La Gazette du 13ème – Journal de quartier

La Gazou

Hommage à Gérard Conte

Posted by lagazou sur 25 octobre 2013


 

 

 

Notre ami Gérard

 

La Mairie du XIIIe a programmé pour le mois de septembre un ensemble d’évènements  consacré à rendre  hommage à Gérard Conte.

Du  lundi 30 septembre au vendredi 4 octobre une exposition retraçant la vie de notre historien du XIIIe sera installée à la Mairie. Le mardi 1er octobre les « Haricots rouges » groupe de musiciens élu par Gérard donneront un concert et le 3 octobre Henri Coing fameux sociologue de la rénovation du XIII° fera une conférence à propos de la rénovation de l’îlot 4*

 

 

 

Gérard Conte, un drôle de pèlerin

 

Il est né le 1er février 1931 au petit village de Gorcy en Meurthe et Moselle.

A la suite de la mort de son père, il n’avait que deux ans, sa mère déménage dans les Ardennes. A l’école primaire  sa formation de rebelle s’affirme.  Son maître lui assène que « les gauchers n’arrivent à rien dans la vie ». La réplique du petit gaucher ne tarde pas ; « Ca m’étonnerait, Léonard de Vinci était gaucher et c’était un grand peintre, il n’était pas instituteur ».

Chaque étape sera pour lui une leçon de vie, ainsi pendant l’exode il peut lire la propagande nazie et le détournement de certaines photos à la gloire des occupants. Sa méfiance pour les arguments partiaux et partiels est née.

En 1941 la famille s’installe à Niort. Lorsque la ville fut victime de destructions stupides, l’analyse des officiels lui fait comprendre la distance entre « ce qu’il a vu » et la relation qui en est faite, sa vocation d’historien est née.

Au contact de la famille libertaire, cette « graine d’anarchiste »

fréquente surtout les militants espagnols. Il se déclare alors objecteur de

Conscience, un vieil ami anarchiste lui conseille de s’engager dans le Service de Santé.

Après un stage au Val de Grâce, Gérard termine son office dans un hôpital militaire en Allemagne. Grâce à des amateurs de Francfort sur le Main il se familiarise avec la musique de Jazz.. A son retour à Paris il écume les caves de Saint Germain des Près, il rencontre Claude Luter, Boris Vian et Django Reinhardt.

Lors de ces années fastes, il fait la connaissance de celle qui deviendra sa femme en 1956, Eila Poyry. Son fils Philippe né dix ans plus tard, relate la « dose de patience et de ténacité toute nordique » qui a fait la fidélité de cette épouse venue du Nord.

Nouveau chapitre, Gérard obtient son diplôme d’assistance sociale.

A travers ces années auprès des jeunes salariés du bâtiment et des travaux publics, il est confronté aux conditions de vie du prolétariat. Ce qui l’amène au syndicalisme, il adhère à la CNT** dont il devient trésorier confédéral.

La guerre d’Algérie le voit rejoindre le réseau Jeanson et pratiquer une réelle solidarité dans certaines organisations clandestines.

Dans les années 1960 Gérard abandonne la voie sociale, déçu par l’incurie des pouvoirs publics dont il dépend pour devenir agent commercial. C’est alors qu’il fonde avec d’autres l’Association Française des Amateurs de Jazz Nouvelle Orléans. Sur la lancée, en 1974 il fonde une maison de disques, Pagmaphone, ce sera l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes.

Nouvelle étape : 1958, le couple se fixe dans le XIIIe,  une chance pour ses habitants, puisque très vite il se passionne pour l’histoire industrielle et populaire de l’arrondissement. Il adhère à la Société d’Histoire et d’Archéologie du XIIIe, publie brochures et documents principalement « C’était hier le XIIIe » deux fois réédité et malheureusement épuisé.

Gérard dans tous ses états

Pourquoi tant de haine ?

Pas question de détecter les abymes des détestations de notre ami Gérard. Nous qui l’avons fréquenté au quotidien et entendu ses violentes diatribes, nous nous sommes toujours interrogés sur l’objet de sa vindicte.

Sous le pseudonyme de Guy Chetfermé l’oncle Gérard a fait de la poste un objet de poursuite dûment entretenu. De bureau en bureau il a pu constater qu’aucune balance ne pesait le même poids pour un objet donné. Toujours dans la Gazette du 13e il s’indigne qu’une lettre postée à Ivry arrive plus vite dans le 13°  que sa sœur postée dans le 13e, inutile de dire qu’il a fait le voyage pour la banlieue plusieurs fois pour le constat. Le jour où la deuxième levée de l’après-midi a été supprimée Gérard a exprimé sa colère dans tous les lieux ouverts du quartier, l’affaire était passée sans publicité.

Parmi les sujets récurrents de l’opprobre véhément de Gérard, le Jazz moderne subventionné tient une place de choix. Au regard des pionniers du jazz Nouvelle Orléans les prétentions de l’Orchestre National de Jazz le mettent en rage.

La Gazette du XIII°’ ce grand organe de presse s’est fait l’écho d’autres indignations. Dans le numéro d’automne 1991sous le titre : « les corps étrangers du XIII° » signé Homère d’Allores, il part en guerre contre la dite-sculpture Clara-Clara. « Ces deux immenses parenthèses de ferraille ont peut-être considérées comme des œuvres d’art par certains esthètes qui se prétendent raffinés. Le seul ennui est que ces soi-disant artistes et leur thuriféraires pas toujours désintéressés se gardent bien de sévir dans leurs propres quartiers : ils veulent sans doute bénéficier de l’impunité et conserver l’estime de leur gardien d’immeuble »

A travers les pages de cette Gazette dont il fut le premier président, et cette fois sous son patronyme officiel, il se plaint amèrement que la Mairie n’ait pas jugé bon de fêter le centenaire de Panhard et Levassor. Pour notre passionné de l’histoire industrielle du 13° l’oubli reste inexpliqué : « Nous aimerions bien savoir pour quelles obscures raisons on n’a pas cru bon de célébrer dans notre arrondissement un centenaire qui aurait pourtant bien mérité de ne pas tomber dans l’oubli le plus total. »

Passions et enthousiasmes.

Chez Gérard, passions et anathèmes alternent au fil des jours et des humeurs. Il y a les passions pérennes et les autres.

La passion du jazz nouvel Orléans ne prend pas une ride au cours des ans, d’autant qu’elle se nourrit d’activités liées à cette musique : il anime des émissions de radio, participe à des rencontres et fait partie de jurys consacrés à ce style des origines. Nous avons retrouvé un enregistrement consacré à une soirée donnée à la librairie Jonas à propos de Sydney Bechet. Mêlé à la musique on entend les commentaires enflammés, on l’imagine rythmant le tempo comme il savait le faire. Lors de la réimpression de « C’était hier le XIII° » Jonas lui avait fait la surprise d’inviter son groupe préféré.

Que dire de son attachement au quartier dont il fut l’historien ? Les séances de diapositives concernant l’ancien XIII° abondement commentées par l’ami Gérard regroupaient beaucoup d’anciens, bavards autant qu’émus, une ambiance chaude, les anciens s’attendrissaient de retrouver leur école, leur bistro !!!

Ce fervent du XIII° appliquait aux textes d’invitation un humour très personnel. Ainsi pour ces projections qui avaient lieu au centre Culturel La Clef, le dernier paragraphe du texte donne la marche à suivre pour se rendre au lieu : « Il est rappelé aux personnes désireuses de se déplacer pédestrement que l’heure fixée pour le début de cette soirée est toute proche de celle du solstice d’hiver qui aura lieu très précisément 19 heures et 22 minutes après le début de notre réunion. De plus comme la rue de la Clef jouxte quasiment les pentes abruptes de la montagne Sainte Geneviève, il serait prudent, compte tenu d’une formation toujours possible de congères en cette saison, de se munir de vêtements chauds et d’un petit en-cas pour être en mesure d’attendre l’arrivée des secours dans les meilleures conditions possibles ».

Pour les visites de la Butte aux Cailles, il parlait de « l’ascension par la face nord » de ce coin du 13e qu’il affectionnait, en fonction de la mémoire vivante de la Commune de 1871. C’est d’ailleurs beaucoup à lui que l’on doit le baptême de la place de la commune de la Butte aux Cailles. C’est également à lui que l’on doit l’inauguration de la place Louis Armstrong située près des anciens studios d’enregistrement au coin de la rue Jeanne d’arc et du boulevard de l’hôpital et celle de la petite place de la bergère d’Ivry.

Passionné de Jazz, fervent de l’histoire populaire du XIII°, un intérêt qu’il savait partager pour la Langue française l’a conduit à fréquenter une association de Défense de la Langue Française, il aimait se joindre aux travaux de la structure tout en pestant contre « ces vieux réacs »,

Il adorait parler aux enfants des écoles de l’histoire du quartier, particulièrement aux élèves de CM qui posaient les bonnes questions.

Hors des passions pérennes, de multiples emballements.

Ces enthousiasmes, il les partageait avec la fougue qu’on connaît.

