le cynisme des patrons qui l’embauchent à nouveau après son renvoi, dans les mêmes conditions de précarité, sans compter son expérience..Désillusions sentimentales. Des deux hommes qu’elle va côtoyer de plus près, l’un, un Syrien, pour elle seulement un ami, va en fait l’initier à l’amour charnel, mais elle découvrira dans ses yeux la sauvagerie de la possession. L’autre, un étudiant, ingénieur qui veut tâter de la vie ouvrière avant d’aller faire son service militaire,  gagne son coeur et la fait rêver d’une vie à deux. Tous deux partiront, le premier sans l’en avertir, le second, dont elle découvre qu’il est fils de général, vient lui faire ses adieux, polis: “Il était heureux d’avoir fait ma connaissance. Il me souhaitait bon courage.”

A bout de force  le 6 octobre 1950  elle écrit “J’ai demandé mon compte”.

Grâce à des copains elle entre pour 6 mois dans un centre de recherches d’urbanisme et d’hygiène du travail, où ses amis jugent qu’elle sera plus utile à la lutte ouvrière qu’en portant  des plaques. “J’espère qu’ils ont raison”  commente-t-elle avec amertume. C’est à Ambrosine, un des personnages les plus attachants de ce récit, qu’elle laisse la conclusion ”Alors tu nous as abandonnées”. Un livre fort,  loin de la “langue de bois”, poignant par le désespoir de gens simples comme sa mère résumant la vie qu’elle veut lui éviter “Pour moi, c’est fini. C’est fini depuis toujours” En nos temps de “crise” où les conditions d’embauche dans les secteurs dits “tertiaires”  sont encore plus dures, ce témoignage datant dse 60 ans fait encore réfléchir.

Georgia

Posted in 1 | Leave a Comment »

GAZETTE 89 Les amis de Jonas en balade

Posted by lagazou sur 25 octobre 2013

Aux Olympiades

 

Evoquer les 40 ans des Olympiades, c’est chaque fois l’occasion de découvrir ou redécouvrir l’histoire de ce quartier-phare. La balade organisée le 25 mai par la librairie Jonas, sous l’égide de Françoise Moiroux la très compétente organisatrice de la récente exposition sur le sujet au Pavillon de l’Arsenal, nous a permis d’aller voir concrètement sur le terrain le passage du temps.

Nous sommes entrés directement dans le vif du sujet, en abordant ce « ventre de Paris » dédié à la circulation  automobile, au stationnement et à l’approvisionnement de marchandises par camion. On a vu d’emblée comment le site s’est bien prêté à l’implantation d’un Rungis local ayant relayé le trafic ferroviaire de l‘ancienne gare des Gobelins qui avait été à l’origine des Olympiades : raccordement par rail avec la Petite ceinture, proximité du périphérique et de la Seine, voisinage avec le quartier asiatique. Au débouché de la rue Nationale, l’articulation se fait avec les terrains des anciennes usines Panhard, reconverties dans l’ensemble immobilier Masséna dont les tours font pendant à celles des Olympiades. Ces deux quartiers voisins sont les témoins de la rénovation intervenue sur d’anciennes friches ferroviaires et industrielles au milieu des années 60, dans le cadre de l’opération Italie.  Le dernier bâtiment de Panhard, réhabilité et modernisé, est désormais tourné vers l’avenir puisqu’il abrite l’agence AREP consacrée à l’architecture ferroviaire, en phase avec les zones voisines en pleine mutation

 

Et puis, en longeant l’avenue d’Ivry où se dissimule un petit temple, on a rejoint la dalle, deuxième niveau de cet étagement vertical, voulu par l’architecte Michel Holley pour se couper de la rue traditionnelle et gagner de l’espace. C’est le terrain des piétons, des commerces, de la vie sociale. En regardant vers le haut, on remarque le contraste entre les immeubles. La structure des tours de logements privés paraît identique à première vue mais chaque immeuble a un motif spécifique pour ses fenêtre. Les tours et barres de logement social témoignent d’une construction moins recherchée, plus à l’économie : cette diversité fait signe car elle permet de voir concrètement la différence entre propriété privée et publique qui s’équilibrent aux Olympiades – et c’est une de ses originalités – autour de 50/50. Cela  montre la volonté de mixité sociale recherchée dès le départ qui subsiste aujourd’hui encore, de même que la coexistence des fonctions est visible : immeubles d’habitation, bureaux, commerces. Quant aux équipements, ils ont fini par arriver. La vie de la dalle a changé de nature avec la venue des Asiatiques qui la dynamisent et stimulent le tourisme. En marchant, on remarque vite que, s’ils animent l’activité locale, ils ne sont pas majoritaires parmi les gens qu’on rencontre, habitants, passants, visiteurs. La déambulation sur la dalle ne peut se faire en ligne droite car on ondule autour des pagodes et on doit contourner les massifs qui les bordent. On rêve de ligne droite mais on apprend que les conduits d’aération des sous-sols débouchent sur ces côtés et qu’ils sont indispensables, mais il paraît que les habitants aiment bien ces détours. C’est mieux protégé des intempéries, plus intime. On apprend aussi qu’à la place du futur jardin public on avait imaginé un débouché sur la dalle de l’hypermarché des frères Tang, situé au niveau inférieur : cela aurait créé du lien et de l’animation.

89 olympiades

Côté avenue d’Ivry, on voit que des aménagements ont récemment été apportés : écoles, crèche, stadium. Pourtant la galerie ne semble pas aussi marchande qu’il était prévu, les enseignes manquant à l’appel ou sont déjà en travaux. D’autres réalisations sont imminentes, nous dit-on, avec des rampes nouvelles et des ascenseurs. C’est un plus pour les personnes à mobilité réduite mais le dysfonctionnement trop fréquent des ascenseurs et escalators déjà en place pose un sérieux problème à cette catégorie d’usagers, d’où la nécessité de maintenir un plan incliné comme celui qui est situé côté Baudricourt. Et puis, il faudrait des bancs permettant la pause ou la causette.

On constate un vieillissement du bâti qui annonce de coûteux travaux d’entretien et de modernisation. En montant vers squaw-Valley, sur la dalle haute, l’impression d’inachevé se précise en voyant les surfaces inemployées, le trou béant sur ce qui aurait dû être construit en dehors de l’emprise ferroviaire. On peut se demander si l’extension prévue se fera et, si oui, comment. En faisant le tour des Olympiades et des rues alentours on pense aux possibilités ouvertes à ce secteur,  récemment désenclavé grâce au tramway et à la ligne 14, à la synergie possible et aux liens qu’il pourrait nouer avec les ZAC voisines et la banlieue en cours d’aménagement.

Et à la fin, on s’est retrouvés autour d’un pot chez Jonas !

B.E.

Posted in 1 | Leave a Comment »

GAZETTE 89 Centre René Goscinny :

Posted by lagazou sur 25 octobre 2013

 Le petit dernier rattrape ses aînés

 

Dernier né des Centres d’animation , installé dans des locaux tout neufs  près de l’Université, le Centre René Goscinny a démarré ses activités en septembre 2012.  Contrairement aux autres centres d’animation de l’arrondissement gérés par la Ligue de l’enseignement, il est géré par la Fédération des MJC, ce qui lui donne quelques spécificités. Les projets sont mis en place dans une démarche initiée et nourrie par les valeurs de l’éducation populaire où chacun vient partager son expérience et peut exprimer sa volonté d’engager un projet.

La Fédération des MJC d’Ile de France gère directement peu d’équipements : Simon Lefranc dans le 4°, Montparnasse dans le 14° et le centre du 13°. En général la gestion est confiée à des associations qui sont affiliés à la Ligue de l’enseignement, seul le directeur est salarié par la Fédération. Dans le cas du Centre Goscinny tout le personnel est salarié de la Fédération  ce qui permet une mutualisation  des compétences, des formations et de bénéficier de la dynamique d’un réseau.

Le centre propose aux jeunes et au moins jeunes près de 70 créneaux d’activité autour de la danse, des arts du spectacle, du sport et de la remise en forme, des arts visuels, des langues. La dominante du centre est la musique. Il est équipé d’un pôle dédié aux musiques actuelles où l’on peut apprendre à jouer d’un instrument (sans passer par le solfège) ou développer un projet artistique. En effet il dispose de quatre studios de répétition  et d’un studio d’enregistrement avec du matériel neuf et performant :

– Deux studios de 25m2 sont équipés de deux amplis guitare, d’un ampli basse, d’une batterie, de micros et d’un système de sonorisation afin de répéter dans les meilleures conditions

– Un studio solo pour les batteurs équipé d’une batterie et d’un système de sonorisation

– Un studio solo pour guitariste, bassiste, pianiste ou chanteur équipé de deux amplis guitare, un ampli basse, un piano électrique et un système de sonorisation.

L’équipe pédagogique du pôle musique peut suivre les projets musicaux des jeunes et leur apporter  une aide à la création (enregistrement, travail sur la scène ) ainsi qu’un appui dans les démarches administratives (création d’associations, demandes de subventions, législation concernant les droits d’auteur). Il s’agit pour les jeunes de louer la salle mais aussi d’avoir une attitude responsable par rapport  au matériel, de participer à la vie du centre.

Dans le cadre de l’aide à la jeune création (pour les jeunes amateurs jusqu’à 28 ans inclus), un tarif forfaitaire de 43,50€ pour la mise à disposition d’une salle de répétition d’une durée de deux mois maximum à raison de 3 à 6 heures par semaine est proposé.

La salle polyvalente peut s’adapter à de nombreuses activités ; projection, réunions, spectacles, (elle dispose d’une scène) mais ne peut accueillir les spectacles musicaux car située en pied d’immeuble, le bruit risque d’altérer la tranquillité des habitants.

Un autre point fort de l’équipement est sa cuisine. C’est une grande pièce équipée comme une cuisine professionnelle où se déroule de nombreuses activités : concours de cuisine, stages parents /enfants, cuisine du marché, cuisine du monde ..

En plus de son rôle d’animation, le centre développe aussi des activités visant à favoriser l’insertion, et développer la convivialité.

Cette année un projet photos (gratuit) tourné autour des lieux de musique s’est construit avec  de jeunes adolescents : initiation à l’ utilisation du matériel, utilisation de logiciel informatique de traitement des photos.

Le Centre participe, et appuie de nombreux événements ouverts au public et libre d’accès :

Le Festival Vive la Rue, premier grand événement porté par le Centre qui a eu lieu le week -end du 25 mai, mélange les pratiques amateurs et professionnelles au sein d’un Festival qui associe Paris et le Val de Marne. Cette année l’atelier Hip Hop s’est présenté.

Il s’associe aussi aux nombreuses réalisations portées par des associations de quartier comme « Notre quartier 13 » : Fête de quartier, Bal masqué, vide-grenier, Fête de Noël…

Un des axes d’action du centre est la sensibilisation à une consommation responsable. Il est dépositaire des Paniers bio du Val de Loire, et utilise ses produits dans les ateliers cuisine. L’espace café sert  des produits bio et équitables dans des verres en plastique recyclés lavables. Lors de la semaine du développement durable, balade à vélo, exposition et ateliers ont participé à la sensibilisation du grand public.

