La Gazette du 13ème – Journal de quartier

La Gazou

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Lectures d’été : de belles aventures à découvrir

Posted by lagazou sur 12 juillet 2015

Jean-Pierre Clerc, Jean Walter & Zellidja, ou le devenir-homme, éd. Kéraban, 2010, et Z, dix mille voyages initiatiques, éditions Barakah, 2011.

L’auteur, habitant du 13e, ancien Zellidja et ancien journaliste du Monde, commence par nous conter la vie de Jean Walter. On connaît en tant qu’architecte le parcours de celui qui a débuté avec les maisons jardins, comme celles de la pittoresque « Petite Alsace » nichée dans la pente de la rue Daviel. Il s’est aussi illustré dans l’architecture hospitalière qu’il a contribué à renouveler. Son nom, associé à celui de Paul Guillaume, évoque par ailleurs la belle collection de tableaux impressionnistes rassemblés au musée de l’Orangerie. On sait moins que, jeune homme aventureux, il a sillonné à bicyclette les routes d’Europe ; convaincu du rôle pédagogique d’expéditions, menées dans la prime jeunesse avec un objectif de découverte qui va bien au-delà d’un simple voyage touristique, il a voulu en faire bénéficier des jeunes de 16 à 20 ans, en leur accordant une bourse, volontairement modeste. Il fallait partir seul, se débrouiller et, au retour, rendre un compte-rendu écrit. Les boursiers apprenaient à écouter, à voir, à être responsables et à prendre confiance en eux.

Jean Walter a pu financer ces bourses, grâce aux gains considérables réalisés dans l’exploitation d’une mine de plomb située au Maroc au lieu-dit Zellidja. C’est donc ce nom qui a été donné à la Fondation qu’il a créée en 1951. C’est ce même nom qu’a pris l’association constituée par des anciens « Z » pour se retrouver, s’entraider et faire connaître le dispositif aux générations postérieures. Grâce à leur conviction et à la satisfaction d’avoir pu vivre une telle expérience, Zellidja a pu survivre, malgré de nombreuses péripéties et, après 1968, une interruption de quelques années.

Au 60 de la rue Regnault, dans le 13e, est installée l’association Zellidja : vous pouvez vous y procurer ces deux livres qui relatent la genèse et l’évolution de la Fondation et de l’association Zellidja. Le dispositif d’origine s’est adapté en cours de route : le terrain d’aventure, d’abord métropolitain, s’est rapidement élargi au vaste monde ; les rapports de voyage font désormais appel aux multimédias ; le recrutement s’est démocratisé ; et, surtout, les jeunes filles y ont été « admises » et sont devenues largement majoritaires.

Ces livres nous font découvrir la richesse des expériences privilégiées dont ont bénéficié plus de 10 000 boursiers, et montre leur esprit de solidarité, l‘esprit « Z ».

www.zellidja.com

Zellidjalogo

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Gazette 82-Loris et son scooter électrique

Posted by lagazou sur 25 novembre 2011

 J’ai été intriguée par un homme en fauteuil électrique, impassible et immobile, que je voyais assez régulièrement dans notre quartier. Peu à peu, il était devenu comme un symbole dans le 13e qu’il habite depuis 6 ans. Par tous les temps, qu’il pleuve, neige ou vente, on le voit assis, imperturbable, dans son fauteuil électrique. Car, bien qu’il reste longtemps sans bouger, il ne supporte pas de rester enfermé. En effet, avant, jusqu’en 1999, il exerçait le métier de pompier, métier qui exige beaucoup de qualités physiques et qui, pour le pratiquer, soumet le candidat

à une sélection sévère. Mais maintenant, il n’a même plus le droit de travailler, pour cause de maladie professionnelle. Le corps médical lui propose de l’opérer, ce qu’il refuse pour l’instant, craignant les effets secondaires. Malgré tout, il a conscience d’être très fatigable.

 Mais il aime beaucoup notre 13e qu’il trouve accueillant et surtout très accessible physiquement à beaucoup de niveaux. Il s’est installé dans notre arrondissement pour être avec sa fille de 12 ans et sa femme. Il est heureux de sa situation ; et pour lui, ce qui reste primordial pour un handicapé, c’est d’être reconnu.

Nous avons bien ri quand je lui ai dit que dans le 13e, il n’y avait que les handicapés en fauteuil qui ne se plaignent pas de la disparition progressive des bancs ! Il s’est plaint par contre du manque, trop souvent, de « vespasiennes » d’autant plus utiles en ces temps de vieillissement de la population.

 Il équilibre sa vie par les relations qu’il tisse au fil des jours avec les piétons qu’il voit de manière régulière, car il est très communiquant et affable, son grand sourire en est le principal atout. C’est sa compensation avec la contemplation dont il garde le secret.

 Cependant, ce qu’il souhaite vraiment, comme tous les handicapés d’ailleurs, c’est que la recherche fasse de tels progrès qu’il puisse en bénéficier, car Loris n’a que la quarantaine.  Cela lui donne de l’espérance

 G. Juillet

(Loris, nom dont il ignore l’origine; alors, avis aux chercheurs…)

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Gazette 82- Un plaisir partagé

Posted by lagazou sur 25 novembre 2011

A la Butte aux Cailles, sur la place Paul Verlaine, connaissez vous les deux terrains de pétanque tout près de la fontaine ?

Il y a cinq ans, à la fin de l’été, des copains avaient oublié leur jeu de boules chez nous dans le sud ouest.

Revenus à Paris à la rentrée, attendant qu’ils viennent les récupérer, nous avons décidé de prolonger un peu les vacances et de nous retrouver pour une partie, suivie d’un diner improvisé tous ensemble.

Ce moment chaleureux et joyeux nous a donné envie de recommencer.

Et nous avons commencé et recommencé à nous réunir ainsi chaque semaine pour jouer et souvent diner ensemble.

Le plaisir de se retrouver est devenu si grand que nous avons, depuis 5 ans, joué par tous les temps, sous la pluie harnachés comme des pêcheurs à la crevette ou même dans la neige emmitouflés comme des Inuits.

Peu à peu, notre groupe de base s’est agrandi, d’autres copains sont venus nous rejoindre, des copains de copains, des habitants du quartier qui passaient par là sont revenus de semaine en semaine agrandir le cercle. Il est même arrivé que les 2 terrains ne suffisent pas!

Quelquefois ils n’étaient pas libres et nous avons essayé les arènes de Lutèce, le boulevard Blanqui et même la rue du Figuier, mais celui de la Butte aux Cailles avec ses bosses et ses goulottes, sous les arbres l’été, sous les réverbères l’hiver, est devenu notre île chaque semaine!

Nous y fêtons les anniversaires, partageons des gâteaux ou des inventions culinaires, une bonne bouteille ou du chocolat chaud sur le banc à la fin de la partie.

Maintenant, nous savons que ce jour là, notre jour des boules, on peut passer presque sans se concerter. Les autres seront là.

Ce moment est devenu un rite festif et ludique que nous retrouvons avec délice.

Gagner la partie nous importe peu, nous aimons les routes extraordinaires suivies souvent par nos boules pour approcher le cochonnet mais le plus important est la joie de se retrouver, la magie des échanges et du partage, oublier tout et s’inventer une parenthèse d’enfance…

« Allez, on joue! ».

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Gazette 82 Joëlle à la Margelle

Posted by lagazou sur 17 novembre 2011

Notre attachement commun à la TERRE a renforcé l’amitié entre Joëlle et moi.