La découverte du sous-commandant Marcos lui a dicté une de ses grandes croisades. C’était l’objet de tous ses discours ; plus concrètement, avec  d’autres il participa à une collecte qui permit d’envoyer dans la Chiapas une jeune fille qui créa le lien avec son petit groupe.

Des évènements mais aussi des gens à qui il vouait une belle admiration : Jean Bachelot qu’il appelait son « bon maître » et dont il appréciait la culture.

Il ne tarissait pas d’éloges sur Aline Pailler, journaliste politique, son intelligence et son charme ont opéré, il n’avait de cesse de la faire connaître.

Cette passion du partage aussi sympathique soit-elle entraînait par la fougue dont il faisait preuve auprès de ses interlocuteurs une certaine forme d’asphyxie. Les plus braves en sortaient indemnes.

De son passé d’assistante sociale il gardait un dévouement et une fidélité magnifique. De son souci des laissés pour compte, des amis en difficulté il parlait peu, on la découvrait au hasard des conversations. Des gamins en déshérence qu’il réunissait autour d’une vidéo et qu’il aidait dans le travail, une famille en difficulté qu’il entourait régulièrement jusqu’à  inviter de jeunes ados à des voyages à l’étranger. Une face cachée de Gérard qui nous le rend proche.

*Henri Coing sociologue qui s’est attaché à notre arrondissement a écrit  « Rénovation urbaine et changement social » aux éditions Ouvrières

* CNT, Confédération Nationale du Travail ( de tendance libertaire)

 

 

 

Notre ami Gérard

 

La Mairie du XIIIe a programmé pour le mois de septembre un ensemble d’évènements  consacré à rendre  hommage à Gérard Conte.

Du  lundi 30 septembre au vendredi 4 octobre une exposition retraçant la vie de notre historien du XIIIe sera installée à la Mairie. Le mardi 1er octobre les « Haricots rouges » groupe de musiciens élu par Gérard donneront un concert et le 3 octobre Henri Coing fameux sociologue de la rénovation du XIII° fera une conférence à propos de la rénovation de l’îlot 4*

 

 

 

Gérard Conte, un drôle de pèlerin

 

Il est né le 1er février 1931 au petit village de Gorcy en Meurthe et Moselle.

A la suite de la mort de son père, il n’avait que deux ans, sa mère déménage dans les Ardennes. A l’école primaire  sa formation de rebelle s’affirme.  Son maître lui assène que « les gauchers n’arrivent à rien dans la vie ». La réplique du petit gaucher ne tarde pas ; « Ca m’étonnerait, Léonard de Vinci était gaucher et c’était un grand peintre, il n’était pas instituteur ».

Chaque étape sera pour lui une leçon de vie, ainsi pendant l’exode il peut lire la propagande nazie et le détournement de certaines photos à la gloire des occupants. Sa méfiance pour les arguments partiaux et partiels est née.

En 1941 la famille s’installe à Niort. Lorsque la ville fut victime de destructions stupides, l’analyse des officiels lui fait comprendre la distance entre « ce qu’il a vu » et la relation qui en est faite, sa vocation d’historien est née.

Au contact de la famille libertaire, cette « graine d’anarchiste »

fréquente surtout les militants espagnols. Il se déclare alors objecteur de

Conscience, un vieil ami anarchiste lui conseille de s’engager dans le Service de Santé.

Après un stage au Val de Grâce, Gérard termine son office dans un hôpital militaire en Allemagne. Grâce à des amateurs de Francfort sur le Main il se familiarise avec la musique de Jazz.. A son retour à Paris il écume les caves de Saint Germain des Près, il rencontre Claude Luter, Boris Vian et Django Reinhardt.

Lors de ces années fastes, il fait la connaissance de celle qui deviendra sa femme en 1956, Eila Poyry. Son fils Philippe né dix ans plus tard, relate la « dose de patience et de ténacité toute nordique » qui a fait la fidélité de cette épouse venue du Nord.

Nouveau chapitre, Gérard obtient son diplôme d’assistance sociale.

A travers ces années auprès des jeunes salariés du bâtiment et des travaux publics, il est confronté aux conditions de vie du prolétariat. Ce qui l’amène au syndicalisme, il adhère à la CNT** dont il devient trésorier confédéral.

La guerre d’Algérie le voit rejoindre le réseau Jeanson et pratiquer une réelle solidarité dans certaines organisations clandestines.

Dans les années 1960 Gérard abandonne la voie sociale, déçu par l’incurie des pouvoirs publics dont il dépend pour devenir agent commercial. C’est alors qu’il fonde avec d’autres l’Association Française des Amateurs de Jazz Nouvelle Orléans. Sur la lancée, en 1974 il fonde une maison de disques, Pagmaphone, ce sera l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes.

Nouvelle étape : 1958, le couple se fixe dans le XIIIe,  une chance pour ses habitants, puisque très vite il se passionne pour l’histoire industrielle et populaire de l’arrondissement. Il adhère à la Société d’Histoire et d’Archéologie du XIIIe, publie brochures et documents principalement « C’était hier le XIIIe » deux fois réédité et malheureusement épuisé.

Gérard dans tous ses états

Pourquoi tant de haine ?

Pas question de détecter les abymes des détestations de notre ami Gérard. Nous qui l’avons fréquenté au quotidien et entendu ses violentes diatribes, nous nous sommes toujours interrogés sur l’objet de sa vindicte.

Sous le pseudonyme de Guy Chetfermé l’oncle Gérard a fait de la poste un objet de poursuite dûment entretenu. De bureau en bureau il a pu constater qu’aucune balance ne pesait le même poids pour un objet donné. Toujours dans la Gazette du 13e il s’indigne qu’une lettre postée à Ivry arrive plus vite dans le 13°  que sa sœur postée dans le 13e, inutile de dire qu’il a fait le voyage pour la banlieue plusieurs fois pour le constat. Le jour où la deuxième levée de l’après-midi a été supprimée Gérard a exprimé sa colère dans tous les lieux ouverts du quartier, l’affaire était passée sans publicité.

Parmi les sujets récurrents de l’opprobre véhément de Gérard, le Jazz moderne subventionné tient une place de choix. Au regard des pionniers du jazz Nouvelle Orléans les prétentions de l’Orchestre National de Jazz le mettent en rage.

La Gazette du XIII°’ ce grand organe de presse s’est fait l’écho d’autres indignations. Dans le numéro d’automne 1991sous le titre : « les corps étrangers du XIII° » signé Homère d’Allores, il part en guerre contre la dite-sculpture Clara-Clara. « Ces deux immenses parenthèses de ferraille ont peut-être considérées comme des œuvres d’art par certains esthètes qui se prétendent raffinés. Le seul ennui est que ces soi-disant artistes et leur thuriféraires pas toujours désintéressés se gardent bien de sévir dans leurs propres quartiers : ils veulent sans doute bénéficier de l’impunité et conserver l’estime de leur gardien d’immeuble »

A travers les pages de cette Gazette dont il fut le premier président, et cette fois sous son patronyme officiel, il se plaint amèrement que la Mairie n’ait pas jugé bon de fêter le centenaire de Panhard et Levassor. Pour notre passionné de l’histoire industrielle du 13° l’oubli reste inexpliqué : « Nous aimerions bien savoir pour quelles obscures raisons on n’a pas cru bon de célébrer dans notre arrondissement un centenaire qui aurait pourtant bien mérité de ne pas tomber dans l’oubli le plus total. »

Passions et enthousiasmes.

Chez Gérard, passions et anathèmes alternent au fil des jours et des humeurs. Il y a les passions pérennes et les autres.

La passion du jazz nouvel Orléans ne prend pas une ride au cours des ans, d’autant qu’elle se nourrit d’activités liées à cette musique : il anime des émissions de radio, participe à des rencontres et fait partie de jurys consacrés à ce style des origines. Nous avons retrouvé un enregistrement consacré à une soirée donnée à la librairie Jonas à propos de Sydney Bechet. Mêlé à la musique on entend les commentaires enflammés, on l’imagine rythmant le tempo comme il savait le faire. Lors de la réimpression de « C’était hier le XIII° » Jonas lui avait fait la surprise d’inviter son groupe préféré.

Que dire de son attachement au quartier dont il fut l’historien ? Les séances de diapositives concernant l’ancien XIII° abondement commentées par l’ami Gérard regroupaient beaucoup d’anciens, bavards autant qu’émus, une ambiance chaude, les anciens s’attendrissaient de retrouver leur école, leur bistro !!!

Ce fervent du XIII° appliquait aux textes d’invitation un humour très personnel. Ainsi pour ces projections qui avaient lieu au centre Culturel La Clef, le dernier paragraphe du texte donne la marche à suivre pour se rendre au lieu : « Il est rappelé aux personnes désireuses de se déplacer pédestrement que l’heure fixée pour le début de cette soirée est toute proche de celle du solstice d’hiver qui aura lieu très précisément 19 heures et 22 minutes après le début de notre réunion. De plus comme la rue de la Clef jouxte quasiment les pentes abruptes de la montagne Sainte Geneviève, il serait prudent, compte tenu d’une formation toujours possible de congères en cette saison, de se munir de vêtements chauds et d’un petit en-cas pour être en mesure d’attendre l’arrivée des secours dans les meilleures conditions possibles ».

