La Gazette du 13ème – Journal de quartier

La Gazou

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Gazette 78 Panhard et Levassor au fil du temps

Posted by lagazou sur 29 décembre 2010

L’entreprise Panhard et Levassor, élément majeur de la création de l’industrie automobile en France, s’est rapidement développée. Après la mort, en 1897, d’Émile Levassor, qui a joué un rôle de premier plan, une équipe se constitue autour de René Panhard et de son fils Hippolyte, que rejoignent alors Arthur Krebs et Charles de Fréminville. De nouveaux locaux sont installés : des bureaux d’études, un « atelier des expériences » et, rue Nationale, un atelier de réparations. Les activités restent diversifiées  : voitures de tourisme, véhicules utilitaires, machines à bois, moteurs et, par la suite, modèles réduits. La stratégie appliquée jusqu’aux années 50 est de limiter volontairement la part de la voiture et de privilégier les véhicules performants, réservés à une clientèle aisée. L’esprit d’innovation se mobilise pour satisfaire aux exigences de celle-ci : perfectionnements techniques, grande variété de modèles avec des pièces détachées interchangeables. Krebs propose de développer une gamme diversifiée de véhicules de tourisme, en construisant des petites voitures légères moins onéreuses, mais son idée n’est pas retenue. De même, n’est pas adoptée la suggestion de Fréminville d’introduire les méthodes tayloristes et fordistes de rationalisation du travail (standardisation, division du travail, recherche du rendement). Des actions de promotion sont menées : compétitions, Salon de l’automobile, formation des clients à  la conduite et à la réparation des voitures, exportations, publicité au moyen de brochures et de photos de qualité. Les services commerciaux sont réorganisés avec la participation de Paul Panhard, neveu de René. Comme tous les nouveaux collaborateurs de ces services, il a dû au préalable travailler en atelier. Les résultats financiers sont excellents, la production croît mais pas suffisamment pour que l’entreprise conserve sa position dominante face à Peugeot et à Renault.

Dès 1909, le commandant Krebs s’intéresse au marché militaire. En 1914, l’entreprise fournit à l’armée des voitures de tourisme, des véhicules militaires, des camionnettes et des ambulances, quantité d’obus et de munitions, des moteurs d’avion. Pour répondre aux besoins, on recourt désormais à la production en série et on introduit des outillages plus modernes. Fréminville est enfin écouté. En 1915, il quitte néanmoins l’entreprise, ainsi que Krebs. La direction se recentre autour de Paul et d’Hippolyte Panhard. Après guerre, la firme  qui a acquis de l’expérience dans la construction de matériel militaire, fabrique des véhicules utilitaires et des camions, puis des gazomètres (très utilisés au cours du conflit suivant). L’entreprise ne s’intéresse toujours pas aux petites voitures et préfère construire des modèles puissants, lourds et onéreux. De 4 000 à 5 000 personnes travaillent dans les usines de Paris (55 000 m2), de Reims et d’Orléans. Dans les années 20, la production plafonne à 2 000 voitures par an, et il est de plus en plus difficile de rester performant face aux trois grands concurrents, Citroën, Renault et Peugeot, qui, chaque année, sortent plusieurs dizaines de milliers de voitures. Les premières difficultés de trésorerie imposent, en 1929, une augmentation de capital qui reste l’affaire des anciens actionnaires. Malgré l’originalité des nouveaux modèles dessinés par Louis Bionier, la situation ne peut être redressée, et il faut réduire les frais de fonctionnement (licenciements, réduction d’horaires et de salaires). L’État s’engage à commander des véhicules destinés à l’administration et à l’armée. Pour la première fois, la firme Panhard et Levassor doit emprunter et elle perd son indépendance. En 1940, elle est à nouveau sollicitée pour participer à l’effort de guerre. Obligée de travailler pour l’occupant, elle résistera par des actions clandestines et en freinant le départ de ses travailleurs pour l’Allemagne.