Pour couronner notre même philosophie du monde et de « la terre » nous avons décidé de participer ensemble à la Semaine de la Solidarité Internationale 2010. Preuve de son ouverture à l’autre et au monde … Joëlle et Madagascar …

 Nous fûmes ainsi tous réunis à La Margelle, au 48 rue Samson, ce 20 Novembre 2010, autour de trois peintres et trois associations « liées à la Terre » :

 D’abord, LA MARGELLE : Joëlle (re)présentait LA TERRE comme matière à caresser, à modeler, … à transformer … Tout en discrétion et en réserve … elle a fait de son atelier un endroit attachant pour ses élèves et pour tous ceux qui sont passés par La Margelle … elle a donné une âme à cet endroit …

 Puis, Mamelomaso, la 2ème association, qui parlait du « Tanindrazana ». Mot malgache qui se traduit par TERRE des ANCÊTRES. Mme Nosy Rabejaona, historienne et archéologue, présidente de Mamelomaso a fait, lors de cette réunion, une conférence sur l’importance de la Terre en tant que matière mais aussi en tant que symbolique de l’âme dans la culture ancestrale malgache …

 Enfin, l’association « Sport Asa Tany », apportait la valeur TERRE nourricière. D’origine malgache, Asa voulant dire Travail et Tany= Terre, l’association Sport Asa Tany oeuvre pour la valorisation du travail des paysans des pays pauvres, qui travaillent encore leur terre à la bêche. Le Sport Asa Tany consiste tout simplement en un concours de bêchage !

Joëlle a complètement adhéré à cette forme d’aide aux plus pauvres : la reconnaissance de leur travail … En août 2010, les poteries de Joëlle furent parmi les plus beaux lots offerts aux paysans malgaches gagnants du concours.

 Ce soir du Samedi 20 novembre 2010, nous avons tous eu du mal à nous séparer … une communion autour de LA TERRE … nous ne savions pas encore que cette réunion était comme un cadeau de départ que Joëlle nous a offert …

                                                                                               Aurélie

 

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Gazette 82 Joëlle, la potière de la Butte

Posted by lagazou sur 17 novembre 2011

C’était un matin de novembre, gris dans la rue des Cinq diamants, une petite échoppe minuscule, sans apprêt, simplement marqué « poterie, » elle est fermée et je lorgne quelques pots en terre dans la vitrine, quelque chose d’incongru dans cette époque moderne.

 On est en 1989. J’y retourne le lendemain soir. Première rencontre avec Joëlle. Elle est bourrue, Les phrases sont courtes et hachées. C’est petit à l’intérieur. Le plus grand, c’est le four dont elle est fière. Elle m’explique  qu’ici, c’est un atelier de poche, Elle porte un grand tablier bleu  de jardinière, et ses doigts habiles retouchent  quelques œuvres branlantes  d’enfants insouciants. Oui, elle reçoit des enfants le mercredi, pas trop, c’est vite rempli, ici. J’accueille comme un privilège l’inscription de ma fille, et désormais, l’atelier fait partie de mes parcours familiers ; Les discussions en hiver, autour de tout et de rien, je passe, je vais voir Joëlle. Je m’assois sur un grand tabouret, et mes doigts s’égarent dans la terre  rouge, brune. Un jour, je lui demande si elle peut m’apprendre à tourner. Elle possède un vieux tour à pédale, bricolé par un copain. Imperturbable, elle m’explique que pour tourner correctement, il faut tourner tous les jours, plusieurs heures pendant un an ; peu importe, c’est le plaisir d’être là, sentir la terre monter sous les doigts, sous son œil vigilant, son regard malicieux quand tout s’effondre. Encore une fois, je lui demande de recommencer «  montre moi ! » le plaisir de sentir la terre vivante sous ses doigts, cette magie à chaque fois.

 Nous étions une petite bande, on venait pour la terre et aussi pour ce lieu hors du temps, pour Joëlle. Quelquefois, on lui disait : » tu pourrais les mettre en valeur, là dans la vitrine, tes formes en terre mélangée, c’est beau, tu pourrais les vendre ». Elle marmonnait, la vitrine restait poussiéreuse, et un peu plus tard, elle nous offrait une forme ronde et colorée.

Joëlle nous a quittés au mois d’août, brutalement

 J’aurais bien retouché à la terre, maintenant  j’ai du temps, je suis à la retraite.

 Annette

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Gazette 79 L’amour prend le Bus

Posted by lagazou sur 24 avril 2011

Conte de fée dans le 64

 Il était une fois un vaillant chevalier aux commandes d’un carrosse parisien et une princesse lointaine, passagère de la diligence

Elle venait d’un continent étranger, comme tant d’autres elle avait pensé rejoindre l’eldorado. En attendant d’atteindre son rêve elle vivait de petits boulots. Les études sanctionnées au pays d’origine sont rarement validées au beau pays de France.

La vie quotidienne, entre difficultés de logement, travail ingrat n’avait pas de quoi enchanter ses jours et ses nuits.

Maria, pourtant, gratifiait notre voisinage de rires en cascades  communicatifs, on la voyait rarement maussade.

Nous, ses amies, connaissions bien ses lourds soucis : la privation d’êtres chers, l’enfant quitté sans espoir de retrouvailles, la peur qu’éprouvent tous ceux dont les papiers tardent à venir. C’était donc merveille de découvrir des sourires si souvent suivis de rires.

Pour se rendre au travail Maria prenait tous les jours l’autobus 64 qui va de la place d’Italie à la place Gambetta. Astreinte à des horaires réguliers, c’est bien souvent qu’elle abordait le chauffeur du bus au départ de la mairie du 13e. A chaque trajet partagé, Maurice, de plus en plus, couvait des yeux la charmante passagère. Il faut dire qu’elle était coquette, gracieuse et tellement souriante ! Bien vite il n’eut d’yeux que pour elle tout en gardant un œil sur la circulation. Jamais notre habile conducteur ne provoqua le moindre accident !

Son regard attentif s’assombrit parfois, il devinait sous la mine joyeuse un univers de tracas, qui, parfois, se lisait sur le visage de Maria. Un jour, au passage, prenant prétexte d’un air plus sombre, Maurice remis à sa passagère un papier portant son numéro de téléphone « au cas où vous auriez besoin de quelque chose ».

C’était assez discret, le papier fut conservé et le jour où un déménagement se profila pour Maria, elle fit appel à lui. Inutile de dire que le transport des maigres effets de la jeune femme fut expédié rapidement. L’occasion était fournie pour inviter à dîner sa passagère accompagnée d’une amie.

Ainsi commencent certains contes de fées, qu’ils soient urbains dans le cadre d’un autobus ou campagnards à l’occasion des vendanges.

Ils se revirent dans le bus, parfois ailleurs, elle n’était pas si farouche et l’employé de la RAPT ne manquait ni de charme ni de gentillesse. Un jour il fut question de vivre sous le même toit. Pour une décision si grave, Maria fit appel au jugement de ses amies.

Cela méritait bien un dîner, Maurice nous fut présenté, nous dûmes tester l’élu. Il passa brillamment l’examen de passage auprès des deux mentors consultés. Les mois passent, la famille de Maurice tombe sous le charme, elle accueille chaleureusement l’élue. Et voilà que, comme dans tous les contes : ils se marièrent, nous, ses marraines, furent invitées à être les témoins de Maria.

Un très beau mariage, une mariée toute en dentelles, maquillée comme une star, c’était l’hiver, pourtant une chaleur heureuse présidait à la fête dans une mairie de banlieue bien accueillante. Les musiciens du pays de la mariée contribuaient aux réjouissances. Plus tard, les amis se retrouvaient au château, résidence du comité d’entreprise de la RATP, un lieu assez féerique entouré d’un parc somptueux, d’une pièce d’eau digne des plus belles demeures.