Pour les visites de la Butte aux Cailles, il parlait de « l’ascension par la face nord » de ce coin du 13e qu’il affectionnait, en fonction de la mémoire vivante de la Commune de 1871. C’est d’ailleurs beaucoup à lui que l’on doit le baptême de la place de la commune de la Butte aux Cailles. C’est également à lui que l’on doit l’inauguration de la place Louis Armstrong située près des anciens studios d’enregistrement au coin de la rue Jeanne d’arc et du boulevard de l’hôpital et celle de la petite place de la bergère d’Ivry.

Passionné de Jazz, fervent de l’histoire populaire du XIII°, un intérêt qu’il savait partager pour la Langue française l’a conduit à fréquenter une association de Défense de la Langue Française, il aimait se joindre aux travaux de la structure tout en pestant contre « ces vieux réacs »,

Il adorait parler aux enfants des écoles de l’histoire du quartier, particulièrement aux élèves de CM qui posaient les bonnes questions.

Hors des passions pérennes, de multiples emballements.

Ces enthousiasmes, il les partageait avec la fougue qu’on connaît.

La découverte du sous-commandant Marcos lui a dicté une de ses grandes croisades. C’était l’objet de tous ses discours ; plus concrètement, avec  d’autres il participa à une collecte qui permit d’envoyer dans la Chiapas une jeune fille qui créa le lien avec son petit groupe.

Des évènements mais aussi des gens à qui il vouait une belle admiration : Jean Bachelot qu’il appelait son « bon maître » et dont il appréciait la culture.

Il ne tarissait pas d’éloges sur Aline Pailler, journaliste politique, son intelligence et son charme ont opéré, il n’avait de cesse de la faire connaître.

Cette passion du partage aussi sympathique soit-elle entraînait par la fougue dont il faisait preuve auprès de ses interlocuteurs une certaine forme d’asphyxie. Les plus braves en sortaient indemnes.

De son passé d’assistante sociale il gardait un dévouement et une fidélité magnifique. De son souci des laissés pour compte, des amis en difficulté il parlait peu, on la découvrait au hasard des conversations. Des gamins en déshérence qu’il réunissait autour d’une vidéo et qu’il aidait dans le travail, une famille en difficulté qu’il entourait régulièrement jusqu’à  inviter de jeunes ados à des voyages à l’étranger. Une face cachée de Gérard qui nous le rend proche.

*Henri Coing sociologue qui s’est attaché à notre arrondissement a écrit  « Rénovation urbaine et changement social » aux éditions Ouvrières

* CNT, Confédération Nationale du Travail ( de tendance libertaire)

 

 

 

Notre ami Gérard

 

La Mairie du XIIIe a programmé pour le mois de septembre un ensemble d’évènements  consacré à rendre  hommage à Gérard Conte.

Du  lundi 30 septembre au vendredi 4 octobre une exposition retraçant la vie de notre historien du XIIIe sera installée à la Mairie. Le mardi 1er octobre les « Haricots rouges » groupe de musiciens élu par Gérard donneront un concert et le 3 octobre Henri Coing fameux sociologue de la rénovation du XIII° fera une conférence à propos de la rénovation de l’îlot 4*

 

 

 

Gérard Conte, un drôle de pèlerin

 

Il est né le 1er février 1931 au petit village de Gorcy en Meurthe et Moselle.

A la suite de la mort de son père, il n’avait que deux ans, sa mère déménage dans les Ardennes. A l’école primaire  sa formation de rebelle s’affirme.  Son maître lui assène que « les gauchers n’arrivent à rien dans la vie ». La réplique du petit gaucher ne tarde pas ; « Ca m’étonnerait, Léonard de Vinci était gaucher et c’était un grand peintre, il n’était pas instituteur ».

Chaque étape sera pour lui une leçon de vie, ainsi pendant l’exode il peut lire la propagande nazie et le détournement de certaines photos à la gloire des occupants. Sa méfiance pour les arguments partiaux et partiels est née.

En 1941 la famille s’installe à Niort. Lorsque la ville fut victime de destructions stupides, l’analyse des officiels lui fait comprendre la distance entre « ce qu’il a vu » et la relation qui en est faite, sa vocation d’historien est née.

Au contact de la famille libertaire, cette « graine d’anarchiste »

fréquente surtout les militants espagnols. Il se déclare alors objecteur de

Conscience, un vieil ami anarchiste lui conseille de s’engager dans le Service de Santé.

Après un stage au Val de Grâce, Gérard termine son office dans un hôpital militaire en Allemagne. Grâce à des amateurs de Francfort sur le Main il se familiarise avec la musique de Jazz.. A son retour à Paris il écume les caves de Saint Germain des Près, il rencontre Claude Luter, Boris Vian et Django Reinhardt.

Lors de ces années fastes, il fait la connaissance de celle qui deviendra sa femme en 1956, Eila Poyry. Son fils Philippe né dix ans plus tard, relate la « dose de patience et de ténacité toute nordique » qui a fait la fidélité de cette épouse venue du Nord.

Nouveau chapitre, Gérard obtient son diplôme d’assistance sociale.

A travers ces années auprès des jeunes salariés du bâtiment et des travaux publics, il est confronté aux conditions de vie du prolétariat. Ce qui l’amène au syndicalisme, il adhère à la CNT** dont il devient trésorier confédéral.

La guerre d’Algérie le voit rejoindre le réseau Jeanson et pratiquer une réelle solidarité dans certaines organisations clandestines.

Dans les années 1960 Gérard abandonne la voie sociale, déçu par l’incurie des pouvoirs publics dont il dépend pour devenir agent commercial. C’est alors qu’il fonde avec d’autres l’Association Française des Amateurs de Jazz Nouvelle Orléans. Sur la lancée, en 1974 il fonde une maison de disques, Pagmaphone, ce sera l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes.

Nouvelle étape : 1958, le couple se fixe dans le XIIIe,  une chance pour ses habitants, puisque très vite il se passionne pour l’histoire industrielle et populaire de l’arrondissement. Il adhère à la Société d’Histoire et d’Archéologie du XIIIe, publie brochures et documents principalement « C’était hier le XIIIe » deux fois réédité et malheureusement épuisé.

Gérard dans tous ses états

Pourquoi tant de haine ?

Pas question de détecter les abymes des détestations de notre ami Gérard. Nous qui l’avons fréquenté au quotidien et entendu ses violentes diatribes, nous nous sommes toujours interrogés sur l’objet de sa vindicte.

Sous le pseudonyme de Guy Chetfermé l’oncle Gérard a fait de la poste un objet de poursuite dûment entretenu. De bureau en bureau il a pu constater qu’aucune balance ne pesait le même poids pour un objet donné. Toujours dans la Gazette du 13e il s’indigne qu’une lettre postée à Ivry arrive plus vite dans le 13°  que sa sœur postée dans le 13e, inutile de dire qu’il a fait le voyage pour la banlieue plusieurs fois pour le constat. Le jour où la deuxième levée de l’après-midi a été supprimée Gérard a exprimé sa colère dans tous les lieux ouverts du quartier, l’affaire était passée sans publicité.

Parmi les sujets récurrents de l’opprobre véhément de Gérard, le Jazz moderne subventionné tient une place de choix. Au regard des pionniers du jazz Nouvelle Orléans les prétentions de l’Orchestre National de Jazz le mettent en rage.

La Gazette du XIII°’ ce grand organe de presse s’est fait l’écho d’autres indignations. Dans le numéro d’automne 1991sous le titre : « les corps étrangers du XIII° » signé Homère d’Allores, il part en guerre contre la dite-sculpture Clara-Clara. « Ces deux immenses parenthèses de ferraille ont peut-être considérées comme des œuvres d’art par certains esthètes qui se prétendent raffinés. Le seul ennui est que ces soi-disant artistes et leur thuriféraires pas toujours désintéressés se gardent bien de sévir dans leurs propres quartiers : ils veulent sans doute bénéficier de l’impunité et conserver l’estime de leur gardien d’immeuble »

A travers les pages de cette Gazette dont il fut le premier président, et cette fois sous son patronyme officiel, il se plaint amèrement que la Mairie n’ait pas jugé bon de fêter le centenaire de Panhard et Levassor. Pour notre passionné de l’histoire industrielle du 13° l’oubli reste inexpliqué : « Nous aimerions bien savoir pour quelles obscures raisons on n’a pas cru bon de célébrer dans notre arrondissement un centenaire qui aurait pourtant bien mérité de ne pas tomber dans l’oubli le plus total. »

Passions et enthousiasmes.

Chez Gérard, passions et anathèmes alternent au fil des jours et des humeurs. Il y a les passions pérennes et les autres.

La passion du jazz nouvel Orléans ne prend pas une ride au cours des ans, d’autant qu’elle se nourrit d’activités liées à cette musique : il anime des émissions de radio, participe à des rencontres et fait partie de jurys consacrés à ce style des origines. Nous avons retrouvé un enregistrement consacré à une soirée donnée à la librairie Jonas à propos de Sydney Bechet. Mêlé à la musique on entend les commentaires enflammés, on l’imagine rythmant le tempo comme il savait le faire. Lors de la réimpression de « C’était hier le XIII° » Jonas lui avait fait la surprise d’inviter son groupe préféré.