Après guerre, Panhard lance la Dyna, petite voiture produite en série entre 1947 et 1953. Les ventes sont insuffisantes. C’est vrai aussi pour les camions et les moteurs. La situation financière se maintient pourtant. L’équipe de direction reste unie, autour de Jean Panhard, fils de Paul et polytechnicien, venu rejoindre l’entreprise en 1937. Conscient de la faiblesse de la société face à la concurrence, à une époque où les rapprochements sont fréquents dans l’automobile, il conclut,  en 1955, un accord avec Citroën, qui apporte son soutien financier. L’objectif est de mettre en commun les moyens de fabrication pour les voitures Panhard (Dyna 54, PL 17) et Citroën (fourgonnette 2 CV). L’indépendance de chacun est formellement affirmée, mais la situation va évoluer vers un encadrement progressif de l’entreprise doyenne dont la production spécifique a du mal à se vendre. Ses locaux parisiens, son outillage, ses personnels (4 893 personnes avenue d’Ivry en 1955) sont de plus en plus utilisés au service de Citroën. Les difficultés financières s’aggravent malgré de nouveaux apports de capitaux et des compressions de personnel. En avril 1965, c’est la fusion-absorption. Les succursales sont intégrées au réseau Citroën ou cédées. Pour le personnel, cette « coupure de mille liens » est traumatisante mais elle se fait sans licenciements. La dernière voiture Panhard (une 24) est produite en septembre 1967. Louis Bionier et son équipe créent sous la marque Citroën une petite sœur de la 2 CV, la Dyane, dont ils avaient conçu le projet. Les ateliers parisiens servent à l’usinage de pièces mécaniques et au montage jusqu’à la fin 1969. Les locaux sont dégradés, et les conditions de travail pénibles. Citroën décide finalement de transférer les activités qui subsistent dans des ateliers plus modernes et cède les terrains sur lesquels on prévoit d’édifier 14 tours de 30 étages.

L’activité militaire, spécificité de l’ancienne entreprise, va cependant se poursuivre sous la présidence de Jean Panhard. La Société de construction mécanique Panhard et Levassor (SCPLM) prend le relais. Transférée à Marolles, elle conservera longtemps son siège social avenue d’Ivry, avant d’être rachetée par les Automobiles Auverland en 2005.

Panhard et Levassor, par sa recherche de qualité, a su « inventer » l’automobile, mais sa volonté d’originalité lui a finalement été fatale, même si la marque s’est imposée et conserve encore actuellement un grand prestige.

L’entreprise Panhard et Levassor a marqué le 13e arrondissement  des xixe et xxe siècles, en participant à son développement industriel. Le travail y était dur, certes, mais il y avait de l’emploi, y compris pour de nombreux ouvriers venus d’outre-mer. Ceux-ci étaient logés dans des conditions souvent précaires. Tout le quartier Choisy vivait au rythme de cette entreprise et de ses cadences. La gestion, qui pourrait être qualifiée aujourd’hui de « paternaliste », intégrait une forte motivation et de riches rapports humains. Les travailleurs, les « Panhard », étaient attachés à leur entreprise. La volonté d’innovation était encouragée par la « formation maison » dispensée dans les ateliers d’apprentissage. Cela se faisait souvent en famille, puisque on y a trouvé jusqu’à cinq générations de salariés ! L’esprit d’entreprise était renforcé par les œuvres sociales. Hippolyte et sa sœur Élisabeth ont incarné particulièrement cette volonté d’intervenir en faveur des travailleurs et de leurs familles hors du lieu de travail : préoccupations d’ordre moral, religieux et social. Autour de la paroisse Saint-Hippolyte, toutes les réalisations d’alors en matière de santé, de logement, d’éducation, de solidarité sont  marquées de l’empreinte de la famille Panhard. La reprise par Citroën semble témoigner d’un changement d’état d’esprit qu’on trouve par exemple dans l’Établi de Robert Linhardt, éd. de Minuit, 1978 et 2008. Par la suite, le quartier Choisy a bien  changé avec la fermeture de l’usine et la rénovation mais on y trouve encore aujourd’hui la trace profonde de ceux qui ont créé  et développé « ces drôles de machines ».

Brigitte Einhorn

 

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Gazette 77 René Panhard et Émile Levassor

Posted by lagazou sur 8 octobre 2010

Pionniers de l’automobile

Dans le 13e arrondissement, avenue d’Ivry, les ateliers Panhard et Levassor ont, à la fin du XIXe siècle, produit les premières automobiles, bouleversant ainsi l’histoire de l’industrie, l’organisation du travail, les modes de vie et de transport des générations futures [1].