Porté par son histoire, très attendu par les habitants, cet équipement est particulièrement ouvert sur le quartier. Il se veut un lieu d’échange, un moyen de croiser différents publics. L’espace café baptisé « Chez René » par les habitants, est un lieu ouvert à tous. On peut venir boire un café, un jus de fruit, un thé. Rien n’est vendu, il suffit de contribuer à son approvisionnement et à son entretien dans un esprit d’échange. L’espace est aménagé de façon à ce que adultes et enfants s’y trouvent à l’aise.  Depuis son un rendez vous mensuel rassemble ceux qui le souhaitent autour d’un thème : jeux de société, crêpes, fête de la soupe

Le samedi matin des brunchs sont organisés : café-parent, brunch –ciné …

Le prochain quartier libre aura lieu le 6 juillet en partenariat avec l’association Eco-citoyen sur le multimédia. Il s’agira d’une bourse aux applications disponibles pour les Smartphones. L’après-midi se tiendra un tournoi de jeux vidéo.

De nouvelles activités d’accompagnement à la scolarité vont être mis en place à la rentrée scolaire ainsi que des ateliers socio-linguistiques.

Contact : Centre d’Animation René Goscinny

14 rue René Goscinny 75013 Paris

01 45 85 16 63

www.centregoscinny.org

 

 

Posted in 1 | Leave a Comment »

GAZETTE 89 Mâkhi Xenakis

Posted by lagazou sur 25 octobre 2013

 

Habitée par l’histoire

Invitée à créer des sculptures pour la chapelle Saint-Louis de l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière, Mâkhi Xenakis s’immerge dans les archives de l’Assistance publique pour laisser venir à elle l’esprit des lieux. Elle en exhume des manuscrits totalement inédits, bouleversants, qui bruissent encore des cris de ces femmes enfermées là depuis Louis XIV jusqu’à Charcot. Quand la plasticienne pense ciment, tiges filetées, pigments, inévitablement surgissent les mots. Travaillés comme une matière brute, qu’il faut élaborer, agencer, tordre pour qu’ils expriment l’indicible de cet univers carcéral oublié.
Véritables figures sur la surface des pages blanches, des mots, des grappes de mots s’écartent, s’entrechoquent, parfois seuls, vibrants, toujours au bord du précipice. Portés par une force incantatoire, ils sont en équilibre, suspendus dans le vide, et, à l’instar des statues, exposés à nos yeux dans leur nudité, leur vulnérabilité, libres, enfin.

extraits

les folles          il y en a plusieurs        il y ales folles furieuses

celles qui         malgré les bains          les douches

les purgations             les vésicatoires aux jambes

                        N’ont pu être sauvées

celles là                       sont jetées         dans les cachots

dans les basses loges              tout près de’ la Seine

l’atmosphère            y est              glacée                  humide

nauséabonde                   leur cou                     leur tailles

encerclés d’anneaux reliés par des chaines fixées

   aux murs      leurs mains      leurs pieds       attachés

assises à même le sol              sur la paille        à moitié nues

grelottantes                 laissées            dans leur crasse

au milieu de leurs excréments            de leur puanteur

on leur jette leur nourriture                à travers un grillage

immondices                              bêtes sauvages

on dit qu’elles poussent des gémissements qui sortent

                                De la terre

on vient de tout Paris                         de toute l’Europe

en famille                                           les voir le dimanche

  on rit                                                on s’amuse

en hiver            l’eau monte sur elle             les recouvre

                         les rats les dévorent

                                                               c’est l’enfer

                         les folles d’enfer

Posted in 1 | Leave a Comment »

Edito du numéro 88

Posted by lagazou sur 25 octobre 2013

 

Vingt trois ans déjà

 

Vingt trois ans que notre journal s’est donné pour mission d’ouvrir la vie associative à ses lecteurs. Les rédactrices sont investies dans la vie locale, elles en goutent la richesse, elles aimeraient faire partager leur passion. Pour nous, c’est trop triste de passer à côté, de rester isolés, de s’ennuyer dans un tel arrondissement.

Le temps passe, un journal de quartier repose sur un tout petit nombre et cette fois nous songeons à  arrêter la publication à la fin de l’année, a moins qu’un renfort solide reprenne la direction du journal.

Ce numéro 88, fidèle à la tradition projetait un dossier «  services remarquables du 13e ».

L’actualité, les contacts en ont décidé autrement. Il reste que l’article sur le Point d’accès au droit et celui consacré aux services à découvrir vous aideront à connaître et à faire connaitre des lieux utiles à beaucoup d’entre nous.

Le décès d’une amie, présidente des « Lezards de la Bièvre » important réseau d’artistes qui font vivre nos murs et organisent chaque année une vaste série d’expositions, nous a conduits à parcourir  les œuvres issues de nos graphistes et soutenues par notre Maire.

Et comme toujours nous choisissons de parler de ceux qui restent dans l’ombre, les travailleurs étrangers logés dans nos 7 foyers et de restituer l’engagement de quelques militants au service du dialogue et de la prise en compte des besoins les plus élémentaires de cette population.

Nous ne pouvions passer sous silence les 40 ans des Olympiades et l’exposition du pavillon de l’arsenal. Nous annonçons donc une visite guidée de cet ensemble qui marque notre quartier. Ajoutons un parcours très subjectif « vu du balcon » sur 60 ans de vie avenue des Gobelins.

Posted in 1 | Leave a Comment »

Hommage à Gérard Conte

Posted by lagazou sur 25 octobre 2013

 

 

 

Notre ami Gérard

 

La Mairie du XIIIe a programmé pour le mois de septembre un ensemble d’évènements  consacré à rendre  hommage à Gérard Conte.

Du  lundi 30 septembre au vendredi 4 octobre une exposition retraçant la vie de notre historien du XIIIe sera installée à la Mairie. Le mardi 1er octobre les « Haricots rouges » groupe de musiciens élu par Gérard donneront un concert et le 3 octobre Henri Coing fameux sociologue de la rénovation du XIII° fera une conférence à propos de la rénovation de l’îlot 4*

 

 

 

Gérard Conte, un drôle de pèlerin

 

Il est né le 1er février 1931 au petit village de Gorcy en Meurthe et Moselle.

A la suite de la mort de son père, il n’avait que deux ans, sa mère déménage dans les Ardennes. A l’école primaire  sa formation de rebelle s’affirme.  Son maître lui assène que « les gauchers n’arrivent à rien dans la vie ». La réplique du petit gaucher ne tarde pas ; « Ca m’étonnerait, Léonard de Vinci était gaucher et c’était un grand peintre, il n’était pas instituteur ».

Chaque étape sera pour lui une leçon de vie, ainsi pendant l’exode il peut lire la propagande nazie et le détournement de certaines photos à la gloire des occupants. Sa méfiance pour les arguments partiaux et partiels est née.

En 1941 la famille s’installe à Niort. Lorsque la ville fut victime de destructions stupides, l’analyse des officiels lui fait comprendre la distance entre « ce qu’il a vu » et la relation qui en est faite, sa vocation d’historien est née.

Au contact de la famille libertaire, cette « graine d’anarchiste »

fréquente surtout les militants espagnols. Il se déclare alors objecteur de

Conscience, un vieil ami anarchiste lui conseille de s’engager dans le Service de Santé.

Après un stage au Val de Grâce, Gérard termine son office dans un hôpital militaire en Allemagne. Grâce à des amateurs de Francfort sur le Main il se familiarise avec la musique de Jazz.. A son retour à Paris il écume les caves de Saint Germain des Près, il rencontre Claude Luter, Boris Vian et Django Reinhardt.

Lors de ces années fastes, il fait la connaissance de celle qui deviendra sa femme en 1956, Eila Poyry. Son fils Philippe né dix ans plus tard, relate la « dose de patience et de ténacité toute nordique » qui a fait la fidélité de cette épouse venue du Nord.

Nouveau chapitre, Gérard obtient son diplôme d’assistance sociale.

A travers ces années auprès des jeunes salariés du bâtiment et des travaux publics, il est confronté aux conditions de vie du prolétariat. Ce qui l’amène au syndicalisme, il adhère à la CNT** dont il devient trésorier confédéral.

La guerre d’Algérie le voit rejoindre le réseau Jeanson et pratiquer une réelle solidarité dans certaines organisations clandestines.

Dans les années 1960 Gérard abandonne la voie sociale, déçu par l’incurie des pouvoirs publics dont il dépend pour devenir agent commercial. C’est alors qu’il fonde avec d’autres l’Association Française des Amateurs de Jazz Nouvelle Orléans. Sur la lancée, en 1974 il fonde une maison de disques, Pagmaphone, ce sera l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes.

Nouvelle étape : 1958, le couple se fixe dans le XIIIe,  une chance pour ses habitants, puisque très vite il se passionne pour l’histoire industrielle et populaire de l’arrondissement. Il adhère à la Société d’Histoire et d’Archéologie du XIIIe, publie brochures et documents principalement « C’était hier le XIIIe » deux fois réédité et malheureusement épuisé.

Gérard dans tous ses états

Pourquoi tant de haine ?

Pas question de détecter les abymes des détestations de notre ami Gérard. Nous qui l’avons fréquenté au quotidien et entendu ses violentes diatribes, nous nous sommes toujours interrogés sur l’objet de sa vindicte.

Sous le pseudonyme de Guy Chetfermé l’oncle Gérard a fait de la poste un objet de poursuite dûment entretenu. De bureau en bureau il a pu constater qu’aucune balance ne pesait le même poids pour un objet donné. Toujours dans la Gazette du 13e il s’indigne qu’une lettre postée à Ivry arrive plus vite dans le 13°  que sa sœur postée dans le 13e, inutile de dire qu’il a fait le voyage pour la banlieue plusieurs fois pour le constat. Le jour où la deuxième levée de l’après-midi a été supprimée Gérard a exprimé sa colère dans tous les lieux ouverts du quartier, l’affaire était passée sans publicité.

Parmi les sujets récurrents de l’opprobre véhément de Gérard, le Jazz moderne subventionné tient une place de choix. Au regard des pionniers du jazz Nouvelle Orléans les prétentions de l’Orchestre National de Jazz le mettent en rage.

La Gazette du XIII°’ ce grand organe de presse s’est fait l’écho d’autres indignations. Dans le numéro d’automne 1991sous le titre : « les corps étrangers du XIII° » signé Homère d’Allores, il part en guerre contre la dite-sculpture Clara-Clara. « Ces deux immenses parenthèses de ferraille ont peut-être considérées comme des œuvres d’art par certains esthètes qui se prétendent raffinés. Le seul ennui est que ces soi-disant artistes et leur thuriféraires pas toujours désintéressés se gardent bien de sévir dans leurs propres quartiers : ils veulent sans doute bénéficier de l’impunité et conserver l’estime de leur gardien d’immeuble »

A travers les pages de cette Gazette dont il fut le premier président, et cette fois sous son patronyme officiel, il se plaint amèrement que la Mairie n’ait pas jugé bon de fêter le centenaire de Panhard et Levassor. Pour notre passionné de l’histoire industrielle du 13° l’oubli reste inexpliqué : « Nous aimerions bien savoir pour quelles obscures raisons on n’a pas cru bon de célébrer dans notre arrondissement un centenaire qui aurait pourtant bien mérité de ne pas tomber dans l’oubli le plus total. »

Passions et enthousiasmes.