Que dire de son attachement au quartier dont il fut l’historien ? Les séances de diapositives concernant l’ancien XIII° abondement commentées par l’ami Gérard regroupaient beaucoup d’anciens, bavards autant qu’émus, une ambiance chaude, les anciens s’attendrissaient de retrouver leur école, leur bistro !!!

Ce fervent du XIII° appliquait aux textes d’invitation un humour très personnel. Ainsi pour ces projections qui avaient lieu au centre Culturel La Clef, le dernier paragraphe du texte donne la marche à suivre pour se rendre au lieu : « Il est rappelé aux personnes désireuses de se déplacer pédestrement que l’heure fixée pour le début de cette soirée est toute proche de celle du solstice d’hiver qui aura lieu très précisément 19 heures et 22 minutes après le début de notre réunion. De plus comme la rue de la Clef jouxte quasiment les pentes abruptes de la montagne Sainte Geneviève, il serait prudent, compte tenu d’une formation toujours possible de congères en cette saison, de se munir de vêtements chauds et d’un petit en-cas pour être en mesure d’attendre l’arrivée des secours dans les meilleures conditions possibles ».

Pour les visites de la Butte aux Cailles, il parlait de « l’ascension par la face nord » de ce coin du 13e qu’il affectionnait, en fonction de la mémoire vivante de la Commune de 1871. C’est d’ailleurs beaucoup à lui que l’on doit le baptême de la place de la commune de la Butte aux Cailles. C’est également à lui que l’on doit l’inauguration de la place Louis Armstrong située près des anciens studios d’enregistrement au coin de la rue Jeanne d’arc et du boulevard de l’hôpital et celle de la petite place de la bergère d’Ivry.

Passionné de Jazz, fervent de l’histoire populaire du XIII°, un intérêt qu’il savait partager pour la Langue française l’a conduit à fréquenter une association de Défense de la Langue Française, il aimait se joindre aux travaux de la structure tout en pestant contre « ces vieux réacs »,

Il adorait parler aux enfants des écoles de l’histoire du quartier, particulièrement aux élèves de CM qui posaient les bonnes questions.

Hors des passions pérennes, de multiples emballements.

Ces enthousiasmes, il les partageait avec la fougue qu’on connaît.

La découverte du sous-commandant Marcos lui a dicté une de ses grandes croisades. C’était l’objet de tous ses discours ; plus concrètement, avec  d’autres il participa à une collecte qui permit d’envoyer dans la Chiapas une jeune fille qui créa le lien avec son petit groupe.

Des évènements mais aussi des gens à qui il vouait une belle admiration : Jean Bachelot qu’il appelait son « bon maître » et dont il appréciait la culture.

Il ne tarissait pas d’éloges sur Aline Pailler, journaliste politique, son intelligence et son charme ont opéré, il n’avait de cesse de la faire connaître.

Cette passion du partage aussi sympathique soit-elle entraînait par la fougue dont il faisait preuve auprès de ses interlocuteurs une certaine forme d’asphyxie. Les plus braves en sortaient indemnes.

De son passé d’assistante sociale il gardait un dévouement et une fidélité magnifique. De son souci des laissés pour compte, des amis en difficulté il parlait peu, on la découvrait au hasard des conversations. Des gamins en déshérence qu’il réunissait autour d’une vidéo et qu’il aidait dans le travail, une famille en difficulté qu’il entourait régulièrement jusqu’à  inviter de jeunes ados à des voyages à l’étranger. Une face cachée de Gérard qui nous le rend proche.

*Henri Coing sociologue qui s’est attaché à notre arrondissement a écrit  « Rénovation urbaine et changement social » aux éditions Ouvrières

* CNT, Confédération Nationale du Travail ( de tendance libertaire)

 

 

 

Notre ami Gérard

 

La Mairie du XIIIe a programmé pour le mois de septembre un ensemble d’évènements  consacré à rendre  hommage à Gérard Conte.

Du  lundi 30 septembre au vendredi 4 octobre une exposition retraçant la vie de notre historien du XIIIe sera installée à la Mairie. Le mardi 1er octobre les « Haricots rouges » groupe de musiciens élu par Gérard donneront un concert et le 3 octobre Henri Coing fameux sociologue de la rénovation du XIII° fera une conférence à propos de la rénovation de l’îlot 4*

 

 

 

Gérard Conte, un drôle de pèlerin

 

Il est né le 1er février 1931 au petit village de Gorcy en Meurthe et Moselle.

A la suite de la mort de son père, il n’avait que deux ans, sa mère déménage dans les Ardennes. A l’école primaire  sa formation de rebelle s’affirme.  Son maître lui assène que « les gauchers n’arrivent à rien dans la vie ». La réplique du petit gaucher ne tarde pas ; « Ca m’étonnerait, Léonard de Vinci était gaucher et c’était un grand peintre, il n’était pas instituteur ».

Chaque étape sera pour lui une leçon de vie, ainsi pendant l’exode il peut lire la propagande nazie et le détournement de certaines photos à la gloire des occupants. Sa méfiance pour les arguments partiaux et partiels est née.

En 1941 la famille s’installe à Niort. Lorsque la ville fut victime de destructions stupides, l’analyse des officiels lui fait comprendre la distance entre « ce qu’il a vu » et la relation qui en est faite, sa vocation d’historien est née.

Au contact de la famille libertaire, cette « graine d’anarchiste »

fréquente surtout les militants espagnols. Il se déclare alors objecteur de

Conscience, un vieil ami anarchiste lui conseille de s’engager dans le Service de Santé.

Après un stage au Val de Grâce, Gérard termine son office dans un hôpital militaire en Allemagne. Grâce à des amateurs de Francfort sur le Main il se familiarise avec la musique de Jazz.. A son retour à Paris il écume les caves de Saint Germain des Près, il rencontre Claude Luter, Boris Vian et Django Reinhardt.

Lors de ces années fastes, il fait la connaissance de celle qui deviendra sa femme en 1956, Eila Poyry. Son fils Philippe né dix ans plus tard, relate la « dose de patience et de ténacité toute nordique » qui a fait la fidélité de cette épouse venue du Nord.

Nouveau chapitre, Gérard obtient son diplôme d’assistance sociale.

A travers ces années auprès des jeunes salariés du bâtiment et des travaux publics, il est confronté aux conditions de vie du prolétariat. Ce qui l’amène au syndicalisme, il adhère à la CNT** dont il devient trésorier confédéral.

La guerre d’Algérie le voit rejoindre le réseau Jeanson et pratiquer une réelle solidarité dans certaines organisations clandestines.

Dans les années 1960 Gérard abandonne la voie sociale, déçu par l’incurie des pouvoirs publics dont il dépend pour devenir agent commercial. C’est alors qu’il fonde avec d’autres l’Association Française des Amateurs de Jazz Nouvelle Orléans. Sur la lancée, en 1974 il fonde une maison de disques, Pagmaphone, ce sera l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes.

Nouvelle étape : 1958, le couple se fixe dans le XIIIe,  une chance pour ses habitants, puisque très vite il se passionne pour l’histoire industrielle et populaire de l’arrondissement. Il adhère à la Société d’Histoire et d’Archéologie du XIIIe, publie brochures et documents principalement « C’était hier le XIIIe » deux fois réédité et malheureusement épuisé.

Gérard dans tous ses états

Pourquoi tant de haine ?

Pas question de détecter les abymes des détestations de notre ami Gérard. Nous qui l’avons fréquenté au quotidien et entendu ses violentes diatribes, nous nous sommes toujours interrogés sur l’objet de sa vindicte.

Sous le pseudonyme de Guy Chetfermé l’oncle Gérard a fait de la poste un objet de poursuite dûment entretenu. De bureau en bureau il a pu constater qu’aucune balance ne pesait le même poids pour un objet donné. Toujours dans la Gazette du 13e il s’indigne qu’une lettre postée à Ivry arrive plus vite dans le 13°  que sa sœur postée dans le 13e, inutile de dire qu’il a fait le voyage pour la banlieue plusieurs fois pour le constat. Le jour où la deuxième levée de l’après-midi a été supprimée Gérard a exprimé sa colère dans tous les lieux ouverts du quartier, l’affaire était passée sans publicité.

Parmi les sujets récurrents de l’opprobre véhément de Gérard, le Jazz moderne subventionné tient une place de choix. Au regard des pionniers du jazz Nouvelle Orléans les prétentions de l’Orchestre National de Jazz le mettent en rage.