Cette création est le résultat des efforts conjugués de pionniers obstinés, passionnés par l’innovation. Tout procède de la famille Panhard, venue de Bretagne à Paris autour de 1800 et dont le nom d’origine (Penhart) signifie tête dure. Adrien Panhard diversifie les activités familiales de sellerie et de carrosserie, en pratiquant le commerce et la location de voitures à chevaux. Grâce à la prospérité de son entreprise, il laisse à ses fils un patrimoine qui va leur permettre d’entrer en industrie. L’un d’eux, René, à la sortie de l’École centrale, rencontre Jean-Louis Périn, un inventeur autodidacte, installé faubourg Saint-Antoine, qui fabrique des machines à débiter le bois et a, notamment, perfectionné la scie à ruban. En 1867, les deux hommes s’associent pour créer Périn et Cie. La même année se tient à Paris une Exposition universelle. On peut y voir les machines à bois de Périn mais aussi des moteurs à gaz : ceux du constructeur allemand Otto et Langen sont présentés par Gottlieb Daimler (qui a été stagiaire chez Périn) et ceux du Belge Cockerill, présentés par Émile Levassor, condisciple de René Panhard à Centrale. La société qui emploie alors une centaine de personnes recrute l’ingénieur Émile Levassor qui deviendra en 1872 le troisième associé et qui va très vite s’imposer. Cet événement majeur sera suivi, en 1873, du transfert de l’entreprise sur 55 ha de terrains, entre la rue Nationale et la rue Gandon, avenue d’Ivry (correspondant aux numéros 17-19 et 18) et avenue de Choisy où sont aménagés deux ateliers.

Un petit déclic va permettre à cette jeune entreprise bien gérée, bien installée, dynamique, d’aller plus loin, avec l’arrivée d’Édouard Sarasin, introduit par É. Levassor : ce n’est pas un nouvel associé mais un partenaire qui représente en France les intérêts juridiques et commerciaux de la firme Deutz AG pour les brevets relatifs aux moteurs à gaz de charbon Otto et Langen. Les ateliers d’Ivry commencent à produire et à commercialiser ce type de moteurs, en collaboration avec G. Daimler qui travaille d’abord pour Deutz AG puis, après 1882, se met à son compte. C’est lui qui, les années suivantes, propose un moteur à essence qui a l’avantage d’être plus léger et moins encombrant que les moteurs à vapeur ou à gaz utilisés jusqu’ici. On peut aussi monter ce moteur sur des voitures, des bicyclettes, des tramways et même des bateaux. Plusieurs inventeurs, comme K. Benz et G. Daimler, font des essais en ce sens mais sans que cela débouche encore sur une production commercialisable. D’autres entrepreneurs s’intéressent à ces recherches, comme Armand Peugeot, ami de René Panhard. En 1886 J.-L. Périn meurt et les deux associés restants constituent la société Panhard et Levassor. C’est elle qui va finalement réussir le pari de produire les premières voitures. Elle a privilégié les brevets Daimler pour leur qualité technique et a obtenu l’exclusivité de leurs brevets pour la France : à côté des moteurs à essence qu’elle fabrique, elle construit désormais des véhicules conçus dès l’origine pour être « automobiles » grâce à ces moteurs. Ce sont d’abord des prototypes expérimentaux jusqu’à 1891, date à laquelle sort des usines d’Ivry la première voiture actionnée par un moteur à pétrole, capable de rouler sur route et qui puisse être commercialisée. L’esprit d’innovation d’une équipe, l’énergie et la ténacité d’Émile Levassor, appuyé par son associé René Panhard, le savoir-faire des ouvriers en matière de mécanique et de carrosserie, la qualité des moteurs Daimler ont permis cette réussite industrielle. On peut noter aussi le réel esprit de coopération qui existe entre les « concurrents » : plutôt que de garder jalousement leurs secrets de fabrication, ils se tiennent au courant de leurs avancées respectives, échangent fournitures et outillages, même au-delà des frontières. Louise Cayrol, veuve d’É. Sarrasin a facilité les contacts en permettant qu’après le décès de son mari les liens privilégiés que celui-ci avait noués avec Daimler soient maintenus. Elle épousera ensuite É. Levassor et participera directement au développement de la production automobile.

Plusieurs manifestations donnent une grande popularité à cette invention qui permet de se déplacer de façon autonome. Les essais sur route de l’usine vers le Point du jour à Boulogne et retour, ou vers Étretat sont suivis en 1893 d’un premier grand voyage vers Nice. Par la suite sont organisées des courses prestigieuses : la première, en 1895, est un aller-retour Paris-Bordeaux, soit 1 200 km, On s’enthousiasme sans imaginer alors le développement futur de l’automobile ni ses côtés négatifs (accidents, villes dortoirs, pollution…). La production s’organise et se perfectionne. Au fur et à mesure que la notoriété s’accroît, la demande augmente (13 voitures vendues en 1892, 106 en 1896). Les bureaux d’études travaillent pour faire évoluer mécanique et carrosserie, avec des moteurs de plus en plus performants. Dès 1895 la marque propose 15 modèles différents. Voitures et moteurs ne représentent qu’une partie des activités de Panhard et Levassor mais lui assurent d’importants bénéfices qui en font le leader incontesté du marché automobile, face à la société Peugeot qui vient de se créer.