Chez Gérard, passions et anathèmes alternent au fil des jours et des humeurs. Il y a les passions pérennes et les autres.

La passion du jazz nouvel Orléans ne prend pas une ride au cours des ans, d’autant qu’elle se nourrit d’activités liées à cette musique : il anime des émissions de radio, participe à des rencontres et fait partie de jurys consacrés à ce style des origines. Nous avons retrouvé un enregistrement consacré à une soirée donnée à la librairie Jonas à propos de Sydney Bechet. Mêlé à la musique on entend les commentaires enflammés, on l’imagine rythmant le tempo comme il savait le faire. Lors de la réimpression de « C’était hier le XIII° » Jonas lui avait fait la surprise d’inviter son groupe préféré.

Que dire de son attachement au quartier dont il fut l’historien ? Les séances de diapositives concernant l’ancien XIII° abondement commentées par l’ami Gérard regroupaient beaucoup d’anciens, bavards autant qu’émus, une ambiance chaude, les anciens s’attendrissaient de retrouver leur école, leur bistro !!!

Ce fervent du XIII° appliquait aux textes d’invitation un humour très personnel. Ainsi pour ces projections qui avaient lieu au centre Culturel La Clef, le dernier paragraphe du texte donne la marche à suivre pour se rendre au lieu : « Il est rappelé aux personnes désireuses de se déplacer pédestrement que l’heure fixée pour le début de cette soirée est toute proche de celle du solstice d’hiver qui aura lieu très précisément 19 heures et 22 minutes après le début de notre réunion. De plus comme la rue de la Clef jouxte quasiment les pentes abruptes de la montagne Sainte Geneviève, il serait prudent, compte tenu d’une formation toujours possible de congères en cette saison, de se munir de vêtements chauds et d’un petit en-cas pour être en mesure d’attendre l’arrivée des secours dans les meilleures conditions possibles ».

Pour les visites de la Butte aux Cailles, il parlait de « l’ascension par la face nord » de ce coin du 13e qu’il affectionnait, en fonction de la mémoire vivante de la Commune de 1871. C’est d’ailleurs beaucoup à lui que l’on doit le baptême de la place de la commune de la Butte aux Cailles. C’est également à lui que l’on doit l’inauguration de la place Louis Armstrong située près des anciens studios d’enregistrement au coin de la rue Jeanne d’arc et du boulevard de l’hôpital et celle de la petite place de la bergère d’Ivry.

Passionné de Jazz, fervent de l’histoire populaire du XIII°, un intérêt qu’il savait partager pour la Langue française l’a conduit à fréquenter une association de Défense de la Langue Française, il aimait se joindre aux travaux de la structure tout en pestant contre « ces vieux réacs »,

Il adorait parler aux enfants des écoles de l’histoire du quartier, particulièrement aux élèves de CM qui posaient les bonnes questions.

Hors des passions pérennes, de multiples emballements.

Ces enthousiasmes, il les partageait avec la fougue qu’on connaît.

La découverte du sous-commandant Marcos lui a dicté une de ses grandes croisades. C’était l’objet de tous ses discours ; plus concrètement, avec  d’autres il participa à une collecte qui permit d’envoyer dans la Chiapas une jeune fille qui créa le lien avec son petit groupe.

Des évènements mais aussi des gens à qui il vouait une belle admiration : Jean Bachelot qu’il appelait son « bon maître » et dont il appréciait la culture.

Il ne tarissait pas d’éloges sur Aline Pailler, journaliste politique, son intelligence et son charme ont opéré, il n’avait de cesse de la faire connaître.

Cette passion du partage aussi sympathique soit-elle entraînait par la fougue dont il faisait preuve auprès de ses interlocuteurs une certaine forme d’asphyxie. Les plus braves en sortaient indemnes.

De son passé d’assistante sociale il gardait un dévouement et une fidélité magnifique. De son souci des laissés pour compte, des amis en difficulté il parlait peu, on la découvrait au hasard des conversations. Des gamins en déshérence qu’il réunissait autour d’une vidéo et qu’il aidait dans le travail, une famille en difficulté qu’il entourait régulièrement jusqu’à  inviter de jeunes ados à des voyages à l’étranger. Une face cachée de Gérard qui nous le rend proche.

*Henri Coing sociologue qui s’est attaché à notre arrondissement a écrit  « Rénovation urbaine et changement social » aux éditions Ouvrières

* CNT, Confédération Nationale du Travail ( de tendance libertaire)

 

 

 

Notre ami Gérard

 

La Mairie du XIIIe a programmé pour le mois de septembre un ensemble d’évènements  consacré à rendre  hommage à Gérard Conte.

Du  lundi 30 septembre au vendredi 4 octobre une exposition retraçant la vie de notre historien du XIIIe sera installée à la Mairie. Le mardi 1er octobre les « Haricots rouges » groupe de musiciens élu par Gérard donneront un concert et le 3 octobre Henri Coing fameux sociologue de la rénovation du XIII° fera une conférence à propos de la rénovation de l’îlot 4*

 

 

 

Gérard Conte, un drôle de pèlerin

 

Il est né le 1er février 1931 au petit village de Gorcy en Meurthe et Moselle.

A la suite de la mort de son père, il n’avait que deux ans, sa mère déménage dans les Ardennes. A l’école primaire  sa formation de rebelle s’affirme.  Son maître lui assène que « les gauchers n’arrivent à rien dans la vie ». La réplique du petit gaucher ne tarde pas ; « Ca m’étonnerait, Léonard de Vinci était gaucher et c’était un grand peintre, il n’était pas instituteur ».

Chaque étape sera pour lui une leçon de vie, ainsi pendant l’exode il peut lire la propagande nazie et le détournement de certaines photos à la gloire des occupants. Sa méfiance pour les arguments partiaux et partiels est née.

En 1941 la famille s’installe à Niort. Lorsque la ville fut victime de destructions stupides, l’analyse des officiels lui fait comprendre la distance entre « ce qu’il a vu » et la relation qui en est faite, sa vocation d’historien est née.

Au contact de la famille libertaire, cette « graine d’anarchiste »

fréquente surtout les militants espagnols. Il se déclare alors objecteur de

Conscience, un vieil ami anarchiste lui conseille de s’engager dans le Service de Santé.

Après un stage au Val de Grâce, Gérard termine son office dans un hôpital militaire en Allemagne. Grâce à des amateurs de Francfort sur le Main il se familiarise avec la musique de Jazz.. A son retour à Paris il écume les caves de Saint Germain des Près, il rencontre Claude Luter, Boris Vian et Django Reinhardt.

Lors de ces années fastes, il fait la connaissance de celle qui deviendra sa femme en 1956, Eila Poyry. Son fils Philippe né dix ans plus tard, relate la « dose de patience et de ténacité toute nordique » qui a fait la fidélité de cette épouse venue du Nord.

Nouveau chapitre, Gérard obtient son diplôme d’assistance sociale.

A travers ces années auprès des jeunes salariés du bâtiment et des travaux publics, il est confronté aux conditions de vie du prolétariat. Ce qui l’amène au syndicalisme, il adhère à la CNT** dont il devient trésorier confédéral.

La guerre d’Algérie le voit rejoindre le réseau Jeanson et pratiquer une réelle solidarité dans certaines organisations clandestines.

Dans les années 1960 Gérard abandonne la voie sociale, déçu par l’incurie des pouvoirs publics dont il dépend pour devenir agent commercial. C’est alors qu’il fonde avec d’autres l’Association Française des Amateurs de Jazz Nouvelle Orléans. Sur la lancée, en 1974 il fonde une maison de disques, Pagmaphone, ce sera l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes.

Nouvelle étape : 1958, le couple se fixe dans le XIIIe,  une chance pour ses habitants, puisque très vite il se passionne pour l’histoire industrielle et populaire de l’arrondissement. Il adhère à la Société d’Histoire et d’Archéologie du XIIIe, publie brochures et documents principalement « C’était hier le XIIIe » deux fois réédité et malheureusement épuisé.

Gérard dans tous ses états

Pourquoi tant de haine ?

Pas question de détecter les abymes des détestations de notre ami Gérard. Nous qui l’avons fréquenté au quotidien et entendu ses violentes diatribes, nous nous sommes toujours interrogés sur l’objet de sa vindicte.

Sous le pseudonyme de Guy Chetfermé l’oncle Gérard a fait de la poste un objet de poursuite dûment entretenu. De bureau en bureau il a pu constater qu’aucune balance ne pesait le même poids pour un objet donné. Toujours dans la Gazette du 13e il s’indigne qu’une lettre postée à Ivry arrive plus vite dans le 13°  que sa sœur postée dans le 13e, inutile de dire qu’il a fait le voyage pour la banlieue plusieurs fois pour le constat. Le jour où la deuxième levée de l’après-midi a été supprimée Gérard a exprimé sa colère dans tous les lieux ouverts du quartier, l’affaire était passée sans publicité.

Parmi les sujets récurrents de l’opprobre véhément de Gérard, le Jazz moderne subventionné tient une place de choix. Au regard des pionniers du jazz Nouvelle Orléans les prétentions de l’Orchestre National de Jazz le mettent en rage.

La Gazette du XIII°’ ce grand organe de presse s’est fait l’écho d’autres indignations. Dans le numéro d’automne 1991sous le titre : « les corps étrangers du XIII° » signé Homère d’Allores, il part en guerre contre la dite-sculpture Clara-Clara. « Ces deux immenses parenthèses de ferraille ont peut-être considérées comme des œuvres d’art par certains esthètes qui se prétendent raffinés. Le seul ennui est que ces soi-disant artistes et leur thuriféraires pas toujours désintéressés se gardent bien de sévir dans leurs propres quartiers : ils veulent sans doute bénéficier de l’impunité et conserver l’estime de leur gardien d’immeuble »

A travers les pages de cette Gazette dont il fut le premier président, et cette fois sous son patronyme officiel, il se plaint amèrement que la Mairie n’ait pas jugé bon de fêter le centenaire de Panhard et Levassor. Pour notre passionné de l’histoire industrielle du 13° l’oubli reste inexpliqué : « Nous aimerions bien savoir pour quelles obscures raisons on n’a pas cru bon de célébrer dans notre arrondissement un centenaire qui aurait pourtant bien mérité de ne pas tomber dans l’oubli le plus total. »

Passions et enthousiasmes.

Chez Gérard, passions et anathèmes alternent au fil des jours et des humeurs. Il y a les passions pérennes et les autres.

La passion du jazz nouvel Orléans ne prend pas une ride au cours des ans, d’autant qu’elle se nourrit d’activités liées à cette musique : il anime des émissions de radio, participe à des rencontres et fait partie de jurys consacrés à ce style des origines. Nous avons retrouvé un enregistrement consacré à une soirée donnée à la librairie Jonas à propos de Sydney Bechet. Mêlé à la musique on entend les commentaires enflammés, on l’imagine rythmant le tempo comme il savait le faire. Lors de la réimpression de « C’était hier le XIII° » Jonas lui avait fait la surprise d’inviter son groupe préféré.