La Gazette du XIII°’ ce grand organe de presse s’est fait l’écho d’autres indignations. Dans le numéro d’automne 1991sous le titre : « les corps étrangers du XIII° » signé Homère d’Allores, il part en guerre contre la dite-sculpture Clara-Clara. « Ces deux immenses parenthèses de ferraille ont peut-être considérées comme des œuvres d’art par certains esthètes qui se prétendent raffinés. Le seul ennui est que ces soi-disant artistes et leur thuriféraires pas toujours désintéressés se gardent bien de sévir dans leurs propres quartiers : ils veulent sans doute bénéficier de l’impunité et conserver l’estime de leur gardien d’immeuble »

A travers les pages de cette Gazette dont il fut le premier président, et cette fois sous son patronyme officiel, il se plaint amèrement que la Mairie n’ait pas jugé bon de fêter le centenaire de Panhard et Levassor. Pour notre passionné de l’histoire industrielle du 13° l’oubli reste inexpliqué : « Nous aimerions bien savoir pour quelles obscures raisons on n’a pas cru bon de célébrer dans notre arrondissement un centenaire qui aurait pourtant bien mérité de ne pas tomber dans l’oubli le plus total. »

Passions et enthousiasmes.

Chez Gérard, passions et anathèmes alternent au fil des jours et des humeurs. Il y a les passions pérennes et les autres.

La passion du jazz nouvel Orléans ne prend pas une ride au cours des ans, d’autant qu’elle se nourrit d’activités liées à cette musique : il anime des émissions de radio, participe à des rencontres et fait partie de jurys consacrés à ce style des origines. Nous avons retrouvé un enregistrement consacré à une soirée donnée à la librairie Jonas à propos de Sydney Bechet. Mêlé à la musique on entend les commentaires enflammés, on l’imagine rythmant le tempo comme il savait le faire. Lors de la réimpression de « C’était hier le XIII° » Jonas lui avait fait la surprise d’inviter son groupe préféré.

Que dire de son attachement au quartier dont il fut l’historien ? Les séances de diapositives concernant l’ancien XIII° abondement commentées par l’ami Gérard regroupaient beaucoup d’anciens, bavards autant qu’émus, une ambiance chaude, les anciens s’attendrissaient de retrouver leur école, leur bistro !!!

Ce fervent du XIII° appliquait aux textes d’invitation un humour très personnel. Ainsi pour ces projections qui avaient lieu au centre Culturel La Clef, le dernier paragraphe du texte donne la marche à suivre pour se rendre au lieu : « Il est rappelé aux personnes désireuses de se déplacer pédestrement que l’heure fixée pour le début de cette soirée est toute proche de celle du solstice d’hiver qui aura lieu très précisément 19 heures et 22 minutes après le début de notre réunion. De plus comme la rue de la Clef jouxte quasiment les pentes abruptes de la montagne Sainte Geneviève, il serait prudent, compte tenu d’une formation toujours possible de congères en cette saison, de se munir de vêtements chauds et d’un petit en-cas pour être en mesure d’attendre l’arrivée des secours dans les meilleures conditions possibles ».

Pour les visites de la Butte aux Cailles, il parlait de « l’ascension par la face nord » de ce coin du 13e qu’il affectionnait, en fonction de la mémoire vivante de la Commune de 1871. C’est d’ailleurs beaucoup à lui que l’on doit le baptême de la place de la commune de la Butte aux Cailles. C’est également à lui que l’on doit l’inauguration de la place Louis Armstrong située près des anciens studios d’enregistrement au coin de la rue Jeanne d’arc et du boulevard de l’hôpital et celle de la petite place de la bergère d’Ivry.

Passionné de Jazz, fervent de l’histoire populaire du XIII°, un intérêt qu’il savait partager pour la Langue française l’a conduit à fréquenter une association de Défense de la Langue Française, il aimait se joindre aux travaux de la structure tout en pestant contre « ces vieux réacs »,

Il adorait parler aux enfants des écoles de l’histoire du quartier, particulièrement aux élèves de CM qui posaient les bonnes questions.

Hors des passions pérennes, de multiples emballements.

Ces enthousiasmes, il les partageait avec la fougue qu’on connaît.

La découverte du sous-commandant Marcos lui a dicté une de ses grandes croisades. C’était l’objet de tous ses discours ; plus concrètement, avec  d’autres il participa à une collecte qui permit d’envoyer dans la Chiapas une jeune fille qui créa le lien avec son petit groupe.

Des évènements mais aussi des gens à qui il vouait une belle admiration : Jean Bachelot qu’il appelait son « bon maître » et dont il appréciait la culture.

Il ne tarissait pas d’éloges sur Aline Pailler, journaliste politique, son intelligence et son charme ont opéré, il n’avait de cesse de la faire connaître.

Cette passion du partage aussi sympathique soit-elle entraînait par la fougue dont il faisait preuve auprès de ses interlocuteurs une certaine forme d’asphyxie. Les plus braves en sortaient indemnes.

De son passé d’assistante sociale il gardait un dévouement et une fidélité magnifique. De son souci des laissés pour compte, des amis en difficulté il parlait peu, on la découvrait au hasard des conversations. Des gamins en déshérence qu’il réunissait autour d’une vidéo et qu’il aidait dans le travail, une famille en difficulté qu’il entourait régulièrement jusqu’à  inviter de jeunes ados à des voyages à l’étranger. Une face cachée de Gérard qui nous le rend proche.

*Henri Coing sociologue qui s’est attaché à notre arrondissement a écrit  « Rénovation urbaine et changement social » aux éditions Ouvrières

* CNT, Confédération Nationale du Travail ( de tendance libertaire)

 

 

 

Notre ami Gérard

 

La Mairie du XIIIe a programmé pour le mois de septembre un ensemble d’évènements  consacré à rendre  hommage à Gérard Conte.

Du  lundi 30 septembre au vendredi 4 octobre une exposition retraçant la vie de notre historien du XIIIe sera installée à la Mairie. Le mardi 1er octobre les « Haricots rouges » groupe de musiciens élu par Gérard donneront un concert et le 3 octobre Henri Coing fameux sociologue de la rénovation du XIII° fera une conférence à propos de la rénovation de l’îlot 4*

 

 

 

Gérard Conte, un drôle de pèlerin

 

Il est né le 1er février 1931 au petit village de Gorcy en Meurthe et Moselle.

A la suite de la mort de son père, il n’avait que deux ans, sa mère déménage dans les Ardennes. A l’école primaire  sa formation de rebelle s’affirme.  Son maître lui assène que « les gauchers n’arrivent à rien dans la vie ». La réplique du petit gaucher ne tarde pas ; « Ca m’étonnerait, Léonard de Vinci était gaucher et c’était un grand peintre, il n’était pas instituteur ».

Chaque étape sera pour lui une leçon de vie, ainsi pendant l’exode il peut lire la propagande nazie et le détournement de certaines photos à la gloire des occupants. Sa méfiance pour les arguments partiaux et partiels est née.

En 1941 la famille s’installe à Niort. Lorsque la ville fut victime de destructions stupides, l’analyse des officiels lui fait comprendre la distance entre « ce qu’il a vu » et la relation qui en est faite, sa vocation d’historien est née.

Au contact de la famille libertaire, cette « graine d’anarchiste »

fréquente surtout les militants espagnols. Il se déclare alors objecteur de

Conscience, un vieil ami anarchiste lui conseille de s’engager dans le Service de Santé.

Après un stage au Val de Grâce, Gérard termine son office dans un hôpital militaire en Allemagne. Grâce à des amateurs de Francfort sur le Main il se familiarise avec la musique de Jazz.. A son retour à Paris il écume les caves de Saint Germain des Près, il rencontre Claude Luter, Boris Vian et Django Reinhardt.

Lors de ces années fastes, il fait la connaissance de celle qui deviendra sa femme en 1956, Eila Poyry. Son fils Philippe né dix ans plus tard, relate la « dose de patience et de ténacité toute nordique » qui a fait la fidélité de cette épouse venue du Nord.

Nouveau chapitre, Gérard obtient son diplôme d’assistance sociale.

A travers ces années auprès des jeunes salariés du bâtiment et des travaux publics, il est confronté aux conditions de vie du prolétariat. Ce qui l’amène au syndicalisme, il adhère à la CNT** dont il devient trésorier confédéral.

La guerre d’Algérie le voit rejoindre le réseau Jeanson et pratiquer une réelle solidarité dans certaines organisations clandestines.

Dans les années 1960 Gérard abandonne la voie sociale, déçu par l’incurie des pouvoirs publics dont il dépend pour devenir agent commercial. C’est alors qu’il fonde avec d’autres l’Association Française des Amateurs de Jazz Nouvelle Orléans. Sur la lancée, en 1974 il fonde une maison de disques, Pagmaphone, ce sera l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes.

Nouvelle étape : 1958, le couple se fixe dans le XIIIe,  une chance pour ses habitants, puisque très vite il se passionne pour l’histoire industrielle et populaire de l’arrondissement. Il adhère à la Société d’Histoire et d’Archéologie du XIIIe, publie brochures et documents principalement « C’était hier le XIIIe » deux fois réédité et malheureusement épuisé.

Gérard dans tous ses états

Pourquoi tant de haine ?

Pas question de détecter les abymes des détestations de notre ami Gérard. Nous qui l’avons fréquenté au quotidien et entendu ses violentes diatribes, nous nous sommes toujours interrogés sur l’objet de sa vindicte.