Brigitte Einhorn

(La suite de l’aventure à lire dans le prochain numéro)


[1] Lire de C. A. Sarre Les Panhard et Levassor. Une aventure collective, E-T-A-I, 2000 (Préface de Jean Panhard)

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Gazette 71 Quand l’usine Singer fut détruite

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

Les habitants s’en sont mêlés

Les anciens se souviennent ; fabriques, ateliers, usines, occupaient nos rues, nos cours. Dans ce treizième populaire, il suffisait souvent d’une étincelle pour allumer l’esprit de résistance. Rue de Patay, ce fut un couple, Jean Pierre et Jeannette qui menèrent une aventure collective, entraînant avec eux une légion de voisins devenus acteurs d’une transformation annoncée.

L’usine Singer occupait jusqu’en 1979 un pâté de maisons compris entre la rue de Patay, la rue Oudiné et la rue du Chevaleret. À l’époque, la destruction de l’usine Singer fut décidée. Le périmètre laissé vacant représentait une surface importante sur laquelle la Ville de Paris avait formé des projets. Il s’agissait de construire un lycée et une cuisine centrale d’arrondissement.

Un petit groupe se forma alors autour de quelques élus du PS et de citoyens du quartier. Le groupe se voulait surtout à l’écoute des habitants afin de devenir porte-parole des désirs et des besoins qui se feraient jour au fil du temps. À l’époque Jean Pierre Welterlin était conseiller de Paris, de par ses fonctions il pouvait porter les projets du quartier auprès de la ville de Paris, du Préfet et de l’APUR (Atelier Parisien d’Urbanisme).

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La première chose fut d’expliquer, de se concerter, de convaincre, de mobiliser une population peu habituée à prendre son histoire en mains. Pour cela, des tracts furent déposés dans chaque boîte à lettre, des invitations à se rendre à la CAF * pour discuter des vœux, pour élaborer des projets. Un comité, le « comité Singer » mis en place permit à chacun de devenir acteur. Convaincus, même les plus timides venaient discuter avec Jeannette, ils exprimaient de cette manière plus personnelle leurs réflexions et leurs attentes. Le point d’orgue de la mobilisation fut une immense fête de quartier dont les acteurs parlent aujourd’hui avec émotion. Le mur de l’usine devint le support d’œuvres significatives, celle de Jean-Maxime Relange reproduisait le tableau peint pour célébrer un soir de mai 1981 à la Bastille et celle d’André Corbières qui habitait la cité. Des carrés blancs préparés sur le mur furent confiés aux enfants du coin qui inventaient, chacun, sa vision de la fête et celle d’un quartier en devenir. Un concertiste ami créait au son de la flûte une allégresse contagieuse. Quand à la tombola, le gagnant du grand prix, un mouton, jouissait heureusement d’une maison à la campagne et le mouton y coula des jours tranquilles.

Plus tard, tout le monde se retrouvait dans la grande salle paroissiale de la rue Xaintrailles pour une soirée conviviale ou la musique invitait chacun à danser autour du buffet. Ce jour de liesse, vécu comme une sorte d’apothéose eut beaucoup d’écho, il signait une détermination si solide que le maire de Paris, Jacques Chirac donnait son aval. La ville de Paris reconnaissait le bien fondé des demandes au conseil de Paris, elles traduisaient bien le travail d’élaboration mené au sein du quartier.

Si la fête fut inoubliable, l’essentiel résidait dans une autre victoire ; des habitants du quartier, instruits des dossiers, rencontraient eux-mêmes le Préfet, ce fut pour eux une grande fierté, un apprentissage essentiel, ils réalisèrent qu’ils étaient capables d’argumenter et de se battre face aux dirigeants. Une conquête très importante, une victoire extrêmement valorisante pour chacun. L’organisation des rencontres, des mises en commun, des comptes rendus de réunions avec les autorités, tout cela représente en soi une belle aventure. Le bilan très positif donnait raison au comité et surtout les résultats furent au rendez-vous :

Les habitants avaient revendiqué,

* un gymnase. Celui-ci fut construit rue Oudiné

* un bureau de poste, il fut construit rue de Patay

*la reconstruction d’une crèche, elle fut effectuée.

*un parc, il ne fut pas créé à l’époque mais un peu plus tard.

Seule la salle polyvalente ne fut pas construite, il existe maintenant une salle rue de Patay, elle est privée et donc peu accessible aux voisins.