Que dire de son attachement au quartier dont il fut l’historien ? Les séances de diapositives concernant l’ancien XIII° abondement commentées par l’ami Gérard regroupaient beaucoup d’anciens, bavards autant qu’émus, une ambiance chaude, les anciens s’attendrissaient de retrouver leur école, leur bistro !!!

Ce fervent du XIII° appliquait aux textes d’invitation un humour très personnel. Ainsi pour ces projections qui avaient lieu au centre Culturel La Clef, le dernier paragraphe du texte donne la marche à suivre pour se rendre au lieu : « Il est rappelé aux personnes désireuses de se déplacer pédestrement que l’heure fixée pour le début de cette soirée est toute proche de celle du solstice d’hiver qui aura lieu très précisément 19 heures et 22 minutes après le début de notre réunion. De plus comme la rue de la Clef jouxte quasiment les pentes abruptes de la montagne Sainte Geneviève, il serait prudent, compte tenu d’une formation toujours possible de congères en cette saison, de se munir de vêtements chauds et d’un petit en-cas pour être en mesure d’attendre l’arrivée des secours dans les meilleures conditions possibles ».

Pour les visites de la Butte aux Cailles, il parlait de « l’ascension par la face nord » de ce coin du 13e qu’il affectionnait, en fonction de la mémoire vivante de la Commune de 1871. C’est d’ailleurs beaucoup à lui que l’on doit le baptême de la place de la commune de la Butte aux Cailles. C’est également à lui que l’on doit l’inauguration de la place Louis Armstrong située près des anciens studios d’enregistrement au coin de la rue Jeanne d’arc et du boulevard de l’hôpital et celle de la petite place de la bergère d’Ivry.

Passionné de Jazz, fervent de l’histoire populaire du XIII°, un intérêt qu’il savait partager pour la Langue française l’a conduit à fréquenter une association de Défense de la Langue Française, il aimait se joindre aux travaux de la structure tout en pestant contre « ces vieux réacs »,

Il adorait parler aux enfants des écoles de l’histoire du quartier, particulièrement aux élèves de CM qui posaient les bonnes questions.

Hors des passions pérennes, de multiples emballements.

Ces enthousiasmes, il les partageait avec la fougue qu’on connaît.

La découverte du sous-commandant Marcos lui a dicté une de ses grandes croisades. C’était l’objet de tous ses discours ; plus concrètement, avec  d’autres il participa à une collecte qui permit d’envoyer dans la Chiapas une jeune fille qui créa le lien avec son petit groupe.

Des évènements mais aussi des gens à qui il vouait une belle admiration : Jean Bachelot qu’il appelait son « bon maître » et dont il appréciait la culture.

Il ne tarissait pas d’éloges sur Aline Pailler, journaliste politique, son intelligence et son charme ont opéré, il n’avait de cesse de la faire connaître.

Cette passion du partage aussi sympathique soit-elle entraînait par la fougue dont il faisait preuve auprès de ses interlocuteurs une certaine forme d’asphyxie. Les plus braves en sortaient indemnes.

De son passé d’assistante sociale il gardait un dévouement et une fidélité magnifique. De son souci des laissés pour compte, des amis en difficulté il parlait peu, on la découvrait au hasard des conversations. Des gamins en déshérence qu’il réunissait autour d’une vidéo et qu’il aidait dans le travail, une famille en difficulté qu’il entourait régulièrement jusqu’à  inviter de jeunes ados à des voyages à l’étranger. Une face cachée de Gérard qui nous le rend proche.

*Henri Coing sociologue qui s’est attaché à notre arrondissement a écrit  « Rénovation urbaine et changement social » aux éditions Ouvrières

* CNT, Confédération Nationale du Travail ( de tendance libertaire)

 

 

 

Notre ami Gérard

 

La Mairie du XIIIe a programmé pour le mois de septembre un ensemble d’évènements  consacré à rendre  hommage à Gérard Conte.

Du  lundi 30 septembre au vendredi 4 octobre une exposition retraçant la vie de notre historien du XIIIe sera installée à la Mairie. Le mardi 1er octobre les « Haricots rouges » groupe de musiciens élu par Gérard donneront un concert et le 3 octobre Henri Coing fameux sociologue de la rénovation du XIII° fera une conférence à propos de la rénovation de l’îlot 4*

 

 

 

Gérard Conte, un drôle de pèlerin

 

Il est né le 1er février 1931 au petit village de Gorcy en Meurthe et Moselle.

A la suite de la mort de son père, il n’avait que deux ans, sa mère déménage dans les Ardennes. A l’école primaire  sa formation de rebelle s’affirme.  Son maître lui assène que « les gauchers n’arrivent à rien dans la vie ». La réplique du petit gaucher ne tarde pas ; « Ca m’étonnerait, Léonard de Vinci était gaucher et c’était un grand peintre, il n’était pas instituteur ».

Chaque étape sera pour lui une leçon de vie, ainsi pendant l’exode il peut lire la propagande nazie et le détournement de certaines photos à la gloire des occupants. Sa méfiance pour les arguments partiaux et partiels est née.

En 1941 la famille s’installe à Niort. Lorsque la ville fut victime de destructions stupides, l’analyse des officiels lui fait comprendre la distance entre « ce qu’il a vu » et la relation qui en est faite, sa vocation d’historien est née.

Au contact de la famille libertaire, cette « graine d’anarchiste »

fréquente surtout les militants espagnols. Il se déclare alors objecteur de

Conscience, un vieil ami anarchiste lui conseille de s’engager dans le Service de Santé.

Après un stage au Val de Grâce, Gérard termine son office dans un hôpital militaire en Allemagne. Grâce à des amateurs de Francfort sur le Main il se familiarise avec la musique de Jazz.. A son retour à Paris il écume les caves de Saint Germain des Près, il rencontre Claude Luter, Boris Vian et Django Reinhardt.

Lors de ces années fastes, il fait la connaissance de celle qui deviendra sa femme en 1956, Eila Poyry. Son fils Philippe né dix ans plus tard, relate la « dose de patience et de ténacité toute nordique » qui a fait la fidélité de cette épouse venue du Nord.

Nouveau chapitre, Gérard obtient son diplôme d’assistance sociale.

A travers ces années auprès des jeunes salariés du bâtiment et des travaux publics, il est confronté aux conditions de vie du prolétariat. Ce qui l’amène au syndicalisme, il adhère à la CNT** dont il devient trésorier confédéral.

La guerre d’Algérie le voit rejoindre le réseau Jeanson et pratiquer une réelle solidarité dans certaines organisations clandestines.

Dans les années 1960 Gérard abandonne la voie sociale, déçu par l’incurie des pouvoirs publics dont il dépend pour devenir agent commercial. C’est alors qu’il fonde avec d’autres l’Association Française des Amateurs de Jazz Nouvelle Orléans. Sur la lancée, en 1974 il fonde une maison de disques, Pagmaphone, ce sera l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes.

Nouvelle étape : 1958, le couple se fixe dans le XIIIe,  une chance pour ses habitants, puisque très vite il se passionne pour l’histoire industrielle et populaire de l’arrondissement. Il adhère à la Société d’Histoire et d’Archéologie du XIIIe, publie brochures et documents principalement « C’était hier le XIIIe » deux fois réédité et malheureusement épuisé.

Gérard dans tous ses états

Pourquoi tant de haine ?

Pas question de détecter les abymes des détestations de notre ami Gérard. Nous qui l’avons fréquenté au quotidien et entendu ses violentes diatribes, nous nous sommes toujours interrogés sur l’objet de sa vindicte.

Sous le pseudonyme de Guy Chetfermé l’oncle Gérard a fait de la poste un objet de poursuite dûment entretenu. De bureau en bureau il a pu constater qu’aucune balance ne pesait le même poids pour un objet donné. Toujours dans la Gazette du 13e il s’indigne qu’une lettre postée à Ivry arrive plus vite dans le 13°  que sa sœur postée dans le 13e, inutile de dire qu’il a fait le voyage pour la banlieue plusieurs fois pour le constat. Le jour où la deuxième levée de l’après-midi a été supprimée Gérard a exprimé sa colère dans tous les lieux ouverts du quartier, l’affaire était passée sans publicité.

Parmi les sujets récurrents de l’opprobre véhément de Gérard, le Jazz moderne subventionné tient une place de choix. Au regard des pionniers du jazz Nouvelle Orléans les prétentions de l’Orchestre National de Jazz le mettent en rage.

La Gazette du XIII°’ ce grand organe de presse s’est fait l’écho d’autres indignations. Dans le numéro d’automne 1991sous le titre : « les corps étrangers du XIII° » signé Homère d’Allores, il part en guerre contre la dite-sculpture Clara-Clara. « Ces deux immenses parenthèses de ferraille ont peut-être considérées comme des œuvres d’art par certains esthètes qui se prétendent raffinés. Le seul ennui est que ces soi-disant artistes et leur thuriféraires pas toujours désintéressés se gardent bien de sévir dans leurs propres quartiers : ils veulent sans doute bénéficier de l’impunité et conserver l’estime de leur gardien d’immeuble »

A travers les pages de cette Gazette dont il fut le premier président, et cette fois sous son patronyme officiel, il se plaint amèrement que la Mairie n’ait pas jugé bon de fêter le centenaire de Panhard et Levassor. Pour notre passionné de l’histoire industrielle du 13° l’oubli reste inexpliqué : « Nous aimerions bien savoir pour quelles obscures raisons on n’a pas cru bon de célébrer dans notre arrondissement un centenaire qui aurait pourtant bien mérité de ne pas tomber dans l’oubli le plus total. »

Passions et enthousiasmes.

Chez Gérard, passions et anathèmes alternent au fil des jours et des humeurs. Il y a les passions pérennes et les autres.

La passion du jazz nouvel Orléans ne prend pas une ride au cours des ans, d’autant qu’elle se nourrit d’activités liées à cette musique : il anime des émissions de radio, participe à des rencontres et fait partie de jurys consacrés à ce style des origines. Nous avons retrouvé un enregistrement consacré à une soirée donnée à la librairie Jonas à propos de Sydney Bechet. Mêlé à la musique on entend les commentaires enflammés, on l’imagine rythmant le tempo comme il savait le faire. Lors de la réimpression de « C’était hier le XIII° » Jonas lui avait fait la surprise d’inviter son groupe préféré.

Que dire de son attachement au quartier dont il fut l’historien ? Les séances de diapositives concernant l’ancien XIII° abondement commentées par l’ami Gérard regroupaient beaucoup d’anciens, bavards autant qu’émus, une ambiance chaude, les anciens s’attendrissaient de retrouver leur école, leur bistro !!!