Sous le pseudonyme de Guy Chetfermé l’oncle Gérard a fait de la poste un objet de poursuite dûment entretenu. De bureau en bureau il a pu constater qu’aucune balance ne pesait le même poids pour un objet donné. Toujours dans la Gazette du 13e il s’indigne qu’une lettre postée à Ivry arrive plus vite dans le 13°  que sa sœur postée dans le 13e, inutile de dire qu’il a fait le voyage pour la banlieue plusieurs fois pour le constat. Le jour où la deuxième levée de l’après-midi a été supprimée Gérard a exprimé sa colère dans tous les lieux ouverts du quartier, l’affaire était passée sans publicité.

Parmi les sujets récurrents de l’opprobre véhément de Gérard, le Jazz moderne subventionné tient une place de choix. Au regard des pionniers du jazz Nouvelle Orléans les prétentions de l’Orchestre National de Jazz le mettent en rage.

La Gazette du XIII°’ ce grand organe de presse s’est fait l’écho d’autres indignations. Dans le numéro d’automne 1991sous le titre : « les corps étrangers du XIII° » signé Homère d’Allores, il part en guerre contre la dite-sculpture Clara-Clara. « Ces deux immenses parenthèses de ferraille ont peut-être considérées comme des œuvres d’art par certains esthètes qui se prétendent raffinés. Le seul ennui est que ces soi-disant artistes et leur thuriféraires pas toujours désintéressés se gardent bien de sévir dans leurs propres quartiers : ils veulent sans doute bénéficier de l’impunité et conserver l’estime de leur gardien d’immeuble »

A travers les pages de cette Gazette dont il fut le premier président, et cette fois sous son patronyme officiel, il se plaint amèrement que la Mairie n’ait pas jugé bon de fêter le centenaire de Panhard et Levassor. Pour notre passionné de l’histoire industrielle du 13° l’oubli reste inexpliqué : « Nous aimerions bien savoir pour quelles obscures raisons on n’a pas cru bon de célébrer dans notre arrondissement un centenaire qui aurait pourtant bien mérité de ne pas tomber dans l’oubli le plus total. »

Passions et enthousiasmes.

Chez Gérard, passions et anathèmes alternent au fil des jours et des humeurs. Il y a les passions pérennes et les autres.

La passion du jazz nouvel Orléans ne prend pas une ride au cours des ans, d’autant qu’elle se nourrit d’activités liées à cette musique : il anime des émissions de radio, participe à des rencontres et fait partie de jurys consacrés à ce style des origines. Nous avons retrouvé un enregistrement consacré à une soirée donnée à la librairie Jonas à propos de Sydney Bechet. Mêlé à la musique on entend les commentaires enflammés, on l’imagine rythmant le tempo comme il savait le faire. Lors de la réimpression de « C’était hier le XIII° » Jonas lui avait fait la surprise d’inviter son groupe préféré.

Que dire de son attachement au quartier dont il fut l’historien ? Les séances de diapositives concernant l’ancien XIII° abondement commentées par l’ami Gérard regroupaient beaucoup d’anciens, bavards autant qu’émus, une ambiance chaude, les anciens s’attendrissaient de retrouver leur école, leur bistro !!!

Ce fervent du XIII° appliquait aux textes d’invitation un humour très personnel. Ainsi pour ces projections qui avaient lieu au centre Culturel La Clef, le dernier paragraphe du texte donne la marche à suivre pour se rendre au lieu : « Il est rappelé aux personnes désireuses de se déplacer pédestrement que l’heure fixée pour le début de cette soirée est toute proche de celle du solstice d’hiver qui aura lieu très précisément 19 heures et 22 minutes après le début de notre réunion. De plus comme la rue de la Clef jouxte quasiment les pentes abruptes de la montagne Sainte Geneviève, il serait prudent, compte tenu d’une formation toujours possible de congères en cette saison, de se munir de vêtements chauds et d’un petit en-cas pour être en mesure d’attendre l’arrivée des secours dans les meilleures conditions possibles ».

Pour les visites de la Butte aux Cailles, il parlait de « l’ascension par la face nord » de ce coin du 13e qu’il affectionnait, en fonction de la mémoire vivante de la Commune de 1871. C’est d’ailleurs beaucoup à lui que l’on doit le baptême de la place de la commune de la Butte aux Cailles. C’est également à lui que l’on doit l’inauguration de la place Louis Armstrong située près des anciens studios d’enregistrement au coin de la rue Jeanne d’arc et du boulevard de l’hôpital et celle de la petite place de la bergère d’Ivry.

Passionné de Jazz, fervent de l’histoire populaire du XIII°, un intérêt qu’il savait partager pour la Langue française l’a conduit à fréquenter une association de Défense de la Langue Française, il aimait se joindre aux travaux de la structure tout en pestant contre « ces vieux réacs »,

Il adorait parler aux enfants des écoles de l’histoire du quartier, particulièrement aux élèves de CM qui posaient les bonnes questions.

Hors des passions pérennes, de multiples emballements.

Ces enthousiasmes, il les partageait avec la fougue qu’on connaît.

La découverte du sous-commandant Marcos lui a dicté une de ses grandes croisades. C’était l’objet de tous ses discours ; plus concrètement, avec  d’autres il participa à une collecte qui permit d’envoyer dans la Chiapas une jeune fille qui créa le lien avec son petit groupe.

Des évènements mais aussi des gens à qui il vouait une belle admiration : Jean Bachelot qu’il appelait son « bon maître » et dont il appréciait la culture.

Il ne tarissait pas d’éloges sur Aline Pailler, journaliste politique, son intelligence et son charme ont opéré, il n’avait de cesse de la faire connaître.

Cette passion du partage aussi sympathique soit-elle entraînait par la fougue dont il faisait preuve auprès de ses interlocuteurs une certaine forme d’asphyxie. Les plus braves en sortaient indemnes.

De son passé d’assistante sociale il gardait un dévouement et une fidélité magnifique. De son souci des laissés pour compte, des amis en difficulté il parlait peu, on la découvrait au hasard des conversations. Des gamins en déshérence qu’il réunissait autour d’une vidéo et qu’il aidait dans le travail, une famille en difficulté qu’il entourait régulièrement jusqu’à  inviter de jeunes ados à des voyages à l’étranger. Une face cachée de Gérard qui nous le rend proche.

*Henri Coing sociologue qui s’est attaché à notre arrondissement a écrit  « Rénovation urbaine et changement social » aux éditions Ouvrières

* CNT, Confédération Nationale du Travail ( de tendance libertaire)

 

 

 

Notre ami Gérard

 

La Mairie du XIIIe a programmé pour le mois de septembre un ensemble d’évènements  consacré à rendre  hommage à Gérard Conte.

Du  lundi 30 septembre au vendredi 4 octobre une exposition retraçant la vie de notre historien du XIIIe sera installée à la Mairie. Le mardi 1er octobre les « Haricots rouges » groupe de musiciens élu par Gérard donneront un concert et le 3 octobre Henri Coing fameux sociologue de la rénovation du XIII° fera une conférence à propos de la rénovation de l’îlot 4*

 

 

 

Gérard Conte, un drôle de pèlerin

 

Il est né le 1er février 1931 au petit village de Gorcy en Meurthe et Moselle.

A la suite de la mort de son père, il n’avait que deux ans, sa mère déménage dans les Ardennes. A l’école primaire  sa formation de rebelle s’affirme.  Son maître lui assène que « les gauchers n’arrivent à rien dans la vie ». La réplique du petit gaucher ne tarde pas ; « Ca m’étonnerait, Léonard de Vinci était gaucher et c’était un grand peintre, il n’était pas instituteur ».

Chaque étape sera pour lui une leçon de vie, ainsi pendant l’exode il peut lire la propagande nazie et le détournement de certaines photos à la gloire des occupants. Sa méfiance pour les arguments partiaux et partiels est née.

En 1941 la famille s’installe à Niort. Lorsque la ville fut victime de destructions stupides, l’analyse des officiels lui fait comprendre la distance entre « ce qu’il a vu » et la relation qui en est faite, sa vocation d’historien est née.

Au contact de la famille libertaire, cette « graine d’anarchiste »

fréquente surtout les militants espagnols. Il se déclare alors objecteur de

Conscience, un vieil ami anarchiste lui conseille de s’engager dans le Service de Santé.

Après un stage au Val de Grâce, Gérard termine son office dans un hôpital militaire en Allemagne. Grâce à des amateurs de Francfort sur le Main il se familiarise avec la musique de Jazz.. A son retour à Paris il écume les caves de Saint Germain des Près, il rencontre Claude Luter, Boris Vian et Django Reinhardt.

Lors de ces années fastes, il fait la connaissance de celle qui deviendra sa femme en 1956, Eila Poyry. Son fils Philippe né dix ans plus tard, relate la « dose de patience et de ténacité toute nordique » qui a fait la fidélité de cette épouse venue du Nord.

Nouveau chapitre, Gérard obtient son diplôme d’assistance sociale.