La soirée fut d’autant plus réussie que les invités pouvaient dormir sur place, partager le petit déjeuner, dévorer le parc  qu’un rayon de soleil éclairait. On a chanté, on a dansé, l’imagination n’a pas manqué pour inventer une chanson de circonstance, un film qui nous faisait découvrir le marié dans tous ses états et, cerise sur le gâteau, la pièce montée : petit chef- d’œuvre qui reproduisait à base de petits choux, nougat et chocolat, l’autobus 64.

Quand les contes de fées naissent place d’Italie, quand les rêves survolent nos rues, la Gazette s’en réjouit, elle les partage avec ses lecteurs.

                                                                                                Sabine

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Gazette 79 Résistants héroïques et discrets

Posted by lagazou sur 24 avril 2011

Le couple Postel-Vinay

 André Postel-Vinay avait 29 ans en juin 1940, sa femme Anise, 18 ans. Tous deux se sont révoltés contre la honte de l’armistice signé par Pétain, et ont décidé de ne pas l’accepter. Voilà pourquoi La Gazette se doit de vous faire connaître ce couple de citoyens apparemment tranquilles et sans histoire qui ont traversé des moments terribles et pleinement assumés pour que nous tous puissions vivre dans un pays libre.

            André Postel-Vinay a attendu sa retraite pour écrire Un fou s’évade où il ne relate que les souvenirs de 1941à 1942. Comme beaucoup des résistants il avait besoin de silence et de temps pour évoquer l’indicible. Dès la défaite de 1940 il a cherché à aider les forces d’opposition au gouvernement de Vichy. Quand on cherche, les rencontres se font, et, à partir d’octobre 1940 ce jeune inspecteur des finances se trouve pris dans les réseaux à risques de l’IS (Intelligence service, pour aider en France des agents de la France libre) Dès lors autour de lui les arrestations se multiplient avant qu’il ne tombe lui aussi dans le piège tendu par un certain Paul qui, sous prétexte de lui faire connaître son nouveau patron devant fournir des liaisons radio fiables pour joindre Paris à Londres, va le faire arrêter par la Gestapo.

Nous avons tous vu des films sur la période qui ne font pas l’impasse sur les méthodes barbares pour arracher des renseignements. Mais ce livre-témoignage prend ses distances, celle du détachement historique et de l’humour : « J’eus le sentiment d’entrer dans un autre univers… fâcheusement voisin de ces enfers où les sculpteurs du Moyen Âge précipitaient les damnés ». Hanté par la peur des interrogatoires où il pourrait faillir à l’honneur : « Voilà un mot bien sonore et désuet… si je lui avais manqué… je serais devenu fou, déséquilibré par un conflit interne et obsédant » il décide de se tuer en se précipitant de la balustrade du deuxième étage de la Santé. Las ! il se rate. Toujours sur le mode détaché, la suite de ce récit conduit le lecteur, au travers des souffrances, des diverses péripéties et changements de prison ou d’hôpitaux, jusqu’à son ultime évasion, qui finira par l’amener à Londres, auprès de De Gaulle.

Un des enseignements qu’il va tirer de son expérience est qu’il faut réviser les préjugés : la police nazie n’est pas aussi organisée que féroce, et se méfier des apparences : un gardien allemand, qu’il nomme irrévérencieusement Gorille et qui doit serrer quotidiennement ses menottes, va au contraire lui témoigner de la compassion et le nourrir. Son corps délabré par la chute lui vaudra d’être emmené à une infirmerie : le pavillon Quentin à la Pitié-Salpêtrière et là encore il rencontrera un officier humain. Sa sœur et son beau-frère arrivent par l’intermédiaire d’un médecin à lui suggérer de contrefaire la folie, ce que les autres pensionnaires de Quentin simulent aussi, ou dont ils sont vraiment atteints. Des Allemands, Hans, ou Français, Clovis, jalonnent en anges gardiens ce parcours éprouvant, toujours décrit avec humour : « Le secteur centre-sud de mon dos commençait à s’irriter de façon tout à fait déplaisante ». La nuit de Noël un gardien allemand lui apportera du chocolat chaud. Il arrivera à ne pas sombrer dans la folie, malgré des maux de tête intenses, et son dernier psychiatre, un Allemand, l’a vraisemblablement laissé s’évader en douceur de Ste. Anne. En septembre 1942 il est donc libre, se cache dans Paris chez des amis, s’en va à Gibraltar, puis à Londres où les Anglais lui feront subir des interrogatoires pendant un mois avant de le laisser se présenter à de Gaulle. Celui-ci le nomme directeur-adjoint de la caisse centrale de la France libre. C’est donc en Angleterre qu’il commencera à exercer son métier d’origine, mais au service de l’intérêt public pour libérer son pays.

Sa femme il ne la rencontrera que lorsqu’elle sera revenue du camp de Ravensbrück. Il l’avait entr’aperçue à la Santé lors de son arrestation. Cette grande jeune fille blonde faisait aussi partie d’une famille violemment opposée au nazisme. Son père, médecin issu de paysans jurassiens l’éduque comme ses frères et sœurs, « à la dure » ce qui lui permettra de résister au régime inhumain des camps. Sa mère, alsacienne, est au courant avant 1939 des horreurs du nazisme et a toujours soutenu la résistance de ses enfants. Anise, en prison, a la révélation de l’idéalisme communiste. Ces militants qu’elle croyait voués au matérialisme, ont un courage et une flamme extraordinaires, en particulier Auguste, nom de code de Raymond Losserand. Après avoir été transférée à Fresnes, galvanisée, elle essaie aussi de s’évader en attaquant une surveillante, ce qui lui vaudra l’admiration et l’estime amoureuse d’un officier allemand qui l’autorisera à recevoir des colis de ses parents, alors qu’elle est cataloguée NN : Nacht und Nebel : Nuit et brouillard, ceux qui devaient être considérés comme disparus. Comme elle l’écrit simplement,« Nous ignorions les termes de résistance et de réseau, simplement nous faisions quelque chose avec un petit groupe de gens ». Un mois après son père qui a échappé au poteau d’exécution elle est envoyée comme lui en octobre 1943, en Allemagne, et à Ravensbrück elle fait une double expérience qui la marquera à vie : celle de la déshumanisation à laquelle sont soumises les prisonnières « au-dessous d’un certain seuil de sous-alimentation, de maladie, d’épuisement, de harcèlement, la lutte pour la survie devient animale, incontrôlée », mais aussi celle exaltante des rencontres et amitiés avec des femmes d’élite de l’Europe entière : les Françaises Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, l’Allemande Margarete Buber-Neumann, la Tchèque Milena Seborova. Elles ont toutes frôlé la mort par dysenterie, typhus, tuberculose. Elles s’en sont sorties par leur volonté, leur résistance physique, l’aide apportée par les « bons kapos », ces prisonnières, aides des oppresseurs qui, malgré leur mauvaise réputation, ont en fait souvent aidé leurs consœurs. Une grande douleur d’Anise sera de n’avoir pu empêcher la mère de Germaine Tillion d’être gazée et, quand elle sort de ce cauchemar vivante, d’apprendre la mort de sa sœur fusillée par les Allemands près de Paris le 27 août 1944.