Ce fervent du XIII° appliquait aux textes d’invitation un humour très personnel. Ainsi pour ces projections qui avaient lieu au centre Culturel La Clef, le dernier paragraphe du texte donne la marche à suivre pour se rendre au lieu : « Il est rappelé aux personnes désireuses de se déplacer pédestrement que l’heure fixée pour le début de cette soirée est toute proche de celle du solstice d’hiver qui aura lieu très précisément 19 heures et 22 minutes après le début de notre réunion. De plus comme la rue de la Clef jouxte quasiment les pentes abruptes de la montagne Sainte Geneviève, il serait prudent, compte tenu d’une formation toujours possible de congères en cette saison, de se munir de vêtements chauds et d’un petit en-cas pour être en mesure d’attendre l’arrivée des secours dans les meilleures conditions possibles ».

Pour les visites de la Butte aux Cailles, il parlait de « l’ascension par la face nord » de ce coin du 13e qu’il affectionnait, en fonction de la mémoire vivante de la Commune de 1871. C’est d’ailleurs beaucoup à lui que l’on doit le baptême de la place de la commune de la Butte aux Cailles. C’est également à lui que l’on doit l’inauguration de la place Louis Armstrong située près des anciens studios d’enregistrement au coin de la rue Jeanne d’arc et du boulevard de l’hôpital et celle de la petite place de la bergère d’Ivry.

Passionné de Jazz, fervent de l’histoire populaire du XIII°, un intérêt qu’il savait partager pour la Langue française l’a conduit à fréquenter une association de Défense de la Langue Française, il aimait se joindre aux travaux de la structure tout en pestant contre « ces vieux réacs »,

Il adorait parler aux enfants des écoles de l’histoire du quartier, particulièrement aux élèves de CM qui posaient les bonnes questions.

Hors des passions pérennes, de multiples emballements.

Ces enthousiasmes, il les partageait avec la fougue qu’on connaît.

La découverte du sous-commandant Marcos lui a dicté une de ses grandes croisades. C’était l’objet de tous ses discours ; plus concrètement, avec  d’autres il participa à une collecte qui permit d’envoyer dans la Chiapas une jeune fille qui créa le lien avec son petit groupe.

Des évènements mais aussi des gens à qui il vouait une belle admiration : Jean Bachelot qu’il appelait son « bon maître » et dont il appréciait la culture.

Il ne tarissait pas d’éloges sur Aline Pailler, journaliste politique, son intelligence et son charme ont opéré, il n’avait de cesse de la faire connaître.

Cette passion du partage aussi sympathique soit-elle entraînait par la fougue dont il faisait preuve auprès de ses interlocuteurs une certaine forme d’asphyxie. Les plus braves en sortaient indemnes.

De son passé d’assistante sociale il gardait un dévouement et une fidélité magnifique. De son souci des laissés pour compte, des amis en difficulté il parlait peu, on la découvrait au hasard des conversations. Des gamins en déshérence qu’il réunissait autour d’une vidéo et qu’il aidait dans le travail, une famille en difficulté qu’il entourait régulièrement jusqu’à  inviter de jeunes ados à des voyages à l’étranger. Une face cachée de Gérard qui nous le rend proche.

*Henri Coing sociologue qui s’est attaché à notre arrondissement a écrit  « Rénovation urbaine et changement social » aux éditions Ouvrières

* CNT, Confédération Nationale du Travail ( de tendance libertaire)

 

 

 

Notre ami Gérard

 

La Mairie du XIIIe a programmé pour le mois de septembre un ensemble d’évènements  consacré à rendre  hommage à Gérard Conte.

Du  lundi 30 septembre au vendredi 4 octobre une exposition retraçant la vie de notre historien du XIIIe sera installée à la Mairie. Le mardi 1er octobre les « Haricots rouges » groupe de musiciens élu par Gérard donneront un concert et le 3 octobre Henri Coing fameux sociologue de la rénovation du XIII° fera une conférence à propos de la rénovation de l’îlot 4*

 

 

 

Gérard Conte, un drôle de pèlerin

 

Il est né le 1er février 1931 au petit village de Gorcy en Meurthe et Moselle.

A la suite de la mort de son père, il n’avait que deux ans, sa mère déménage dans les Ardennes. A l’école primaire  sa formation de rebelle s’affirme.  Son maître lui assène que « les gauchers n’arrivent à rien dans la vie ». La réplique du petit gaucher ne tarde pas ; « Ca m’étonnerait, Léonard de Vinci était gaucher et c’était un grand peintre, il n’était pas instituteur ».

Chaque étape sera pour lui une leçon de vie, ainsi pendant l’exode il peut lire la propagande nazie et le détournement de certaines photos à la gloire des occupants. Sa méfiance pour les arguments partiaux et partiels est née.

En 1941 la famille s’installe à Niort. Lorsque la ville fut victime de destructions stupides, l’analyse des officiels lui fait comprendre la distance entre « ce qu’il a vu » et la relation qui en est faite, sa vocation d’historien est née.

Au contact de la famille libertaire, cette « graine d’anarchiste »

fréquente surtout les militants espagnols. Il se déclare alors objecteur de

Conscience, un vieil ami anarchiste lui conseille de s’engager dans le Service de Santé.

Après un stage au Val de Grâce, Gérard termine son office dans un hôpital militaire en Allemagne. Grâce à des amateurs de Francfort sur le Main il se familiarise avec la musique de Jazz.. A son retour à Paris il écume les caves de Saint Germain des Près, il rencontre Claude Luter, Boris Vian et Django Reinhardt.

Lors de ces années fastes, il fait la connaissance de celle qui deviendra sa femme en 1956, Eila Poyry. Son fils Philippe né dix ans plus tard, relate la « dose de patience et de ténacité toute nordique » qui a fait la fidélité de cette épouse venue du Nord.

Nouveau chapitre, Gérard obtient son diplôme d’assistance sociale.

A travers ces années auprès des jeunes salariés du bâtiment et des travaux publics, il est confronté aux conditions de vie du prolétariat. Ce qui l’amène au syndicalisme, il adhère à la CNT** dont il devient trésorier confédéral.

La guerre d’Algérie le voit rejoindre le réseau Jeanson et pratiquer une réelle solidarité dans certaines organisations clandestines.

Dans les années 1960 Gérard abandonne la voie sociale, déçu par l’incurie des pouvoirs publics dont il dépend pour devenir agent commercial. C’est alors qu’il fonde avec d’autres l’Association Française des Amateurs de Jazz Nouvelle Orléans. Sur la lancée, en 1974 il fonde une maison de disques, Pagmaphone, ce sera l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes.

Nouvelle étape : 1958, le couple se fixe dans le XIIIe,  une chance pour ses habitants, puisque très vite il se passionne pour l’histoire industrielle et populaire de l’arrondissement. Il adhère à la Société d’Histoire et d’Archéologie du XIIIe, publie brochures et documents principalement « C’était hier le XIIIe » deux fois réédité et malheureusement épuisé.

Gérard dans tous ses états

Pourquoi tant de haine ?

Pas question de détecter les abymes des détestations de notre ami Gérard. Nous qui l’avons fréquenté au quotidien et entendu ses violentes diatribes, nous nous sommes toujours interrogés sur l’objet de sa vindicte.

Sous le pseudonyme de Guy Chetfermé l’oncle Gérard a fait de la poste un objet de poursuite dûment entretenu. De bureau en bureau il a pu constater qu’aucune balance ne pesait le même poids pour un objet donné. Toujours dans la Gazette du 13e il s’indigne qu’une lettre postée à Ivry arrive plus vite dans le 13°  que sa sœur postée dans le 13e, inutile de dire qu’il a fait le voyage pour la banlieue plusieurs fois pour le constat. Le jour où la deuxième levée de l’après-midi a été supprimée Gérard a exprimé sa colère dans tous les lieux ouverts du quartier, l’affaire était passée sans publicité.

Parmi les sujets récurrents de l’opprobre véhément de Gérard, le Jazz moderne subventionné tient une place de choix. Au regard des pionniers du jazz Nouvelle Orléans les prétentions de l’Orchestre National de Jazz le mettent en rage.

La Gazette du XIII°’ ce grand organe de presse s’est fait l’écho d’autres indignations. Dans le numéro d’automne 1991sous le titre : « les corps étrangers du XIII° » signé Homère d’Allores, il part en guerre contre la dite-sculpture Clara-Clara. « Ces deux immenses parenthèses de ferraille ont peut-être considérées comme des œuvres d’art par certains esthètes qui se prétendent raffinés. Le seul ennui est que ces soi-disant artistes et leur thuriféraires pas toujours désintéressés se gardent bien de sévir dans leurs propres quartiers : ils veulent sans doute bénéficier de l’impunité et conserver l’estime de leur gardien d’immeuble »

A travers les pages de cette Gazette dont il fut le premier président, et cette fois sous son patronyme officiel, il se plaint amèrement que la Mairie n’ait pas jugé bon de fêter le centenaire de Panhard et Levassor. Pour notre passionné de l’histoire industrielle du 13° l’oubli reste inexpliqué : « Nous aimerions bien savoir pour quelles obscures raisons on n’a pas cru bon de célébrer dans notre arrondissement un centenaire qui aurait pourtant bien mérité de ne pas tomber dans l’oubli le plus total. »

Passions et enthousiasmes.

Chez Gérard, passions et anathèmes alternent au fil des jours et des humeurs. Il y a les passions pérennes et les autres.

La passion du jazz nouvel Orléans ne prend pas une ride au cours des ans, d’autant qu’elle se nourrit d’activités liées à cette musique : il anime des émissions de radio, participe à des rencontres et fait partie de jurys consacrés à ce style des origines. Nous avons retrouvé un enregistrement consacré à une soirée donnée à la librairie Jonas à propos de Sydney Bechet. Mêlé à la musique on entend les commentaires enflammés, on l’imagine rythmant le tempo comme il savait le faire. Lors de la réimpression de « C’était hier le XIII° » Jonas lui avait fait la surprise d’inviter son groupe préféré.

Que dire de son attachement au quartier dont il fut l’historien ? Les séances de diapositives concernant l’ancien XIII° abondement commentées par l’ami Gérard regroupaient beaucoup d’anciens, bavards autant qu’émus, une ambiance chaude, les anciens s’attendrissaient de retrouver leur école, leur bistro !!!

Ce fervent du XIII° appliquait aux textes d’invitation un humour très personnel. Ainsi pour ces projections qui avaient lieu au centre Culturel La Clef, le dernier paragraphe du texte donne la marche à suivre pour se rendre au lieu : « Il est rappelé aux personnes désireuses de se déplacer pédestrement que l’heure fixée pour le début de cette soirée est toute proche de celle du solstice d’hiver qui aura lieu très précisément 19 heures et 22 minutes après le début de notre réunion. De plus comme la rue de la Clef jouxte quasiment les pentes abruptes de la montagne Sainte Geneviève, il serait prudent, compte tenu d’une formation toujours possible de congères en cette saison, de se munir de vêtements chauds et d’un petit en-cas pour être en mesure d’attendre l’arrivée des secours dans les meilleures conditions possibles ».