Au final, la ville a abandonné le projet de cuisine centrale, le lycée a bien été construit, c’est un lycée technique qui prépare aux métiers de prothésiste dentaire, à l’électronique et à la micro-informatique.

Notre quartier doit beaucoup à quelques militants qui ont su lier les réalités de la vie quotidienne des gens à un engagement au sein de partis ou mouvements. Jean Pierre Welterlin est l’un d’eux, il n’a cessé d’impulser dans son quartier du fin fond délaissé du 13e une vie collective et associative. La Gazette, dans son numéro 43 parle de l’association ROC dont Jean Pierre est le président. Grâce à de tels acteurs une main est tendue à bien des familles en difficulté, ils contribuent à travers les structures mises en place à créer des passerelles, à donner des couleurs à nos rues.

 Aude Laduprojet  

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Gazette 71 Le Treizième en sources

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

Une mine de renseignements sur les mutations du quartier

 

Le 25 novembre dernier dans la librairie Joseph Gibert nous étions réunis autour de Françoise Samain, présidente d’ADA 13, d’Aurélia Michel et d’Ariane Beauvillard pour la présentation de leur ouvrage Le treizième en sources. Guide pour l’observation des mutations urbaines Paris XIIIe..

Cet ouvrage est à la fois un guide très précieux pour les chercheurs et spécialistes de la rénovation urbaine et d’une lecture tout à fait intéressante pour nous habitants du 13e.

C’est dans le cadre du Pôle de Recherches en Sciences de la Ville, fondé en 2000, que se sont déroulées les recherches des deux auteures. Ce pôle se propose sous l’impulsion donnée au moment de sa création par le sociologue Isaac Joseph de fédérer les approches interdisciplinaires sur l’objet « ville » et ses mutations. Le 13e arrondissement a été choisi comme terrain d’expérimentation car il présentait en effet un échantillon pertinent de l’ensemble des transformations de la ville industrielle (bâti, espaces, mutations sociales et culturelles). C’est tellement vrai que l’Université de Caen, département-géographie, étudie chaque année durant une semaine l’arrondissement avec voyage d’étude prévu in situ.

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L’arrondissement a une longue tradition ouvrière liée tout d’abord aux voies d’eau, notamment la Bièvre (tanneries, teintureries, mégisseries) et la Seine (commerce du bois). Puis à partir du XIXe siècle, l’activité industrielle s’est développée, a structuré la ville et a attiré des populations ouvrières À côté des grosses industries et des ateliers proches des grandes voies de circulation, on y trouvait de petites unités combinant le plus souvent atelier et logement, organisés autour de cours intérieures. L’hôpital de la Salpêtrière mais aussi les gares constituent des pôles qui organisent la ville. L’histoire du treizième est marquée par ces mouvements de population L’arrondissement est un pôle d’attraction de la migration rurale au XIXe siècle puis sud européenne et asiatique.

Annexé en 1860, l’arrondissement était considéré comme une banlieue jusqu’aux années cinquante et son histoire ouvrière est peu racontée.

Ariane Beauvillard s’est intéressée aux représentations de l’arrondissement dans la fiction et la non-fiction et là aussi le passé ouvrier de l’arrondissement est peu représenté ; on lui préfère les quartiers de Montmartre ou de Belleville. Le treizième est plutôt un terrain vague, un lieu de débauche, où se déroulent des films noirs dans des atmosphères plutôt glauques.

Les habitations ouvrières y sont souvent vétustes et insalubres, raison pour laquelle a été lancée l’opération Italie (1960-1975) au cours de laquelle se sont retirées les industries. Et construites les tours. Les documents de non-fiction traitant cette rénovation et la construction des tours sont nombreux.

Cette rénovation a fait l’objet de nombreux débats et études à l’origine de nombreuses associations d’habitants et de la naissance d’un urbanisme participatif. C’est à cette époque que naît l’ADA 13, association bien connue des lecteurs de La Gazette qui, à l’occasion de ses quarante ans a remis une grande partie du matériel (écrits, photos, articles…) accumulé durant toutes ces années au Pôle de recherche de l’Université ; une partie des sources de l’ouvrage en est tirée.

Ce fort maillage associatif et ce passé ouvrier ont probablement contribué à créer un sentiment d’appartenance et une unité à l’arrondissement. En dehors de ses quartiers symboles, la Butte aux Cailles et le quartier chinois, l’arrondissement est souvent considéré comme un tout par les habitants ; nous disons bien « j’habite le 13e » et d’autres peuvent « ne pas aimer le 13e ». Dans beaucoup d’autres arrondissements la référence est le quartier et non l’arrondissement.