A travers ces années auprès des jeunes salariés du bâtiment et des travaux publics, il est confronté aux conditions de vie du prolétariat. Ce qui l’amène au syndicalisme, il adhère à la CNT** dont il devient trésorier confédéral.

La guerre d’Algérie le voit rejoindre le réseau Jeanson et pratiquer une réelle solidarité dans certaines organisations clandestines.

Dans les années 1960 Gérard abandonne la voie sociale, déçu par l’incurie des pouvoirs publics dont il dépend pour devenir agent commercial. C’est alors qu’il fonde avec d’autres l’Association Française des Amateurs de Jazz Nouvelle Orléans. Sur la lancée, en 1974 il fonde une maison de disques, Pagmaphone, ce sera l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes.

Nouvelle étape : 1958, le couple se fixe dans le XIIIe,  une chance pour ses habitants, puisque très vite il se passionne pour l’histoire industrielle et populaire de l’arrondissement. Il adhère à la Société d’Histoire et d’Archéologie du XIIIe, publie brochures et documents principalement « C’était hier le XIIIe » deux fois réédité et malheureusement épuisé.

Gérard dans tous ses états

Pourquoi tant de haine ?

Pas question de détecter les abymes des détestations de notre ami Gérard. Nous qui l’avons fréquenté au quotidien et entendu ses violentes diatribes, nous nous sommes toujours interrogés sur l’objet de sa vindicte.

Sous le pseudonyme de Guy Chetfermé l’oncle Gérard a fait de la poste un objet de poursuite dûment entretenu. De bureau en bureau il a pu constater qu’aucune balance ne pesait le même poids pour un objet donné. Toujours dans la Gazette du 13e il s’indigne qu’une lettre postée à Ivry arrive plus vite dans le 13°  que sa sœur postée dans le 13e, inutile de dire qu’il a fait le voyage pour la banlieue plusieurs fois pour le constat. Le jour où la deuxième levée de l’après-midi a été supprimée Gérard a exprimé sa colère dans tous les lieux ouverts du quartier, l’affaire était passée sans publicité.

Parmi les sujets récurrents de l’opprobre véhément de Gérard, le Jazz moderne subventionné tient une place de choix. Au regard des pionniers du jazz Nouvelle Orléans les prétentions de l’Orchestre National de Jazz le mettent en rage.

La Gazette du XIII°’ ce grand organe de presse s’est fait l’écho d’autres indignations. Dans le numéro d’automne 1991sous le titre : « les corps étrangers du XIII° » signé Homère d’Allores, il part en guerre contre la dite-sculpture Clara-Clara. « Ces deux immenses parenthèses de ferraille ont peut-être considérées comme des œuvres d’art par certains esthètes qui se prétendent raffinés. Le seul ennui est que ces soi-disant artistes et leur thuriféraires pas toujours désintéressés se gardent bien de sévir dans leurs propres quartiers : ils veulent sans doute bénéficier de l’impunité et conserver l’estime de leur gardien d’immeuble »

A travers les pages de cette Gazette dont il fut le premier président, et cette fois sous son patronyme officiel, il se plaint amèrement que la Mairie n’ait pas jugé bon de fêter le centenaire de Panhard et Levassor. Pour notre passionné de l’histoire industrielle du 13° l’oubli reste inexpliqué : « Nous aimerions bien savoir pour quelles obscures raisons on n’a pas cru bon de célébrer dans notre arrondissement un centenaire qui aurait pourtant bien mérité de ne pas tomber dans l’oubli le plus total. »

Passions et enthousiasmes.

Chez Gérard, passions et anathèmes alternent au fil des jours et des humeurs. Il y a les passions pérennes et les autres.

La passion du jazz nouvel Orléans ne prend pas une ride au cours des ans, d’autant qu’elle se nourrit d’activités liées à cette musique : il anime des émissions de radio, participe à des rencontres et fait partie de jurys consacrés à ce style des origines. Nous avons retrouvé un enregistrement consacré à une soirée donnée à la librairie Jonas à propos de Sydney Bechet. Mêlé à la musique on entend les commentaires enflammés, on l’imagine rythmant le tempo comme il savait le faire. Lors de la réimpression de « C’était hier le XIII° » Jonas lui avait fait la surprise d’inviter son groupe préféré.

Que dire de son attachement au quartier dont il fut l’historien ? Les séances de diapositives concernant l’ancien XIII° abondement commentées par l’ami Gérard regroupaient beaucoup d’anciens, bavards autant qu’émus, une ambiance chaude, les anciens s’attendrissaient de retrouver leur école, leur bistro !!!

Ce fervent du XIII° appliquait aux textes d’invitation un humour très personnel. Ainsi pour ces projections qui avaient lieu au centre Culturel La Clef, le dernier paragraphe du texte donne la marche à suivre pour se rendre au lieu : « Il est rappelé aux personnes désireuses de se déplacer pédestrement que l’heure fixée pour le début de cette soirée est toute proche de celle du solstice d’hiver qui aura lieu très précisément 19 heures et 22 minutes après le début de notre réunion. De plus comme la rue de la Clef jouxte quasiment les pentes abruptes de la montagne Sainte Geneviève, il serait prudent, compte tenu d’une formation toujours possible de congères en cette saison, de se munir de vêtements chauds et d’un petit en-cas pour être en mesure d’attendre l’arrivée des secours dans les meilleures conditions possibles ».

Pour les visites de la Butte aux Cailles, il parlait de « l’ascension par la face nord » de ce coin du 13e qu’il affectionnait, en fonction de la mémoire vivante de la Commune de 1871. C’est d’ailleurs beaucoup à lui que l’on doit le baptême de la place de la commune de la Butte aux Cailles. C’est également à lui que l’on doit l’inauguration de la place Louis Armstrong située près des anciens studios d’enregistrement au coin de la rue Jeanne d’arc et du boulevard de l’hôpital et celle de la petite place de la bergère d’Ivry.

Passionné de Jazz, fervent de l’histoire populaire du XIII°, un intérêt qu’il savait partager pour la Langue française l’a conduit à fréquenter une association de Défense de la Langue Française, il aimait se joindre aux travaux de la structure tout en pestant contre « ces vieux réacs »,

Il adorait parler aux enfants des écoles de l’histoire du quartier, particulièrement aux élèves de CM qui posaient les bonnes questions.

Hors des passions pérennes, de multiples emballements.

Ces enthousiasmes, il les partageait avec la fougue qu’on connaît.

La découverte du sous-commandant Marcos lui a dicté une de ses grandes croisades. C’était l’objet de tous ses discours ; plus concrètement, avec  d’autres il participa à une collecte qui permit d’envoyer dans la Chiapas une jeune fille qui créa le lien avec son petit groupe.

Des évènements mais aussi des gens à qui il vouait une belle admiration : Jean Bachelot qu’il appelait son « bon maître » et dont il appréciait la culture.

Il ne tarissait pas d’éloges sur Aline Pailler, journaliste politique, son intelligence et son charme ont opéré, il n’avait de cesse de la faire connaître.

Cette passion du partage aussi sympathique soit-elle entraînait par la fougue dont il faisait preuve auprès de ses interlocuteurs une certaine forme d’asphyxie. Les plus braves en sortaient indemnes.

De son passé d’assistante sociale il gardait un dévouement et une fidélité magnifique. De son souci des laissés pour compte, des amis en difficulté il parlait peu, on la découvrait au hasard des conversations. Des gamins en déshérence qu’il réunissait autour d’une vidéo et qu’il aidait dans le travail, une famille en difficulté qu’il entourait régulièrement jusqu’à  inviter de jeunes ados à des voyages à l’étranger. Une face cachée de Gérard qui nous le rend proche.

*Henri Coing sociologue qui s’est attaché à notre arrondissement a écrit  « Rénovation urbaine et changement social » aux éditions Ouvrières

* CNT, Confédération Nationale du Travail ( de tendance libertaire)

 

 

 

Notre ami Gérard

 

La Mairie du XIIIe a programmé pour le mois de septembre un ensemble d’évènements  consacré à rendre  hommage à Gérard Conte.

Du  lundi 30 septembre au vendredi 4 octobre une exposition retraçant la vie de notre historien du XIIIe sera installée à la Mairie. Le mardi 1er octobre les « Haricots rouges » groupe de musiciens élu par Gérard donneront un concert et le 3 octobre Henri Coing fameux sociologue de la rénovation du XIII° fera une conférence à propos de la rénovation de l’îlot 4*

 

 

 

Gérard Conte, un drôle de pèlerin

 

Il est né le 1er février 1931 au petit village de Gorcy en Meurthe et Moselle.

A la suite de la mort de son père, il n’avait que deux ans, sa mère déménage dans les Ardennes. A l’école primaire  sa formation de rebelle s’affirme.  Son maître lui assène que « les gauchers n’arrivent à rien dans la vie ». La réplique du petit gaucher ne tarde pas ; « Ca m’étonnerait, Léonard de Vinci était gaucher et c’était un grand peintre, il n’était pas instituteur ».

Chaque étape sera pour lui une leçon de vie, ainsi pendant l’exode il peut lire la propagande nazie et le détournement de certaines photos à la gloire des occupants. Sa méfiance pour les arguments partiaux et partiels est née.