 Revenue à Paris, elle sera présentée à André par la sœur de celui-ci, et ils ont fondé ensemble un couple soudé par l’estime et l’amour. Après son retour, elle ne fréquentera que ses amies du camp, collaborera au bulletin des déportés, et soutiendra son époux quand il entreprend la rédaction de son livre.

Je lui suis reconnaissante d’avoir accepté de me recevoir, car il lui coûte à son âge de raviver ces souvenirs. Elle a été heureuse, à la fin de notre entrevue, de m’apprendre qu’en ce début décembre, la Banque d’Angleterre va organiser une exposition, à son siège londonien, du travail accompli sous la direction de son mari pour mettre en place l’emprunt à la dite Banque, emprunt nécessaire pour financer la libération de la France, emprunt remboursé dans sa totalité après-guerre.

Anise a partagé avec André, disparu il y a 3 ans, les qualités qui, selon lui, font les vrais héros : « Il n’y a pas d’héroïsme vrai sans vision réaliste des événements… il n’y a pas non plus d’héroïsme sans la vivacité d’imagination qui fait mesurer à l’avance l’ampleur et les détails du péril. »

Elle demeure toujours sur la Place Pinel, dans la discrétion.

G. Mennessons

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Gazette 78 La soprano Elsa Tirel

Posted by lagazou sur 29 décembre 2010

Le 21 juin dernier, devant la librairie Maruani, c’est là que je l’ai entendue pour la première fois. Elle passait, avec le même bonheur, de la chanson de variété aux airs d’opéra, et le plaisir joint à la curiosité m’ont poussée à en savoir plus sur cette soprano, jeune, gracieuse, et captivante.

Elsa Tirel habite dès sa petite enfance dans le 13e, où elle fréquente le collège Raymond Queneau, puis le lycée Claude Monet. Là sa rencontre avec Annick Chartreux (professeur de musique qui dirige l’orchestre de Claude Monet, et l’a conduit en Europe et Amérique) est déterminante : parmi toutes les activités artistiques, piano, danse, chant, qu’elle cultive depuis l’école primaire, c’est au chant qu’elle va se consacrer. Il lui permet de dépasser sa réserve naturelle, et d’épanouir ses dons de comédienne. Elle fréquente le conservatoire de l’arrondissement, en cours de chant et solfège, s’inscrit en faculté de musicologie à la Sorbonne, où elle obtient sa licence,option pédagogie, et passe au Conservatoire National Supérieur de Paris, où elle obtient son Prix de chant après avoir un cursus complet. Pour avoir l’équilibre indispensable à une vie remplie d’activités, elle entraîne constamment son corps en pratiquant yoga, natation, vélo.

Par ailleurs son sens de la pédagogie l’amène à travailler avec les enfants, et elle contribue à leur éveil musical, comme animatrice de maternelle. Appréciée et soutenue par ses divers professeurs, elle fonde en 2008 sa compagnie,Prima la voce présidée par Isabelle Aboulker, compositeur et pianiste et l’on retrouve dans les membres fondateurs Annick Chartreux et Nicole Maruani. Ce qui l’intéresse, dans les spectacles qu’elle produit,est d’y insérer danse, théâtre et conte. Elle écrit avec sa pianiste, pour remettre au goût du jour l’opérette, le spectacle Parlez-moi d’amour produit en mars 2010 au théâtre Jean Bart, à Saint-Nazaire, y participe aussi une récitante-metteur en scène et sa pianiste. A elles trois, elles forment le trio « Les Enchanteresses ». En juillet 2010, aux Contre-plongées de l’été, à Clermont-Ferrand, elle vient de produire le Concerto funambule, pour funambule, comédien, harpe et chant. Comme interprète lyrique, depuis 2002, elle a incarné, tant à Paris qu’en province, les rôles de Pamina(La Flûte enchantée) à la chapelle de la Salpêtrière, au CNSM de Paris, la Bergère dans L’Enfant et les sortilèges, Mélisande dans Pelléas et Mélisande, Blanche de la Force dans Les Dialogues des Carmélites et, en province, Cupidon dans Orphée aux Enfers d’Offenbach. Elle a chanté aussi dans The Fairy Queen de Purcell et Les Indes galantes de Rameau. Elle a accompagné de son chant des conférences thématiques, aux musées Maillol, du Louvre, de la Libération. Dans ce dernier, elle a créé un spectacle sur Joséphine Baker, avec guitare et percussions et le succès obtenu alors amène ce musée à lui demander d’en créer un autre sur la période de la Résistance. Cela fait partie de ses projets actuels. Elle va certes reprendre Parlez-moi d’amour, et, sous une forme remaniée, un spectacle Pour un funambule où, avec sa harpiste, elles enchaîneront mélodies et textes sur le funambulisme. Le succès de À la découverte d’Isabelle Aboulker en 2009 à Nevers l’amène  à présenter ces contes musicaux sous deux formes : une avec chant et récit, pour les enfants, l’autre avec chant seulement pour adultes. Mais ce qui excite en ce moment sa créativité, c’est un spectacle sur La Fontaine Eh Bien ! dansez maintenant, où se mêlent chant, piano, récitant, danseur ; un autre sur la musique baroque,où l’accompagneront clavecin et viole de gambe, et le spectacle sur la Résistance qui s’intitulerait Drôle de guerre accompagné de récits historiques, guitare et percussion.

À noter sur vos agendas qu’elle chantera accompagnée au piano, à l’église de la Trinité, 172 bd. V.Auriol le 29 octobre à 20h 30, et dans le cadre des Jeunes Talents à l’hôpital Paul Brousse en novembre.

Si affinités artistiques, consultez son site  www.myspace.com/elsatirel

vous pouvez aussi faire des propositions à sa compagnie par mail : primalavoce@gmail.com ou par téléphone :06 61 11 86 42.

Suivez donc ce jeune espoir prometteur de notre treizième, comme son aîné Laurent Naouri.

Georgia

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Gazette 77 Des mots et merveilles

Posted by lagazou sur 8 octobre 2010

Dans un jardin partagé

Ce jour-là au jardin, les enfants du cours moyen de l’école du 104 avenue de Choisy s’en donnaient à cœur joie, on récoltait les radis, on allait les laver et on les partageait. Les deux parcelles destinées au jardinage collectif, délimitées avec soin par des bordures de coquilles présentaient une belle diversité. Une fois rangés les outils, la classe se retrouvait sur la pelouse pour partager le gâteau au chocolat préparé par Thomas, dix ans, qui servait chacun d’une part généreuse.

Cette introduction, pour présenter un véritable lieu de vie bien caché entre les rues du Tage et de l’Industrie, propice aussi bien à l’activité partagée qu’au silence et à la tranquillité.

Au printemps, c’est un bonheur !

Au commencement, c’était un garage sans entretien, sorte de terrain vague utilisé comme parking. La Mairie du 13e a formé le projet d’en faire un jardin qui réserverait 2 parcelles de 47 mètres carrés pour la culture collective. La gestion en fut confiée à l’association Les Peupliers. Un contrat de l’association signé avec la Ville se basait sur la convention de type « charte main verte ». La charte « main verte de la Mairie de Paris » adopte quelques principes simples : Jardinage au naturel, travail collectif, rotation des cultures, potager des récoltes. Les deux parcelles bénéficient de terre végétale et de haies, elles furent livrées aux jardiniers au printemps 2007. Les jardiniers amateurs bénéficient des conseils, des recettes de la revue mensuelle « Pour nos jardins », document qui « met le savoir-faire des jardiniers chevronnés à la portée des débutants. »

Grâce à l’association Circul’livre, le jardin Paul Nizan s’enrichit de la libre circulation des livres déposés par les uns et les autres, de manière anonyme et gratuite. Une cabane en forme d’igloo construite en bois constitue un double abri ; d’un côté réserve à outils, de l’autre bibliothèque.