Dernière rénovation en date, la ZAC Paris Rive gauche se distingue par son ampleur et par le peu d’habitants sur son site avant les travaux. L’idée des aménageurs est d’inventer là une nouvelle ville. Il faudra voir comment, dans ce quartier, vont se tisser les liens entre entreprises, université et habitants afin de lui donner une identité qui pour l’instant lui manque.

N’hésitez pas à consulter cet ouvrage, il liste de nombreux documents et films qui se déroulent dans notre arrondissement.


Librairie Joseph Gibert 21 rue M-A Lagroua Weill-Hallé 75013 ; vous y trouverez aussi la Gazette du 13e     

Le treizième en sources. Guide pour l’observation des mutations urbaines. Paris XIIIe arrondissement, Paris, éd Le Manuscrit, 2008

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Gazette 71 Haussmann et le 13e

Posted by lagazou sur 14 avril 2009

Embellissement? Chasse aux pauvres?

Par l’annexion, le 1er janvier 1860, au faubourg St Marcel et au 12e arrondissement de l’époque une partie du village d’Ivry et celui du petit Gentilly, fut ainsi créé notre 13e arrondissement. Une population très pauvre déjà occupait le terrain et elle se voyait repoussée toujours plus loin par les grands travaux entrepris par le préfet Haussmann. Il y existait également de nombreuses manufactures disséminées de manière anarchique au côté de groupes de pauvres habitations construites sans ordre, ce qui fit que ces quartiers étaient appelés « Le faubourg souffrant ».

Mais on ne peut séparer cette annexion du problème de l’octroi. En effet, ce système rendait la vie plus chère intra muros pour les habitants de ces quartiers nouvellement annexés.

Nous sommes donc sous Napoléon III. L’existence de cet octroi ne permettait pas une réelle surveillance de ces masses populaires souvent prêtes à manifester. Cette surveillance était un des buts non avoué de la politique impériale. Et, à chaque extension de la capitale, les industries parisiennes voulaient bénéficier d’avantages, malgré la crainte d’avoir à supporter la concurrence de la part des industries similaires déjà établies dans cette zone suburbaine. Par contre, les communes annexées trouvaient trop d’avantages à disparaître.

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Pourtant cette annexion devait coûter très cher, car ses véritables raisons en étaient politiques essentiellement, et pas seulement « hygiéniques ». Par la création d’un « Grand Paris », l’Empire exprime ainsi sa volonté de donner au représentant de l’État les pouvoirs nécessaires pour lutter contre d’éventuelles émeutes de la part de ces miséreux qui se trouvaient aux portes de la capitale et qui se verront bientôt obligés de s’exiler.

Le 13e va subir une transformation d’autant plus importante qu’il est traversé de part en part de l’arrondissement par la Bièvre dont le cours en a modelé profondément la morphologie et modelé le visage industriel et urbain. Cela posa de nombreux problèmes, car la rivière ressemblait plutôt à un égout à ciel ouvert au milieu d’une zone qui sera bientôt encore plus industrialisée et urbanisée.

Déjà, en 1826 furent entrepris des travaux d’assainissement, qui entraînèrent des expulsions d’usines et afin d’empêcher les éventuelles prétentions de ces dernières, furent offerts à la ville de nombreux terrains à prix coûtant. Cela permit au préfet de la Seine d’aménager la rivière et de reconstruire les ponts des Pascal et du Jardin des Plantes.

En 1833, une modification transforma la Bièvre en canal voûté, du Bd de l’Hôpital jusqu’à son embouchure dans la Seine, afin d’y rejeter le produit des égouts latéraux. Ce nouvel espace permit la création de nouvelles rues.

En 1852, un arrêté préfectoral concerna les conditions à observer dans l’établissement et la réparation des constructions le long de la rivière ; mais comme les industries continuaient de s’accroître de manière anarchique sur tout son cours, en dépit des règlements, la Bièvre n’était en effet plus qu’un égout. De nombreux projets de la recouvrir entièrement furent entrepris de 1860 jusqu’en 1910.

Napoléon III ne dit-il pas « Mettons tous nos efforts à embellir notre grande cité, à améliorer le sort de ses habitants, ouvrons de nouvelles rues, assainissons les quartiers populeux, et que la lumière bienfaisante du soleil pénètre partout dans nos murs ».