En 1941 la famille s’installe à Niort. Lorsque la ville fut victime de destructions stupides, l’analyse des officiels lui fait comprendre la distance entre « ce qu’il a vu » et la relation qui en est faite, sa vocation d’historien est née.

Au contact de la famille libertaire, cette « graine d’anarchiste »

fréquente surtout les militants espagnols. Il se déclare alors objecteur de

Conscience, un vieil ami anarchiste lui conseille de s’engager dans le Service de Santé.

Après un stage au Val de Grâce, Gérard termine son office dans un hôpital militaire en Allemagne. Grâce à des amateurs de Francfort sur le Main il se familiarise avec la musique de Jazz.. A son retour à Paris il écume les caves de Saint Germain des Près, il rencontre Claude Luter, Boris Vian et Django Reinhardt.

Lors de ces années fastes, il fait la connaissance de celle qui deviendra sa femme en 1956, Eila Poyry. Son fils Philippe né dix ans plus tard, relate la « dose de patience et de ténacité toute nordique » qui a fait la fidélité de cette épouse venue du Nord.

Nouveau chapitre, Gérard obtient son diplôme d’assistance sociale.

A travers ces années auprès des jeunes salariés du bâtiment et des travaux publics, il est confronté aux conditions de vie du prolétariat. Ce qui l’amène au syndicalisme, il adhère à la CNT** dont il devient trésorier confédéral.

La guerre d’Algérie le voit rejoindre le réseau Jeanson et pratiquer une réelle solidarité dans certaines organisations clandestines.

Dans les années 1960 Gérard abandonne la voie sociale, déçu par l’incurie des pouvoirs publics dont il dépend pour devenir agent commercial. C’est alors qu’il fonde avec d’autres l’Association Française des Amateurs de Jazz Nouvelle Orléans. Sur la lancée, en 1974 il fonde une maison de disques, Pagmaphone, ce sera l’occasion de rencontrer beaucoup d’artistes.

Nouvelle étape : 1958, le couple se fixe dans le XIIIe,  une chance pour ses habitants, puisque très vite il se passionne pour l’histoire industrielle et populaire de l’arrondissement. Il adhère à la Société d’Histoire et d’Archéologie du XIIIe, publie brochures et documents principalement « C’était hier le XIIIe » deux fois réédité et malheureusement épuisé.

Gérard dans tous ses états

Pourquoi tant de haine ?

Pas question de détecter les abymes des détestations de notre ami Gérard. Nous qui l’avons fréquenté au quotidien et entendu ses violentes diatribes, nous nous sommes toujours interrogés sur l’objet de sa vindicte.

Sous le pseudonyme de Guy Chetfermé l’oncle Gérard a fait de la poste un objet de poursuite dûment entretenu. De bureau en bureau il a pu constater qu’aucune balance ne pesait le même poids pour un objet donné. Toujours dans la Gazette du 13e il s’indigne qu’une lettre postée à Ivry arrive plus vite dans le 13°  que sa sœur postée dans le 13e, inutile de dire qu’il a fait le voyage pour la banlieue plusieurs fois pour le constat. Le jour où la deuxième levée de l’après-midi a été supprimée Gérard a exprimé sa colère dans tous les lieux ouverts du quartier, l’affaire était passée sans publicité.

Parmi les sujets récurrents de l’opprobre véhément de Gérard, le Jazz moderne subventionné tient une place de choix. Au regard des pionniers du jazz Nouvelle Orléans les prétentions de l’Orchestre National de Jazz le mettent en rage.

La Gazette du XIII°’ ce grand organe de presse s’est fait l’écho d’autres indignations. Dans le numéro d’automne 1991sous le titre : « les corps étrangers du XIII° » signé Homère d’Allores, il part en guerre contre la dite-sculpture Clara-Clara. « Ces deux immenses parenthèses de ferraille ont peut-être considérées comme des œuvres d’art par certains esthètes qui se prétendent raffinés. Le seul ennui est que ces soi-disant artistes et leur thuriféraires pas toujours désintéressés se gardent bien de sévir dans leurs propres quartiers : ils veulent sans doute bénéficier de l’impunité et conserver l’estime de leur gardien d’immeuble »

A travers les pages de cette Gazette dont il fut le premier président, et cette fois sous son patronyme officiel, il se plaint amèrement que la Mairie n’ait pas jugé bon de fêter le centenaire de Panhard et Levassor. Pour notre passionné de l’histoire industrielle du 13° l’oubli reste inexpliqué : « Nous aimerions bien savoir pour quelles obscures raisons on n’a pas cru bon de célébrer dans notre arrondissement un centenaire qui aurait pourtant bien mérité de ne pas tomber dans l’oubli le plus total. »

Passions et enthousiasmes.

Chez Gérard, passions et anathèmes alternent au fil des jours et des humeurs. Il y a les passions pérennes et les autres.

La passion du jazz nouvel Orléans ne prend pas une ride au cours des ans, d’autant qu’elle se nourrit d’activités liées à cette musique : il anime des émissions de radio, participe à des rencontres et fait partie de jurys consacrés à ce style des origines. Nous avons retrouvé un enregistrement consacré à une soirée donnée à la librairie Jonas à propos de Sydney Bechet. Mêlé à la musique on entend les commentaires enflammés, on l’imagine rythmant le tempo comme il savait le faire. Lors de la réimpression de « C’était hier le XIII° » Jonas lui avait fait la surprise d’inviter son groupe préféré.

Que dire de son attachement au quartier dont il fut l’historien ? Les séances de diapositives concernant l’ancien XIII° abondement commentées par l’ami Gérard regroupaient beaucoup d’anciens, bavards autant qu’émus, une ambiance chaude, les anciens s’attendrissaient de retrouver leur école, leur bistro !!!

Ce fervent du XIII° appliquait aux textes d’invitation un humour très personnel. Ainsi pour ces projections qui avaient lieu au centre Culturel La Clef, le dernier paragraphe du texte donne la marche à suivre pour se rendre au lieu : « Il est rappelé aux personnes désireuses de se déplacer pédestrement que l’heure fixée pour le début de cette soirée est toute proche de celle du solstice d’hiver qui aura lieu très précisément 19 heures et 22 minutes après le début de notre réunion. De plus comme la rue de la Clef jouxte quasiment les pentes abruptes de la montagne Sainte Geneviève, il serait prudent, compte tenu d’une formation toujours possible de congères en cette saison, de se munir de vêtements chauds et d’un petit en-cas pour être en mesure d’attendre l’arrivée des secours dans les meilleures conditions possibles ».

Pour les visites de la Butte aux Cailles, il parlait de « l’ascension par la face nord » de ce coin du 13e qu’il affectionnait, en fonction de la mémoire vivante de la Commune de 1871. C’est d’ailleurs beaucoup à lui que l’on doit le baptême de la place de la commune de la Butte aux Cailles. C’est également à lui que l’on doit l’inauguration de la place Louis Armstrong située près des anciens studios d’enregistrement au coin de la rue Jeanne d’arc et du boulevard de l’hôpital et celle de la petite place de la bergère d’Ivry.

Passionné de Jazz, fervent de l’histoire populaire du XIII°, un intérêt qu’il savait partager pour la Langue française l’a conduit à fréquenter une association de Défense de la Langue Française, il aimait se joindre aux travaux de la structure tout en pestant contre « ces vieux réacs »,

Il adorait parler aux enfants des écoles de l’histoire du quartier, particulièrement aux élèves de CM qui posaient les bonnes questions.

Hors des passions pérennes, de multiples emballements.

Ces enthousiasmes, il les partageait avec la fougue qu’on connaît.

La découverte du sous-commandant Marcos lui a dicté une de ses grandes croisades. C’était l’objet de tous ses discours ; plus concrètement, avec  d’autres il participa à une collecte qui permit d’envoyer dans la Chiapas une jeune fille qui créa le lien avec son petit groupe.

Des évènements mais aussi des gens à qui il vouait une belle admiration : Jean Bachelot qu’il appelait son « bon maître » et dont il appréciait la culture.

Il ne tarissait pas d’éloges sur Aline Pailler, journaliste politique, son intelligence et son charme ont opéré, il n’avait de cesse de la faire connaître.

Cette passion du partage aussi sympathique soit-elle entraînait par la fougue dont il faisait preuve auprès de ses interlocuteurs une certaine forme d’asphyxie. Les plus braves en sortaient indemnes.

De son passé d’assistante sociale il gardait un dévouement et une fidélité magnifique. De son souci des laissés pour compte, des amis en difficulté il parlait peu, on la découvrait au hasard des conversations. Des gamins en déshérence qu’il réunissait autour d’une vidéo et qu’il aidait dans le travail, une famille en difficulté qu’il entourait régulièrement jusqu’à  inviter de jeunes ados à des voyages à l’étranger. Une face cachée de Gérard qui nous le rend proche.

*Henri Coing sociologue qui s’est attaché à notre arrondissement a écrit  « Rénovation urbaine et changement social » aux éditions Ouvrières

* CNT, Confédération Nationale du Travail ( de tendance libertaire)

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