Pour les visites de la Butte aux Cailles, il parlait de « l’ascension par la face nord » de ce coin du 13e qu’il affectionnait, en fonction de la mémoire vivante de la Commune de 1871. C’est d’ailleurs beaucoup à lui que l’on doit le baptême de la place de la commune de la Butte aux Cailles. C’est également à lui que l’on doit l’inauguration de la place Louis Armstrong située près des anciens studios d’enregistrement au coin de la rue Jeanne d’arc et du boulevard de l’hôpital et celle de la petite place de la bergère d’Ivry.

Passionné de Jazz, fervent de l’histoire populaire du XIII°, un intérêt qu’il savait partager pour la Langue française l’a conduit à fréquenter une association de Défense de la Langue Française, il aimait se joindre aux travaux de la structure tout en pestant contre « ces vieux réacs »,

Il adorait parler aux enfants des écoles de l’histoire du quartier, particulièrement aux élèves de CM qui posaient les bonnes questions.

Hors des passions pérennes, de multiples emballements.

Ces enthousiasmes, il les partageait avec la fougue qu’on connaît.

La découverte du sous-commandant Marcos lui a dicté une de ses grandes croisades. C’était l’objet de tous ses discours ; plus concrètement, avec  d’autres il participa à une collecte qui permit d’envoyer dans la Chiapas une jeune fille qui créa le lien avec son petit groupe.

Des évènements mais aussi des gens à qui il vouait une belle admiration : Jean Bachelot qu’il appelait son « bon maître » et dont il appréciait la culture.

Il ne tarissait pas d’éloges sur Aline Pailler, journaliste politique, son intelligence et son charme ont opéré, il n’avait de cesse de la faire connaître.

Cette passion du partage aussi sympathique soit-elle entraînait par la fougue dont il faisait preuve auprès de ses interlocuteurs une certaine forme d’asphyxie. Les plus braves en sortaient indemnes.

De son passé d’assistante sociale il gardait un dévouement et une fidélité magnifique. De son souci des laissés pour compte, des amis en difficulté il parlait peu, on la découvrait au hasard des conversations. Des gamins en déshérence qu’il réunissait autour d’une vidéo et qu’il aidait dans le travail, une famille en difficulté qu’il entourait régulièrement jusqu’à  inviter de jeunes ados à des voyages à l’étranger. Une face cachée de Gérard qui nous le rend proche.

*Henri Coing sociologue qui s’est attaché à notre arrondissement a écrit  « Rénovation urbaine et changement social » aux éditions Ouvrières

* CNT, Confédération Nationale du Travail ( de tendance libertaire)

 

 

 

Notre ami Gérard

 

La Mairie du XIIIe a programmé pour le mois de septembre un ensemble d’évènements  consacré à rendre  hommage à Gérard Conte.

Du  lundi 30 septembre au vendredi 4 octobre une exposition retraçant la vie de notre historien du XIIIe sera installée à la Mairie. Le mardi 1er octobre les « Haricots rouges » groupe de musiciens élu par Gérard donneront un concert et le 3 octobre Henri Coing fameux sociologue de la rénovation du XIII° fera une conférence à propos de la rénovation de l’îlot 4*

 

 

 

Gérard Conte, un drôle de pèlerin

 

Il est né le 1er février 1931 au petit village de Gorcy en Meurthe et Moselle.

A la suite de la mort de son père, il n’avait que deux ans, sa mère déménage dans les Ardennes. A l’école primaire  sa formation de rebelle s’affirme.  Son maître lui assène que « les gauchers n’arrivent à rien dans la vie ». La réplique du petit gaucher ne tarde pas ; « Ca m’étonnerait, Léonard de Vinci était gaucher et c’était un grand peintre, il n’était pas instituteur ».

Chaque étape sera pour lui une leçon de vie, ainsi pendant l’exode il peut lire la propagande nazie et le détournement de certaines photos à la gloire des occupants. Sa méfiance pour les arguments partiaux et partiels est née.

En 1941 la famille s’installe à Niort. Lorsque la ville fut victime de destructions stupides, l’analyse des officiels lui fait comprendre la distance entre « ce qu’il a vu » et la relation qui en est faite, sa vocation d’historien est née.

Au contact de la famille libertaire, cette « graine d’anarchiste »

fréquente surtout les militants espagnols. Il se déclare alors objecteur de

Conscience, un vieil ami anarchiste lui conseille de s’engager dans le Service de Santé.

Après un stage au Val de Grâce, Gérard termine son office dans un hôpital militaire en Allemagne. Grâce à des amateurs de Francfort sur le Main il se familiarise avec la musique de Jazz.. A son retour à Paris il écume les caves de Saint Germain des Près, il rencontre Claude Luter, Boris Vian et Django Reinhardt.

Lors de ces années fastes, il fait la connaissance de celle qui deviendra sa femme en 1956, Eila Poyry. Son fils Philippe né dix ans plus tard, relate la « dose de patience et de ténacité toute nordique » qui a fait la fidélité de cette épouse venue du Nord.

Nouveau chapitre, Gérard obtient son diplôme d’assistance sociale.

A travers ces années auprès des jeunes salariés du bâtiment et des travaux publics, il est confronté aux conditions de vie du prolétariat. Ce qui l’amène au syndicalisme, il adhère à la CNT** dont il devient trésorier confédéral.

La guerre d’Algérie le voit rejoindre le réseau Jeanson et pratiquer une réelle solidarité dans certaines organisations clandestines.

Dans les années 1960 Gérard abandonne la voie sociale, déçu par l’incurie des pouvoirs publics dont il dépend pour devenir agent commercial. C’est alors qu’il fonde avec d’autres l’Association Française des Amateurs de Jazz Nouvelle Orléans. Sur la lancée, en 1974 il fonde une maison de disques, Pagmaphone, ce sera l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes.

Nouvelle étape : 1958, le couple se fixe dans le XIIIe,  une chance pour ses habitants, puisque très vite il se passionne pour l’histoire industrielle et populaire de l’arrondissement. Il adhère à la Société d’Histoire et d’Archéologie du XIIIe, publie brochures et documents principalement « C’était hier le XIIIe » deux fois réédité et malheureusement épuisé.

Gérard dans tous ses états

Pourquoi tant de haine ?

Pas question de détecter les abymes des détestations de notre ami Gérard. Nous qui l’avons fréquenté au quotidien et entendu ses violentes diatribes, nous nous sommes toujours interrogés sur l’objet de sa vindicte.

Sous le pseudonyme de Guy Chetfermé l’oncle Gérard a fait de la poste un objet de poursuite dûment entretenu. De bureau en bureau il a pu constater qu’aucune balance ne pesait le même poids pour un objet donné. Toujours dans la Gazette du 13e il s’indigne qu’une lettre postée à Ivry arrive plus vite dans le 13°  que sa sœur postée dans le 13e, inutile de dire qu’il a fait le voyage pour la banlieue plusieurs fois pour le constat. Le jour où la deuxième levée de l’après-midi a été supprimée Gérard a exprimé sa colère dans tous les lieux ouverts du quartier, l’affaire était passée sans publicité.

Parmi les sujets récurrents de l’opprobre véhément de Gérard, le Jazz moderne subventionné tient une place de choix. Au regard des pionniers du jazz Nouvelle Orléans les prétentions de l’Orchestre National de Jazz le mettent en rage.

La Gazette du XIII°’ ce grand organe de presse s’est fait l’écho d’autres indignations. Dans le numéro d’automne 1991sous le titre : « les corps étrangers du XIII° » signé Homère d’Allores, il part en guerre contre la dite-sculpture Clara-Clara. « Ces deux immenses parenthèses de ferraille ont peut-être considérées comme des œuvres d’art par certains esthètes qui se prétendent raffinés. Le seul ennui est que ces soi-disant artistes et leur thuriféraires pas toujours désintéressés se gardent bien de sévir dans leurs propres quartiers : ils veulent sans doute bénéficier de l’impunité et conserver l’estime de leur gardien d’immeuble »

A travers les pages de cette Gazette dont il fut le premier président, et cette fois sous son patronyme officiel, il se plaint amèrement que la Mairie n’ait pas jugé bon de fêter le centenaire de Panhard et Levassor. Pour notre passionné de l’histoire industrielle du 13° l’oubli reste inexpliqué : « Nous aimerions bien savoir pour quelles obscures raisons on n’a pas cru bon de célébrer dans notre arrondissement un centenaire qui aurait pourtant bien mérité de ne pas tomber dans l’oubli le plus total. »

Passions et enthousiasmes.

Chez Gérard, passions et anathèmes alternent au fil des jours et des humeurs. Il y a les passions pérennes et les autres.

La passion du jazz nouvel Orléans ne prend pas une ride au cours des ans, d’autant qu’elle se nourrit d’activités liées à cette musique : il anime des émissions de radio, participe à des rencontres et fait partie de jurys consacrés à ce style des origines. Nous avons retrouvé un enregistrement consacré à une soirée donnée à la librairie Jonas à propos de Sydney Bechet. Mêlé à la musique on entend les commentaires enflammés, on l’imagine rythmant le tempo comme il savait le faire. Lors de la réimpression de « C’était hier le XIII° » Jonas lui avait fait la surprise d’inviter son groupe préféré.

Que dire de son attachement au quartier dont il fut l’historien ? Les séances de diapositives concernant l’ancien XIII° abondement commentées par l’ami Gérard regroupaient beaucoup d’anciens, bavards autant qu’émus, une ambiance chaude, les anciens s’attendrissaient de retrouver leur école, leur bistro !!!

Ce fervent du XIII° appliquait aux textes d’invitation un humour très personnel. Ainsi pour ces projections qui avaient lieu au centre Culturel La Clef, le dernier paragraphe du texte donne la marche à suivre pour se rendre au lieu : « Il est rappelé aux personnes désireuses de se déplacer pédestrement que l’heure fixée pour le début de cette soirée est toute proche de celle du solstice d’hiver qui aura lieu très précisément 19 heures et 22 minutes après le début de notre réunion. De plus comme la rue de la Clef jouxte quasiment les pentes abruptes de la montagne Sainte Geneviève, il serait prudent, compte tenu d’une formation toujours possible de congères en cette saison, de se munir de vêtements chauds et d’un petit en-cas pour être en mesure d’attendre l’arrivée des secours dans les meilleures conditions possibles ».

Pour les visites de la Butte aux Cailles, il parlait de « l’ascension par la face nord » de ce coin du 13e qu’il affectionnait, en fonction de la mémoire vivante de la Commune de 1871. C’est d’ailleurs beaucoup à lui que l’on doit le baptême de la place de la commune de la Butte aux Cailles. C’est également à lui que l’on doit l’inauguration de la place Louis Armstrong située près des anciens studios d’enregistrement au coin de la rue Jeanne d’arc et du boulevard de l’hôpital et celle de la petite place de la bergère d’Ivry.

Passionné de Jazz, fervent de l’histoire populaire du XIII°, un intérêt qu’il savait partager pour la Langue française l’a conduit à fréquenter une association de Défense de la Langue Française, il aimait se joindre aux travaux de la structure tout en pestant contre « ces vieux réacs »,

Il adorait parler aux enfants des écoles de l’histoire du quartier, particulièrement aux élèves de CM qui posaient les bonnes questions.

Hors des passions pérennes, de multiples emballements.