Ainsi donc, en 17 ans, de 1853 à 1870 ; Haussmann va pouvoir réaliser la transformation la plus rapide que Paris ait connue jusqu’à ce jour, et tout particulièrement dans ce 13e où habite la plus forte proportion d’indigents de tout Paris, après le 5e et le 11; il était donc un réservoir révolutionnaire qui s’était déjà manifesté en 1830 et 1848. Aussi, en prévision de troubles possibles, il fallait percer les ruelles étroites de l’ancien faubourg St Marcel, pour permettre les manœuvres de troupes. Entre 1867 et 1869, seront percés successivement les boulevards de Port-Royal, Saint Marcel, et Arago, et l’avenue des Gobelins. Le bd St Marcel, non seulement desservirait d’importants établissements publics, mais ainsi, du point de vue stratégique, par ce boulevard, l’École Militaire et les Invalides seraient reliés à Vincennes. De nouvelles rues furent également percées, non sans travaux gigantesques dus aux dénivellations importantes et des remblais provenant de la Bièvre, telle la rue de Tolbiac.

Ainsi, c’est à partir de la période haussmannienne que la vallée de la Bièvre va subir ses plus profondes transformations, entraînant une nouvelle structuration des quartiers du 13e.

Et la largeur des boulevards Auguste Blanqui et de l’Hôpital, calculée pour gêner la formation de barricades va également devenir une véritable barrière sociologique qui va séparer la population en deux. La plus aisée au nord et la plus pauvre au sud.

Haussmann, par ses réalisations de prestige ou stratégiques dans le centre de Paris a chassé les classes pauvres du 13e.

L’industrialisation et l’urbanisation se sont faites, comme il était à prévoir, rapidement et de nombreux lotissements ont été construits au coup par coup, selon le bon vouloir des entrepreneurs et des propriétaires fonciers qui avaient attendu l’annexion pour spéculer.

(D’après l’essai d’interprétation architecturale de l’histoire : La Formation du Val de Bièvre » de Joël Audefroy – 1977)

GJ

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Gazette 70 La fête au 25

Posted by lagazou sur 2 janvier 2009

60 ans d’une aventure unique

C‘était le 7 septembre, une bonne trentaine de compagnons fêtaient ensemble la longue aventure d’un lieu devenu historique, un lieu de mémoire pour les luttes des soixante dernières années.

Dans la cour de la rue du Moulinet, chacun se présentait, chacun incarnant pour une part la longue histoire qui a marqué notre quartier. S’il est une maison dont l’histoire vaut d’être contée, c’est bien celle du 25 rue du Moulinet. Elle mériterait bien tout un livre et j’espère qu’il verra le jour. En 1945 c’était un hôtel meublé, le propriétaire, un pharmacien très pratiquant, bienveillant envers les militants d’action catholique, avait ouvert les lieux à des permanents venus de Saint-Étienne et du Nord pour animer à Paris des groupes actifs d’action familiale, syndicale et politique (Mouvement Populaire des Familles, Mouvement de Libération Ouvrière, Mouvement de Libération du Peuple). L’immeuble, à cette époque était occupé par des militantes de la JOC.* Les jeunes, frais débarqués de province, certains permanents d’organisation, occupèrent alors des chambres dans l’immeuble dont les WC se trouvaient soit dans la cour, soit sur les paliers. Très vite les couples se sont formés et les enfants sont arrivés. Alors chacun abattait les cloisons, installait un lavabo, puis quelques douches, un évier moins rudimentaire. Un peu tard la maison fut louée en totalité au MLP, ancêtre du PSU, qui répartissait loyers et charges entre les occupants. Au rez-de-chaussée, sur la rue, une boutique. Ce local aura vu défiler de multiples groupes militants, il aura servi de lieu de rencontre à des centaines de compagnons. Aujourd’hui encore il s’ouvre à bien des activités, il héberge une des AMAP *du quartier. J’y ai traîné mes guêtres depuis les années 50, au temps du MLP. Et ce n’était pas triste, on y croyait, on pouvait changer le monde. Alors pour des centaines d’amis, de camarades, ce local fut le lieu des aventures les plus téméraires; occupations de logements vides, échanges avec les paysans, engagements dans les rénovations urbaines, soutien aux grévistes de l’arrondissement. C’était aux temps où les forces vives du XIIIe, Chrétiens de gauche et Communistes marchaient la main dans la main. Toute cette histoire mérite vraiment un volume. Autre aventure, probablement unique, celle des habitants de l’immeuble. Les familles, nombreuses et modestes pratiquaient un partage qu’on imagine mal aujourd’hui.