La partie du jardin gérée par la Ville, favorable au délassement est devenue, grâce à la qualité de l’ensemble, le véritable salon du quartier. Pour Mariegine Auffrey-Milosi, responsable des espaces verts à la Mairie du 13e, le but est atteint, tout participe à faire du jardin un lieu convivial. Quelques parents concourent largement à l’affaire. Ainsi, Florence avait préparé un gratin de cardons récoltés sur une parcelle, dégusté en commun, les gestes symboliques de ce genre sont précieux pour créer le lien.

Les usagers du potager règlent une cotisation annuelle de 20 €, c’est de cette manière que les premières graines ont été financées. Le Conseil de quartier a participé à hauteur de 500 € pour l’achat de matériel et, plus tard, a permis l’achat de bulbes.

Depuis le printemps 2007, les saisons d’activité se mettent en place dès le mois d’avril et se terminent soit en octobre, soit en novembre. Le travail collectif a lieu le samedi après-midi et les différentes classes des écoles du quartier inscrivent l’activité jardinière à leur programme.

Régulièrement, des ateliers à thème viennent parfaire les connaissances des participants.

Entre autres, en mars 2008, l’atelier moulage en plâtre. La même année, on annonçait l’atelier « soigner les plantes par les plantes ». Toujours en 2008 à la BnF, la réflexion se portait sur le sens des « jardins partagés, nouveaux espaces urbains ». Autre objet de rencontre : « du compost à la balconnière ». En vrac, citons d’autres thèmes choisis : le jardinage, c’est sportif, c’est le printemps, on sème, la manière douce pour un jardin naturel, quand les plantes s’entraident.

Le jardin, s’il n’est pas immense, comporte des parties fort variées, c’est ce qui fait son charme et le rend particulièrement agréable. Marie-Françoise Banvard, animatrice et correspondante départementale de Paris pour l’association « Jardiniers de France » s’est spécialisée dans un travail lié à la botanique. Elle est extrêmement passionnée et compétente, ses dons mis au service des nombreux usagers sont un élément précieux de la richesse des échanges.

Association les Peupliers http://assos.lespeupliers.free.fr

Association jardiniers de France http://www.jardiniersdefrance.com/fr/qui_sommes_nous/action.asp

Association Vivaces et Cie www.vivaces-et-cie.org

Aude du Pothagée

Le projet de jardin public est un projet de la mairie du 13e (à l’époque de la première mandature de 2001 – Serge Blisko étant maire du 13e), qui a souhaité dès l’origine y inclure un jardin partagé.

Le financement de l’ensemble du jardin public, y compris les parcelles du jardin partagé, est un financement mairie du 13e – la mairie du 13e dispose d’une enveloppe globale annuelle qui lui est allouée par la mairie de paris sur le budget municipal pour les espaces verts et avec cette enveloppe elle décide de l’affectation à tel ou tel jardin.

La mairie du 13e, sur le budget global du jardin public « Paul Nizan » a effectué la préparation des parcelles du jardin partagé (apport de terre végétale, plantation de la haie d’osmanthes qui délimite chacune des parcelles, pose des petites barrières et des portillons, installation des bornes d’eau pour l’arrosage, installation de la cabane pour les outils de jardinage)

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Gazette 76 Rencontre avec une artiste

Posted by lagazou sur 11 septembre 2010

en bas de chez moi

Pas loin de la Bibliothèque nationale de France, en pied d’immeuble, entre un hall d’entrée et un salon de coiffure, se trouve l’espace d’exposition « La Galerie » La salle est belle, claire, confortable. Les tableaux visibles de l’extérieur sont en vitrine et l’artiste aussi. Ce jour de janvier, j’ai poussé la porte vitrée et ai rencontré Sylvie Quémener au milieu de ses tableaux colorés de femmes et de fées ou de femmes/fées. Elle l’avoue elle-même, elle croit aux fées et son exposition s’intitule « Fées d’hiver ». Ces personnages qui nous entourent retracent autant de moments de sa vie, de sensations, de joies, de peines. Elle peint ce qu’elle ressent en dehors des modes et des conformismes. Pour elle la création est nécessaire à sa vie ; elle a toujours aimé s’exprimer par l’art quel que soit l’outil : elle a commencé par danser, enseigner la danse, souhaitait devenir chorégraphe. Cette respiration lui est nécessaire et elle trouve le temps de réaliser ce projet malgré un travail à plein-temps et 5 enfants dont trois sont encore jeunes (11,12 et 13 ans). Elle aime partager, échanger. Elle a participé à des ateliers dans les écoles, exposé dans des jardins partagés, des brocantes… Elle aime ce mélange des genres cette richesse des rencontres. Ses tableaux le traduisent bien, ils sont colorés, foisonnants, intenses dans les couleurs et dans l’émotion qu’ils transmettent.

Pendant dix jours, elle a été là toute la journée à voir les gens passer et à attendre qu’ils poussent la porte ; des familles regardent longtemps derrière les vitres avant d’entrer incitées par leurs enfants. Elle a ouvert à des jeunes du quartier peu habitués à ce type d’expression artistique qui l’ont remerciée et lui ont dit qu’elle était la première à les inviter à entrer. Un homme, sans domicile, tous les matins s’arrêtait devant un tableau et le contemplait longtemps de l’autre côté de la vitre. Elle veut penser qu’il y trouvait un réconfort, que cela l’aidait à repartir dans sa journée d’errance. Même s’il y a eu peu de passages et qu’elle n’a pas vendu de toile sur place, ce lieu lui a permis d’exposer une grande partie de son œuvre d’un seul tenant ; chez elle, elle ne peut la montrer que par petits bouts, elle habite un appartement de Paris Habitat (ancienne Office HLM) dans le 13e. C’est grâce à son bailleur qu’elle a pu le faire. En effet, ce local qui appartient à cet organisme est mis à la disposition des artistes inscrits à la Maison des artistes ce qui est le cas de Sylvie Quémener. Suite à l’étude de son dossier, elle a été choisie par le comité de sélection qui lui a prêté gracieusement le local. L’organisme s’occupe de la communication, de l’affichage, l’artiste choisit les œuvres qu’il souhaite exposer et s’occupe de leur installation. Pour elle c’était un premier pas, une possibilité de montrer son travail hors du circuit de la famille et des amis, de se confronter à leurs regards ; pour les visiteurs peu habitués aux galeries d’art c’était aussi une occasion de rencontrer une artiste. Une bonne initiative qui existe aussi dans le 14e.

« La Galerie » 11-13 rue Abel Gance (75013) dépend de la direction territoriale Sud Est

« L’Expo », 5 rue Maurice Bouchar (75014) dépend de la direction territoriale sud-ouest

Plus d’informations sur le site de Paris Habitat : http://www.parishabitatoph.fr

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Gazette 76 Une Iranienne dans le 13e

Posted by lagazou sur 11 septembre 2010

Rencontre avec Zohreh

Nombreux sont ceux qui ont un jour poussé la porte d’Hexamedia pour faire des photocopies, imprimer des devoirs, des tracts, des affiches et même notre chère Gazette a été à ses débuts imprimée par les talents des propriétaires de ce magasin, rue Baudricourt. J’ai voulu en savoir plus et j’ai, à mon tour, poussé la porte du magasin de la rue Nationale un lundi soir à l’heure de la fermeture Zohreh Karimzadeh s’activait à imprimer des photos pour Mme Doucouré de l’association AFAF 13, de retour d’un voyage au Mali avec une délégation d’élus de Gron (Yonne), commune jumelée avec son village natal. On a discuté pendant que Zohreh les imprimaient, puis un étudiant est passé, c’était fermé mais il lui fallait rendre son travail scolaire pour le lendemain matin ; il a trouvé des oreilles compréhensives et est reparti avec son exposé imprimé et relié. Voilà l’ambiance du lieu, un travail professionnel mais aussi une écoute, une convivialité et un accueil que l’on ne trouve pas partout.