Ces enthousiasmes, il les partageait avec la fougue qu’on connaît.

La découverte du sous-commandant Marcos lui a dicté une de ses grandes croisades. C’était l’objet de tous ses discours ; plus concrètement, avec  d’autres il participa à une collecte qui permit d’envoyer dans la Chiapas une jeune fille qui créa le lien avec son petit groupe.

Des évènements mais aussi des gens à qui il vouait une belle admiration : Jean Bachelot qu’il appelait son « bon maître » et dont il appréciait la culture.

Il ne tarissait pas d’éloges sur Aline Pailler, journaliste politique, son intelligence et son charme ont opéré, il n’avait de cesse de la faire connaître.

Cette passion du partage aussi sympathique soit-elle entraînait par la fougue dont il faisait preuve auprès de ses interlocuteurs une certaine forme d’asphyxie. Les plus braves en sortaient indemnes.

De son passé d’assistante sociale il gardait un dévouement et une fidélité magnifique. De son souci des laissés pour compte, des amis en difficulté il parlait peu, on la découvrait au hasard des conversations. Des gamins en déshérence qu’il réunissait autour d’une vidéo et qu’il aidait dans le travail, une famille en difficulté qu’il entourait régulièrement jusqu’à  inviter de jeunes ados à des voyages à l’étranger. Une face cachée de Gérard qui nous le rend proche.

*Henri Coing sociologue qui s’est attaché à notre arrondissement a écrit  « Rénovation urbaine et changement social » aux éditions Ouvrières

* CNT, Confédération Nationale du Travail ( de tendance libertaire)

 

 

 

Notre ami Gérard

 

La Mairie du XIIIe a programmé pour le mois de septembre un ensemble d’évènements  consacré à rendre  hommage à Gérard Conte.

Du  lundi 30 septembre au vendredi 4 octobre une exposition retraçant la vie de notre historien du XIIIe sera installée à la Mairie. Le mardi 1er octobre les « Haricots rouges » groupe de musiciens élu par Gérard donneront un concert et le 3 octobre Henri Coing fameux sociologue de la rénovation du XIII° fera une conférence à propos de la rénovation de l’îlot 4*

 

 

 

Gérard Conte, un drôle de pèlerin

 

Il est né le 1er février 1931 au petit village de Gorcy en Meurthe et Moselle.

A la suite de la mort de son père, il n’avait que deux ans, sa mère déménage dans les Ardennes. A l’école primaire  sa formation de rebelle s’affirme.  Son maître lui assène que « les gauchers n’arrivent à rien dans la vie ». La réplique du petit gaucher ne tarde pas ; « Ca m’étonnerait, Léonard de Vinci était gaucher et c’était un grand peintre, il n’était pas instituteur ».

Chaque étape sera pour lui une leçon de vie, ainsi pendant l’exode il peut lire la propagande nazie et le détournement de certaines photos à la gloire des occupants. Sa méfiance pour les arguments partiaux et partiels est née.

En 1941 la famille s’installe à Niort. Lorsque la ville fut victime de destructions stupides, l’analyse des officiels lui fait comprendre la distance entre « ce qu’il a vu » et la relation qui en est faite, sa vocation d’historien est née.

Au contact de la famille libertaire, cette « graine d’anarchiste »

fréquente surtout les militants espagnols. Il se déclare alors objecteur de

Conscience, un vieil ami anarchiste lui conseille de s’engager dans le Service de Santé.

Après un stage au Val de Grâce, Gérard termine son office dans un hôpital militaire en Allemagne. Grâce à des amateurs de Francfort sur le Main il se familiarise avec la musique de Jazz.. A son retour à Paris il écume les caves de Saint Germain des Près, il rencontre Claude Luter, Boris Vian et Django Reinhardt.

Lors de ces années fastes, il fait la connaissance de celle qui deviendra sa femme en 1956, Eila Poyry. Son fils Philippe né dix ans plus tard, relate la « dose de patience et de ténacité toute nordique » qui a fait la fidélité de cette épouse venue du Nord.

Nouveau chapitre, Gérard obtient son diplôme d’assistance sociale.

A travers ces années auprès des jeunes salariés du bâtiment et des travaux publics, il est confronté aux conditions de vie du prolétariat. Ce qui l’amène au syndicalisme, il adhère à la CNT** dont il devient trésorier confédéral.

La guerre d’Algérie le voit rejoindre le réseau Jeanson et pratiquer une réelle solidarité dans certaines organisations clandestines.

Dans les années 1960 Gérard abandonne la voie sociale, déçu par l’incurie des pouvoirs publics dont il dépend pour devenir agent commercial. C’est alors qu’il fonde avec d’autres l’Association Française des Amateurs de Jazz Nouvelle Orléans. Sur la lancée, en 1974 il fonde une maison de disques, Pagmaphone, ce sera l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes.

Nouvelle étape : 1958, le couple se fixe dans le XIIIe,  une chance pour ses habitants, puisque très vite il se passionne pour l’histoire industrielle et populaire de l’arrondissement. Il adhère à la Société d’Histoire et d’Archéologie du XIIIe, publie brochures et documents principalement « C’était hier le XIIIe » deux fois réédité et malheureusement épuisé.

Gérard dans tous ses états

Pourquoi tant de haine ?

Pas question de détecter les abymes des détestations de notre ami Gérard. Nous qui l’avons fréquenté au quotidien et entendu ses violentes diatribes, nous nous sommes toujours interrogés sur l’objet de sa vindicte.

Sous le pseudonyme de Guy Chetfermé l’oncle Gérard a fait de la poste un objet de poursuite dûment entretenu. De bureau en bureau il a pu constater qu’aucune balance ne pesait le même poids pour un objet donné. Toujours dans la Gazette du 13e il s’indigne qu’une lettre postée à Ivry arrive plus vite dans le 13°  que sa sœur postée dans le 13e, inutile de dire qu’il a fait le voyage pour la banlieue plusieurs fois pour le constat. Le jour où la deuxième levée de l’après-midi a été supprimée Gérard a exprimé sa colère dans tous les lieux ouverts du quartier, l’affaire était passée sans publicité.

Parmi les sujets récurrents de l’opprobre véhément de Gérard, le Jazz moderne subventionné tient une place de choix. Au regard des pionniers du jazz Nouvelle Orléans les prétentions de l’Orchestre National de Jazz le mettent en rage.

La Gazette du XIII°’ ce grand organe de presse s’est fait l’écho d’autres indignations. Dans le numéro d’automne 1991sous le titre : « les corps étrangers du XIII° » signé Homère d’Allores, il part en guerre contre la dite-sculpture Clara-Clara. « Ces deux immenses parenthèses de ferraille ont peut-être considérées comme des œuvres d’art par certains esthètes qui se prétendent raffinés. Le seul ennui est que ces soi-disant artistes et leur thuriféraires pas toujours désintéressés se gardent bien de sévir dans leurs propres quartiers : ils veulent sans doute bénéficier de l’impunité et conserver l’estime de leur gardien d’immeuble »

A travers les pages de cette Gazette dont il fut le premier président, et cette fois sous son patronyme officiel, il se plaint amèrement que la Mairie n’ait pas jugé bon de fêter le centenaire de Panhard et Levassor. Pour notre passionné de l’histoire industrielle du 13° l’oubli reste inexpliqué : « Nous aimerions bien savoir pour quelles obscures raisons on n’a pas cru bon de célébrer dans notre arrondissement un centenaire qui aurait pourtant bien mérité de ne pas tomber dans l’oubli le plus total. »

Passions et enthousiasmes.

Chez Gérard, passions et anathèmes alternent au fil des jours et des humeurs. Il y a les passions pérennes et les autres.

La passion du jazz nouvel Orléans ne prend pas une ride au cours des ans, d’autant qu’elle se nourrit d’activités liées à cette musique : il anime des émissions de radio, participe à des rencontres et fait partie de jurys consacrés à ce style des origines. Nous avons retrouvé un enregistrement consacré à une soirée donnée à la librairie Jonas à propos de Sydney Bechet. Mêlé à la musique on entend les commentaires enflammés, on l’imagine rythmant le tempo comme il savait le faire. Lors de la réimpression de « C’était hier le XIII° » Jonas lui avait fait la surprise d’inviter son groupe préféré.

Que dire de son attachement au quartier dont il fut l’historien ? Les séances de diapositives concernant l’ancien XIII° abondement commentées par l’ami Gérard regroupaient beaucoup d’anciens, bavards autant qu’émus, une ambiance chaude, les anciens s’attendrissaient de retrouver leur école, leur bistro !!!

Ce fervent du XIII° appliquait aux textes d’invitation un humour très personnel. Ainsi pour ces projections qui avaient lieu au centre Culturel La Clef, le dernier paragraphe du texte donne la marche à suivre pour se rendre au lieu : « Il est rappelé aux personnes désireuses de se déplacer pédestrement que l’heure fixée pour le début de cette soirée est toute proche de celle du solstice d’hiver qui aura lieu très précisément 19 heures et 22 minutes après le début de notre réunion. De plus comme la rue de la Clef jouxte quasiment les pentes abruptes de la montagne Sainte Geneviève, il serait prudent, compte tenu d’une formation toujours possible de congères en cette saison, de se munir de vêtements chauds et d’un petit en-cas pour être en mesure d’attendre l’arrivée des secours dans les meilleures conditions possibles ».

Pour les visites de la Butte aux Cailles, il parlait de « l’ascension par la face nord » de ce coin du 13e qu’il affectionnait, en fonction de la mémoire vivante de la Commune de 1871. C’est d’ailleurs beaucoup à lui que l’on doit le baptême de la place de la commune de la Butte aux Cailles. C’est également à lui que l’on doit l’inauguration de la place Louis Armstrong située près des anciens studios d’enregistrement au coin de la rue Jeanne d’arc et du boulevard de l’hôpital et celle de la petite place de la bergère d’Ivry.

Passionné de Jazz, fervent de l’histoire populaire du XIII°, un intérêt qu’il savait partager pour la Langue française l’a conduit à fréquenter une association de Défense de la Langue Française, il aimait se joindre aux travaux de la structure tout en pestant contre « ces vieux réacs »,

Il adorait parler aux enfants des écoles de l’histoire du quartier, particulièrement aux élèves de CM qui posaient les bonnes questions.

Hors des passions pérennes, de multiples emballements.

Ces enthousiasmes, il les partageait avec la fougue qu’on connaît.

La découverte du sous-commandant Marcos lui a dicté une de ses grandes croisades. C’était l’objet de tous ses discours ; plus concrètement, avec  d’autres il participa à une collecte qui permit d’envoyer dans la Chiapas une jeune fille qui créa le lien avec son petit groupe.

Des évènements mais aussi des gens à qui il vouait une belle admiration : Jean Bachelot qu’il appelait son « bon maître » et dont il appréciait la culture.

Il ne tarissait pas d’éloges sur Aline Pailler, journaliste politique, son intelligence et son charme ont opéré, il n’avait de cesse de la faire connaître.

Cette passion du partage aussi sympathique soit-elle entraînait par la fougue dont il faisait preuve auprès de ses interlocuteurs une certaine forme d’asphyxie. Les plus braves en sortaient indemnes.