fete1Au mur, entre deux étages l’unique téléphone de la maison faisait courir la marmaille, une vingtaine de petits, et l’on s’interpellait, on cherchait le destinataire du message. On partageait tout : la machine à tricoter, la machine à laver, la garde des petits. J’ai le souvenir ébloui et amusé de cette vie intense qui m’a donné des ailes. Aux réunions du soir, les femmes tricotaient par nécessité, on défaisait es pulls, on retricotait et les gamins se devaient de tenir les bras écartés pour refaire les pelotes. Qu’on était loin des baby-sitters des petits chéris d’aujourd’hui. La politique, les gamins en étaient baignés si naturellement que très vite les bonnes questions émergeaient. Au 25, Nelly habite la maison depuis 1945. À la fois animatrice d’une histoire rare, gardienne d’enfants dès que l’urgence s’en impose, grand-mère et arrière-grand-mère irremplaçable, elle tient table ouverte et assure bénévolement le rôle de syndic. Grâce à elle qui maintient la cohésion, lors de la mise en vente de l’immeuble et malgré une promesse de vente faite à un promoteur, les occupants de l’immeuble ont réussi tous ensemble et avec un apport dérisoire à racheter leur logement. Au 25, il y a depuis si longtemps des miracles quotidiens et une convivialité si naturelle qu’on voudrait bien la rendre contagieuse.

SL

*JOC Jeunesse Ouvrière Chrétienne.

*AMAP Association pour le maintien de l’agriculture paysanne.

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Gazette 69 Mai 68 dans le XIIIème

Posted by lagazou sur 8 novembre 2008

cabu2Quelle bonne idée ! Après avoir déniché un document de 50 minutes réalisé par ACR (Action Cinématographique Révolutionnaire), quelques militants ont formé le projet de réunir du monde autour de ce film. Ils demandèrent à une « ancienne » de retrouver les acteurs, ceux qui animèrent en juin 68 le Comité d’action. On les retrouva, un peu plus dégarnis, la barbe virant au gris-blanc, et heureux de raconter l’histoire. Vu de quarante ans plus tard, on s’étonne de la fièvre qui régnait alors, de l’espérance, bref de la jeunesse du mouvement. Utopique ? Peut-être, mais diablement réconfortant ; tant de monde dans la rue pour soutenir les grévistes, tant de soleil sur les pavés, et aussi dans les cœurs. Nos rues animées par les fervents d’un monde nouveau et la recherche obstinée pour faire converger les luttes des usines, celles du Comité et celles des étudiants.

La salle d’Atoll 13 était bourrée, le débat s’est engagé. Comme d’habitude le monde se partage entre les optimistes et les autres, ces derniers critiquant un côté « donneur de leçons » de la part des encartés. Pour les premiers, la réalité de ce mois de juin, la force des engagements, résonnent comme un modèle et l’on se prend à rêver d’un monde entrevu, un peu comme un paradis perdu. Analysant notre morose décennie, on trouve dans les modes d’action d’alors comme des recettes qui pourraient bien faire bouger les choses. Sont évoquées en particulier la libération de la parole et la jonction des luttes et des énergies. Les « boîtes en lutte » mobilisées à plein temps n’avaient pas souvent les moyens de se coordonner avec d’autres usines. La structure de quartier aura permis bien des coordinations. Ce Comité d’action XIII au sein duquel trotskystes, maoïstes, syndicalistes et inorganisés menaient ensemble action et réflexion. Aujourd’hui, ça fait rêver.

La projection nous aura rappelé combien notre quartier était encore industriel, un des animateurs lisant la liste des entreprises à soutenir et à mettre en liaison. Il a également rappelé la recherche de coordination avec paysans et commerçants susceptibles de soutenir matériellement les grévistes. Il faut se rappeler qu’une grève longue coûte très cher, pour « tenir », la solidarité est une denrée indispensable.

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Parmi les réflexions, s’est fait jour une analyse des ferments qui levaient déjà avant 68 ; on évoque, entre autres, les comités Vietnam. Le rôle de la CGT est aussi venu sur le tapis, syndicat qui a normalisé l’action, elle a eu peur des débordements et fut parfois débordée. L’exemple de LIP est révélateur : contrôlée en 68 par la CGT, l’entreprise a vécu une frustration. Plus tard, les salariés ont réinventé leur mai 68, menant une bataille exemplaire. Un des amis du quartier a rappelé qu’il existait aujourd’hui une appétence certaine pour la rencontre large et ouverte. Tout compte fait, la soirée fut tonique et la rencontre au bar plus que chaleureuse.

Vous pouvez voir le film Mai 68 dans le XIIIe au Forum des Images des Halles.

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