Zohreh est iranienne, elle est venue en France en 1976 pour faire des études universitaires. À cette époque, le visa n’était pas nécessaire et de nombreuses familles aisées envoyaient leurs filles à l’étranger faire des études. Son père était allé en France pour raison de santé et avait rapporté un album plein de photos et de cartes postales qui faisaient rêver cette jeune Iranienne. Elle choisit donc la France pour faire des études d’urbanisme et de sciences de l’éducation. À la chute du Shah, en 1979, de nombreux exilés décident de rester en France ; les transferts d’argent sont limités entre les deux pays et les parents de Zohreh ne peuvent plus l’aider économiquement ; étudiante, elle n’a pas d’autorisation de travail et se rend compte qu’elle ne pourra pas exercer son métier ; son mari a du mal à terminer sa thèse d’urbanisme car il ne peut revenir en Iran. Ils décident donc de monter leur propre affaire avec leurs économies ; un magasin de photocopie demandait peu d’investissement, ils tombent sur un petit local en location proche de l’Université de Tolbiac et les voilà lancés dans l’aventure. Ce travail aux horaires souples permet aussi d’élever les enfants. Le local de la rue Baudricourt est trop petit pour faire autre chose que des photocopies, ils s’agrandissent donc pour pouvoir faire des travaux de PAO et s’installent rue Nationale. Ils ne regrettent pas ce choix, ils ont pu subvenir aux besoins de leur famille et ont fait de nombreuses rencontres dans ce lieu.

Souhaitant que leurs enfants s’intègrent dans la société française, et refusant la société iranienne d’après la révolution, ils ne parlent pas persan à la maison mais certaines traditions perdurent et la plus importante est celle du nouvel an.

Cette fête appelée Nowrouz, débute à l’heure précise où le soleil entre dans le signe du Bélier, en général le 21 mars lors de l’équinoxe de printemps. En Iran, le passage à la nouvelle année est décrété par l’Institut de géophysique de Téhéran. Le calendrier persan, en usage notamment en Iran depuis 1925 et en Afghanistan depuis 1957, descend des calendriers zoroastriens de la Perse préislamique. Les mois prennent le nom des signes du zodiaque en Afghanistan tandis qu’en Iran, ils sont dérivés de concepts zoroastriens. L’Iran entre cette année dans l’année 1389. À l’occasion du nouvel an, les Iraniens installent une nappe blanche où sont placés 7 objets dont le nom commence en iranien par la lettre « Sin », par exemple :

  • sabzeh – germes de blé, orge ou lentille poussant dans un plat (symbolisant la renaissance)
  • senjed – le fruit séché du jujubier (symbolisant l’amour)
  • sîr – ail (médecine)
  • sîb – pommes (beauté et bonne santé)
  • somaq – baies de sumac (la couleur du lever du soleil et santé)
  • serkeh – vinaigre (l’âge et la patience)
  • sonbol – l’odorante fleur de jacinthe (l’arrivée du printemps)
  • sekkeh – pièces (prospérité et santé)

D’autres objets peuvent y être aussi posés : un miroir, un bol avec poisson rouge (vie), des bougies allumées, des pâtisseries, un livre sacré ou un livre de poésie. Le nouvel an se fête d’abord en famille puis on va rendre visite aux parents plus âgés et à la famille élargie. La fête dure 13 jours et le dernier jour, tous les Iraniens sortent pour faire un pique-nique en famille.

Zohreh et son mari avaient jusqu’à présent peu développé de contacts avec la communauté iranienne mais depuis les élections de juin 2009, ils se sont rapprochés de leurs concitoyens pour contester les résultats de cette élection et dénoncer la violence manifestée contre les opposants. Zohreh porte d’ailleurs au poignet un bracelet vert inscrit « Where is my vote ? » (Où est passé mon bulletin de vote) nom du site Internet créé par le Comité indépendant contre la répression des citoyens iraniens. (www.whereismyvote.fr).

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Gazette 76 Mais où sont les rêves d’antan ?

Posted by lagazou sur 11 septembre 2010

Un artiste trublion

C’est lui, qui avec d’autres a créé en 1968 la série télévisée des SHADOKS et des GIBBIES. Lui qui rêvait de réhabiliter l’îlot du 122 au 126 avenue de Choisy, et d’en faire un milieu ouvert à tous, sorte de bouillon culturel populaire, et les bouillons, il s’y connaissait, car, disait-il « Il fallait bien que je mange. En plus je déteste manger seul. Le principe ici, c’est que je mange avec les gens » (cité par « Libération », les 27 et 28 décembre 1997).

Qui est ce Lui ? Le géant barbu, généreux et humoriste, à la corpulence d’un Dumas égaré dans le treizième, qui nous a faussé définitivement compagnie, un mois avant sa retraite, en 2002 : Jean-Paul Couturier, dont d’autres livraisons de la Gazette vous ont déjà parlé.

Pourquoi à nouveau un coup de projecteur ? C’est qu’entre les façades murées et lépreuses, la vieille cour pavée, au fond de laquelle, sur la gauche, nichait Jean-Paul dans son atelier, dans laquelle il tenait table ouverte, moyennant un très modeste écot et le grand carré de boîtes proprettes, aux rez-de-chaussée encore clos, mais bien défendues par des grilles ultra-neuves et encodées, ôtant toute velléité de curiosité, se sont volatilisés les pavés, ont disparu les « figures » qui ornaient les anciennes façades, bref s’est décolorée et exténuée la vision de réhabilitation que défendait Jean-Paul.

Né à Lyon de parents limousins, il avait passé son enfance dans le treizième, à Paris, fils d’ouvrier, au moment où la culture ouvrière était vivace. Brillant dans ses études, il a « fait » l’IDHEC, créé aussi une importante œuvre de graphiste pour des films d’animation et des collages et lacérages, mais chez lui l’activité artistique n’occultait pas conscience politique, et engagement social. Il voulait remédier au délabrement de l’îlot depuis que la Ville de Paris en était devenue le propriétaire négligent.

Or en cette cour, cohabitaient encore en 1980, 18 nationalités, et pendant longtemps, ce fut un lieu d’artisans : luthier, maroquinier, ébéniste, plombier, électricien. À l’origine se dressait là une ancienne auberge pourvue d’écuries pour le repos des chevaux qui franchissaient l’octroi de Paris, et au 126 une teinturerie, investie par des artistes dans les années 1950-60 ; André Malraux est venu y célébrer un peintre allemand, Baerwindt… Ce mélange social, culturel, cette fermentation artisanale et artistique, Jean-Paul avait conçu un projet pour les maintenir, avec des conditions de vie possibles pour les locataires restants aux revenus modestes.