De son passé d’assistante sociale il gardait un dévouement et une fidélité magnifique. De son souci des laissés pour compte, des amis en difficulté il parlait peu, on la découvrait au hasard des conversations. Des gamins en déshérence qu’il réunissait autour d’une vidéo et qu’il aidait dans le travail, une famille en difficulté qu’il entourait régulièrement jusqu’à  inviter de jeunes ados à des voyages à l’étranger. Une face cachée de Gérard qui nous le rend proche.

*Henri Coing sociologue qui s’est attaché à notre arrondissement a écrit  « Rénovation urbaine et changement social » aux éditions Ouvrières

* CNT, Confédération Nationale du Travail ( de tendance libertaire)

 

 

 

Notre ami Gérard

 

La Mairie du XIIIe a programmé pour le mois de septembre un ensemble d’évènements  consacré à rendre  hommage à Gérard Conte.

Du  lundi 30 septembre au vendredi 4 octobre une exposition retraçant la vie de notre historien du XIIIe sera installée à la Mairie. Le mardi 1er octobre les « Haricots rouges » groupe de musiciens élu par Gérard donneront un concert et le 3 octobre Henri Coing fameux sociologue de la rénovation du XIII° fera une conférence à propos de la rénovation de l’îlot 4*

 

 

 

Gérard Conte, un drôle de pèlerin

 

Il est né le 1er février 1931 au petit village de Gorcy en Meurthe et Moselle.

A la suite de la mort de son père, il n’avait que deux ans, sa mère déménage dans les Ardennes. A l’école primaire  sa formation de rebelle s’affirme.  Son maître lui assène que « les gauchers n’arrivent à rien dans la vie ». La réplique du petit gaucher ne tarde pas ; « Ca m’étonnerait, Léonard de Vinci était gaucher et c’était un grand peintre, il n’était pas instituteur ».

Chaque étape sera pour lui une leçon de vie, ainsi pendant l’exode il peut lire la propagande nazie et le détournement de certaines photos à la gloire des occupants. Sa méfiance pour les arguments partiaux et partiels est née.

En 1941 la famille s’installe à Niort. Lorsque la ville fut victime de destructions stupides, l’analyse des officiels lui fait comprendre la distance entre « ce qu’il a vu » et la relation qui en est faite, sa vocation d’historien est née.

Au contact de la famille libertaire, cette « graine d’anarchiste »

fréquente surtout les militants espagnols. Il se déclare alors objecteur de

Conscience, un vieil ami anarchiste lui conseille de s’engager dans le Service de Santé.

Après un stage au Val de Grâce, Gérard termine son office dans un hôpital militaire en Allemagne. Grâce à des amateurs de Francfort sur le Main il se familiarise avec la musique de Jazz.. A son retour à Paris il écume les caves de Saint Germain des Près, il rencontre Claude Luter, Boris Vian et Django Reinhardt.

Lors de ces années fastes, il fait la connaissance de celle qui deviendra sa femme en 1956, Eila Poyry. Son fils Philippe né dix ans plus tard, relate la « dose de patience et de ténacité toute nordique » qui a fait la fidélité de cette épouse venue du Nord.

Nouveau chapitre, Gérard obtient son diplôme d’assistance sociale.

A travers ces années auprès des jeunes salariés du bâtiment et des travaux publics, il est confronté aux conditions de vie du prolétariat. Ce qui l’amène au syndicalisme, il adhère à la CNT** dont il devient trésorier confédéral.

La guerre d’Algérie le voit rejoindre le réseau Jeanson et pratiquer une réelle solidarité dans certaines organisations clandestines.

Dans les années 1960 Gérard abandonne la voie sociale, déçu par l’incurie des pouvoirs publics dont il dépend pour devenir agent commercial. C’est alors qu’il fonde avec d’autres l’Association Française des Amateurs de Jazz Nouvelle Orléans. Sur la lancée, en 1974 il fonde une maison de disques, Pagmaphone, ce sera l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes.

Nouvelle étape : 1958, le couple se fixe dans le XIIIe,  une chance pour ses habitants, puisque très vite il se passionne pour l’histoire industrielle et populaire de l’arrondissement. Il adhère à la Société d’Histoire et d’Archéologie du XIIIe, publie brochures et documents principalement « C’était hier le XIIIe » deux fois réédité et malheureusement épuisé.

Gérard dans tous ses états

Pourquoi tant de haine ?

Pas question de détecter les abymes des détestations de notre ami Gérard. Nous qui l’avons fréquenté au quotidien et entendu ses violentes diatribes, nous nous sommes toujours interrogés sur l’objet de sa vindicte.

Sous le pseudonyme de Guy Chetfermé l’oncle Gérard a fait de la poste un objet de poursuite dûment entretenu. De bureau en bureau il a pu constater qu’aucune balance ne pesait le même poids pour un objet donné. Toujours dans la Gazette du 13e il s’indigne qu’une lettre postée à Ivry arrive plus vite dans le 13°  que sa sœur postée dans le 13e, inutile de dire qu’il a fait le voyage pour la banlieue plusieurs fois pour le constat. Le jour où la deuxième levée de l’après-midi a été supprimée Gérard a exprimé sa colère dans tous les lieux ouverts du quartier, l’affaire était passée sans publicité.

Parmi les sujets récurrents de l’opprobre véhément de Gérard, le Jazz moderne subventionné tient une place de choix. Au regard des pionniers du jazz Nouvelle Orléans les prétentions de l’Orchestre National de Jazz le mettent en rage.

La Gazette du XIII°’ ce grand organe de presse s’est fait l’écho d’autres indignations. Dans le numéro d’automne 1991sous le titre : « les corps étrangers du XIII° » signé Homère d’Allores, il part en guerre contre la dite-sculpture Clara-Clara. « Ces deux immenses parenthèses de ferraille ont peut-être considérées comme des œuvres d’art par certains esthètes qui se prétendent raffinés. Le seul ennui est que ces soi-disant artistes et leur thuriféraires pas toujours désintéressés se gardent bien de sévir dans leurs propres quartiers : ils veulent sans doute bénéficier de l’impunité et conserver l’estime de leur gardien d’immeuble »

A travers les pages de cette Gazette dont il fut le premier président, et cette fois sous son patronyme officiel, il se plaint amèrement que la Mairie n’ait pas jugé bon de fêter le centenaire de Panhard et Levassor. Pour notre passionné de l’histoire industrielle du 13° l’oubli reste inexpliqué : « Nous aimerions bien savoir pour quelles obscures raisons on n’a pas cru bon de célébrer dans notre arrondissement un centenaire qui aurait pourtant bien mérité de ne pas tomber dans l’oubli le plus total. »

Passions et enthousiasmes.

Chez Gérard, passions et anathèmes alternent au fil des jours et des humeurs. Il y a les passions pérennes et les autres.

La passion du jazz nouvel Orléans ne prend pas une ride au cours des ans, d’autant qu’elle se nourrit d’activités liées à cette musique : il anime des émissions de radio, participe à des rencontres et fait partie de jurys consacrés à ce style des origines. Nous avons retrouvé un enregistrement consacré à une soirée donnée à la librairie Jonas à propos de Sydney Bechet. Mêlé à la musique on entend les commentaires enflammés, on l’imagine rythmant le tempo comme il savait le faire. Lors de la réimpression de « C’était hier le XIII° » Jonas lui avait fait la surprise d’inviter son groupe préféré.

Que dire de son attachement au quartier dont il fut l’historien ? Les séances de diapositives concernant l’ancien XIII° abondement commentées par l’ami Gérard regroupaient beaucoup d’anciens, bavards autant qu’émus, une ambiance chaude, les anciens s’attendrissaient de retrouver leur école, leur bistro !!!

Ce fervent du XIII° appliquait aux textes d’invitation un humour très personnel. Ainsi pour ces projections qui avaient lieu au centre Culturel La Clef, le dernier paragraphe du texte donne la marche à suivre pour se rendre au lieu : « Il est rappelé aux personnes désireuses de se déplacer pédestrement que l’heure fixée pour le début de cette soirée est toute proche de celle du solstice d’hiver qui aura lieu très précisément 19 heures et 22 minutes après le début de notre réunion. De plus comme la rue de la Clef jouxte quasiment les pentes abruptes de la montagne Sainte Geneviève, il serait prudent, compte tenu d’une formation toujours possible de congères en cette saison, de se munir de vêtements chauds et d’un petit en-cas pour être en mesure d’attendre l’arrivée des secours dans les meilleures conditions possibles ».

Pour les visites de la Butte aux Cailles, il parlait de « l’ascension par la face nord » de ce coin du 13e qu’il affectionnait, en fonction de la mémoire vivante de la Commune de 1871. C’est d’ailleurs beaucoup à lui que l’on doit le baptême de la place de la commune de la Butte aux Cailles. C’est également à lui que l’on doit l’inauguration de la place Louis Armstrong située près des anciens studios d’enregistrement au coin de la rue Jeanne d’arc et du boulevard de l’hôpital et celle de la petite place de la bergère d’Ivry.

Passionné de Jazz, fervent de l’histoire populaire du XIII°, un intérêt qu’il savait partager pour la Langue française l’a conduit à fréquenter une association de Défense de la Langue Française, il aimait se joindre aux travaux de la structure tout en pestant contre « ces vieux réacs »,

Il adorait parler aux enfants des écoles de l’histoire du quartier, particulièrement aux élèves de CM qui posaient les bonnes questions.

Hors des passions pérennes, de multiples emballements.

Ces enthousiasmes, il les partageait avec la fougue qu’on connaît.

La découverte du sous-commandant Marcos lui a dicté une de ses grandes croisades. C’était l’objet de tous ses discours ; plus concrètement, avec  d’autres il participa à une collecte qui permit d’envoyer dans la Chiapas une jeune fille qui créa le lien avec son petit groupe.

Des évènements mais aussi des gens à qui il vouait une belle admiration : Jean Bachelot qu’il appelait son « bon maître » et dont il appréciait la culture.

Il ne tarissait pas d’éloges sur Aline Pailler, journaliste politique, son intelligence et son charme ont opéré, il n’avait de cesse de la faire connaître.

Cette passion du partage aussi sympathique soit-elle entraînait par la fougue dont il faisait preuve auprès de ses interlocuteurs une certaine forme d’asphyxie. Les plus braves en sortaient indemnes.

De son passé d’assistante sociale il gardait un dévouement et une fidélité magnifique. De son souci des laissés pour compte, des amis en difficulté il parlait peu, on la découvrait au hasard des conversations. Des gamins en déshérence qu’il réunissait autour d’une vidéo et qu’il aidait dans le travail, une famille en difficulté qu’il entourait régulièrement jusqu’à  inviter de jeunes ados à des voyages à l’étranger. Une face cachée de Gérard qui nous le rend proche.

*Henri Coing sociologue qui s’est attaché à notre arrondissement a écrit  « Rénovation urbaine et changement social » aux éditions Ouvrières

* CNT, Confédération Nationale du Travail ( de tendance libertaire)

Posted in 1 | Leave a Comment »