Sa vision d’un « Écomusée du vieux Paris », il s’est battu pour l’imposer en discutant pied à pied avec les divers édiles du treizième. Mais où sont les cours pavées et la ruelle ? où est passée la « bignole » interviewée dans une ancienne Gazette ? qu’en est-il du côté populaire du quartier qu’il ne voulait pas voir se transformer en « loft à bourges s’encanaillant » (beaucoup des anciens locataires n’ont pu revenir à la fin des travaux, vu la cherté des loyers) ? quid des activités artistiques et artisanales ? et surtout, alors que Jean-Paul voulait relier cet îlot au Parc, en particulier à son guignol et à des promenades dans le parc pour les enfants sur des poneys logés dans les anciennes écuries, la cassure entre les deux lieux est consommée. Les anciens ateliers n’ont pas été concédés à des artisans d’art, les boutiques de l’avenue de Choisy ne sont pas ouvertes à des commerces traditionnels, le café dit « associatif »est une caricature de ce que l’on entend par cette appellation. Il n’y a pas bien sûr de jardin ouvrier où initier les enfants à reconnaître des légumes usuels.

Tout ceci était, selon lui, matière à discussion démocratique avec toutes les parties prenantes. Pourtant au fil du temps il était souvent déprimé devant les obstacles rencontrés lors de ses discussions avec les autorités municipales, et, au vu des résultats, on le comprend.

« L’Association des Amis de Jean-Paul Couturier » créée en 2003 essaye, en dépit de tout, de se battre, et la dernière Gazette vous a avertis qu’une cour portant le nom de Jean-Paul est créée, qu’une œuvre sera accrochée sur les murs. C’est peu, mais mieux que rien. Un projet de « Musée en voyage » mûrit, avec un film de Sylvie Lidvine, (artiste peintre, amie de Couturier), sur l’œuvre et la possibilité de créer des rencontres avec d’autres artistes. En Suisse, une Maison de la Culture l’accueillerait. L’Association veut demander à la Mairie de Paris de trouver un local pour montrer des films et y associer une exposition des œuvres de Jean-Paul. Elle a aussi l’intention d’entrer en liaison avec une université populaire. Elle ne baisse pas les bras, comme l’artiste dont elle défend la mémoire.

Pour conclure avec une devise Shadok « En essayant continuellement, on finit par réussir. Donc, plus ça rate, plus on a de chances que ça marche » c.q.f.d !!

Séraphine

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Gazette 76 Riton la Manivelle, quel coffre!

Posted by lagazou sur 11 septembre 2010

Ni dieu ni maître

Parmi les figures du 13e il y a Riton, Riton la Manivelle. Encore que, il a toujours eu un pied dans le 13e et deux dans le 20e. En tout cas… Toujours dans la rue, toujours là où il y a une bonne cause à défendre. Comment raconter Riton ? Pas facile… C’est avant tout un généreux et un engagé. Si on fait une recherche sur la toile ou dans la rue, on tombe sur des mots-clés tels que Bistrot, Anarchie, Solidarité, Libertaire, Culture Populaire, Bonne Bouffe, Commune de Paris… Effectivement, lorsqu’on le connaît un peu, on peut vérifier que tous ces mots lui collent assez bien. C’est un jovial, un partageux ; mais quand il s’agit de parler de lui, c’est une autre paire de manches ! Il ne se livre pas facilement l’animal ! C’est toujours comme ça avec les libertaires, on ne sait pas par quel bout les prendre et de toutes façons, ils ne se laissent pas prendre. Alors, on vit l’instant.

Riton était au départ comédien. « Mais au début des années 80, quand les casting directors sont arrivés, ils ont tout détruit et plus y’a eu de télé, moins y’a eu de travail ». Il a senti le vent tourner et s’est dit que c’était le moment de changer de crémerie. Il s’est alors construit ce personnage de Riton la Manivelle. Il s’est acheté son orgue de Barbarie et a commencé à chanter dans la rue. Ça lui colle parfaitement bien ; il peut ainsi être proche des gens. C’est un fidèle qui a ses habitudes. Par exemple, chaque dernier samedi de septembre, il participe à la fête de la Commune de la Butte-aux-Cailles. Il a aussi, pendant quelque temps, chanté dans des bars du 13e. C’est dans le petit troquet « Le vieux Belleville » au 12, rue des Envierges dans le 20e que je suis allée lui rendre visite. Il y chante tous les jeudis. « Avec Môôsieur Jean, nous formons le groupe Paris-Bistro qui fait trembler Tokyo-Hôtel » se plaît-il à raconter. Quelle superbe soirée, vraiment chaleureuse. Il nous a fait un récital de chansons allant de Ferré, à Bobby Lapointe en passant par « Hasta siempre » et « Le chant des partisans ». Et puis il y a l’entre-chansons, où il raconte, où il repositionne la chanson dans l’actualité faisant le parallèle entre les événements associés à « L’affiche rouge » et les événements d’aujourd’hui par exemple. Ces chansons ne sont pas nostalgiques mais criardes de vérités toujours d’actualité ! Il a aussi à son répertoire des chansons populaires et des grivoises pour la fin de soirée. Il sait faire participer le public. Sacrément organisé, il distribue son carnet de chansons à moustaches et tout le monde chante. C’est vraiment étonnant, car sans être cul pincé on peut avoir du mal à se lâcher comme ça et ben non ! Avec Riton ça marche et c’est vraiment libérateur. Faut dire que l’endroit est super-chaleureux ! Vraiment dommage que ce troquet ne soit pas dans le 13e. Ce genre d’endroit avec un beau vieux zinc authentique où la mémé qui habite au-dessus vient prendre son café, où la bande de jeunes du coin de la rue vient jeter un œil en entendant de la musique où les habitués viennent en sachant qu’ils pourront faire un brin de causette avec le voisin. Mais, peut-être connaissez-vous un endroit de ce genre dans le 13e ? Riton m’a parlé de « La planche à pain », où il a chanté, il y a quelque temps déjà, rue du Dessous des Berges, à découvrir…

Pour en savoir plus sur Riton : www.riton.org

Micheline

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Gazette 74 Abel Pautré aime le 13e

Posted by lagazou sur 15 janvier 2010

Abel Pautré aime le 13e arrondissement : s’il habite toujours la maison où il est né en 1932 c’est qu’il s’y sent bien. Et même, plus encore que le 13e, c’est son quartier Croulebarbe qui lui plaît bien. Il ne tarit pas sur le sujet, toujours enthousiaste, évoquant fréquemment aussi bien « l’Histoire » locale que les petites anecdotes de la vie quotidienne. Pourtant, sa vie n’a pas toujours été facile. Ce n’était pas la richesse, sa santé a été très vite précarisée par des maladies infantiles mal soignées. Dès 13 ans, les difficultés de la vie l’ont amené à « s’occuper de la maison » et à prendre soin de son petit frère. Il l’a fait avec tant de sérieux que les commères du coin voyaient en lui le « gendre idéal ». C’est qu’Abel a un solide sens de l’humour et ne se laisse pas abattre. Dans sa famille on aimait lire, réciter. Sa mère chantait l’opéra et, lui, a très vite appartenu à la chorale « à cœur joie ». Il a toujours fait du sport : adolescent, il jouait au basket sur un terrain vague du voisinage. Pendant la guerre, dans l’abri souterrain de la station place d’Italie, il faisait avec ses copains des concours pour lancer le plus loin possible des cailloux sur les rails du métro. Jusqu’à la soixantaine, il a pratiqué des activités sportives à l’ASPTT de Paris.

Après le certif’, il est entré dans les postes : télégraphiste, facteur, employé aux chèques postaux. Il évoque les grèves très dures d’alors. En 1958, il épouse une consœur de la poste puis a une fille. Il se reconvertit en 1963-1964, en entrant dans l’entreprise créée par son frère, à l’enseigne de « Pautré frères », spécialisée dans la peinture et la décoration. Il apprécie beaucoup cette nouvelle vie : des architectes leur confient un travail « merveilleux », ils engagent des compagnons qui connaissent bien leur affaire. Ils assurent la décoration de personnalités de l’époque : l’éditeur Gallimard, le cinéaste Marco Ferreri, le chanteur Charles Aznavour, le ministre Jacques Duhamel… Autant d’occasions pour connaître d’autres horizons. Aimer le 13e ne dispense pas d’aller voir ailleurs ce qui s’y fait. Abel, dans son expérience postière, a été chargé de réceptionner, rue du Louvre à Paris, les colis endommagés qui arrivaient au Havre du monde entier, véritables boîtes à merveille qui réveillaient son âme de bourlingueur. Il aurait aussi bien aimé être cuisinier sur un paquebot, mais la formation était trop chère. Après les voyages obligés du service militaire (Allemagne puis Maroc et Algérie), il est parti pour aller faire de la décoration (Arabie Séoudite, Côte d’Ivoire). Avec sa famille, il a aussi beaucoup voyagé, dans toutes les parties du monde.

Rester attaché à son lieu d’existence signifie une capacité d’adaptation aux changements intervenus au fil du temps. Quand on lui parle de son quartier, il a des regrets bien sûr : la vue imprenable depuis son 6e étage vers le Panthéon, bouchée désormais par la construction du building Arago. Il évoque aussi la perte de convivialité : il raconte les mères à la fenêtre, supporters passionnées de leurs petits jouant au ballon dans la rue et contre le mur de la tannerie d’en face ; les services qu’on se rendait entre voisins, le rab de soupe qu’on portait à la voisine ; la confiance mutuelle : la clé était sur la porte, il n’y avait pas de code, on parlait facilement sans avoir besoin d’être présenté. Aujourd’hui, c’est chacun pour soi ; on sursaute avec inquiétude si quelqu’un vous aborde. Abel se souvient aussi de l’animation du quartier : il y avait des commerces, des ateliers, des entreprises (tannerie, confection, textile, pansements, torréfaction…). Et au coin des rues Croulebarbe et des Reculettes, était implantée une antenne SNCF pour l’expédition des colis déposés par les artisans locaux. Chaque soir, par tous les temps, il y avait une montagne de colis encombrant le trottoir et qui étaient ramassées à 18 h. C’était très vivant, en contraste avec d’autres quartiers de l’arrondissement moins attractifs. Côté loisirs, il y avait beaucoup de cinémas aux alentours et, jusqu’aux années 60, la fête foraine de la place d’Italie, avec ses stands de tir, ses rings de boxe, son train fantôme. Avenue de la Sœur-Rosalie, on trouvait le cirque et sa ménagerie. Quant aux marchands de glaces, il y en avait partout. Et, avec ses pourboires de télégraphiste, il jouait à la loterie pour gagner des kilos de sucre qu’il rapportait à sa grand-mère.

Tout cela est raconté sereinement, sans amertume ou nostalgie. Abel, maintenant converti en retraité, a le temps de lire, aime aller voir des expositions, assister à des conférences. Sa sociabilité naturelle l’entraîne vers les autres, toujours à l’écoute du service à rendre, de l’information à fournir, du compliment à tourner (surtout aux dames). Sa bonne humeur est réjouissante.

Brigitte

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Gazette 73 La dentelle du signe

Posted by lagazou sur 10 octobre 2009

Rencontre

À l’occasion d’un café littéraire organisé en début d’année par Jacqueline Zana Victor, deux écrivains manifestaient, chacun à sa manière, leur attachement à notre arrondissement, l’un comme l’autre ayant trouvé dans le quartier Croulebarbe une terre d’élection. L’un d’eux, Franck Evrard, s’est livré à nous pour un portrait brossé dans notre dernière parution.

Cette fois, La Gazette a fait plus ample connaissance avec Annie Cohen après avoir vu, à la Société des gens de lettres, La Dentelle du signe, un film consacré à son histoire.

Annie Cohen a été victime d’un accident vasculaire cérébral. Ce documentaire, chaleureux témoignage tourné par une équipe proche et sensible, raconte un long retour à la vie.* La lente et prodigieuse aventure restituée par un tournage long de huit ans nous plonge au cœur du XIIIe.

J’ai donc rencontré Annie Cohen les yeux et l’esprit remplis des images de sa vie. Notre entrevue s’est transformée en dialogue, nous avions tant à partager. Et d’abord, une géographie commune, les racines poussent bien dans le béton, sous les pavés. En 1968 on disait : « Sous les pavés, la plage ». Avec Annie, nous pouvons dire et deviner : « Sous les pavés, la Bièvre ».

Elle a d’ailleurs écrit un livre, épuisé aujourd’hui, intitulé La Rivière des Gobelins (Éditions Farrago). Dans son imaginaire, la Bièvre est toujours là, bel et bien visible, témoin d’histoires, de l’histoire et de traces de vie, un peu comme un mythe fondateur.

La longue histoire d’un retour à la vie est indissociable de ces rues qui jouxtent le square Le Gall. Les plus longues incursions mènent à la piscine de la Butte aux Cailles, à la cafétéria Casino du boulevard Vincent Auriol aujourd’hui malheureusement disparue.

Cohen

Dans le film, on voit Annie dans la piscine, elle nage sous l’eau à fortes brasses, hurlant son cri vital que nul n’entend. Pendant des mois, cette activité au quotidien l’a peu à peu rendue à la vie. Dans ce combat jamais terminé, le dessin joue un rôle essentiel. « J’ai rêvé de dentelles blanches et jaunes quelques mois avant le découpage, sur le haut de mon crâne, d’un dessin dentelé nécessaire à l’évacuation d’un hématome… La broderie, souvenir de ma mère, couvrait ma tête un peu comme des circonvolutions du cerveau. »**

Les dessins en témoignent : lignes brisées, réseaux denses de graphisme, paysages intérieurs, ils participent au travail de reconstruction.

Annie Cohen est née en Algérie, pays du soleil. Depuis son arrivée en France, elle vit dans le 13e avec un grand désir de le faire sien. Tout en travaillant l’histoire et la géographie de Paris qu’elle a étudiés lors de son cursus universitaire, elle s’attache à son coin de rue. Venue du pays des oliviers, la voilà devenue compagne des peupliers ; arrivée d’Algérie, elle se sait fille de la Bièvre : elle vit et développe de manière intense et concomitante une théorie des origines en perpétuelle mutation. Pour elle, je la cite, « l’origine, c’est demain ». À ce propos, elle exprime l’importance des capacités d’adaptation, de curiosité, elle dit : « rien n’est figé ».

Revenons à notre terroir. Les lieux de prédilection s’imposent avec leur image bien concrète : le Canon des Gobelins, Annie y arrivait tôt le matin, c’était tranquille, elle y a écrit son livre Le Marabout de Blida (Actes Sud, 1996) ; les cafétérias Casino, celle d’Italie 2, celle du Boulevard Vincent Auriol où elle retrouvait ses amis et aimait la liberté qu’on y goûtait, même habités, des lieux ouverts à la vacuité. Son dernier livre, l’Alfa Roméo (Zulma, 2009), nous amène souvent dans la rue Croulebarbe. Un peu comme les brins d’herbe têtus qui surgissent entre les pavés, les amoureux du quartier reconnaissent sous la dalle des racines tenues et solides.

La conversation a ensuite porté sur le mouvement des femmes dont Annie fut partie prenante ; nous partageons un constat qui nous mène au chapitre des regrets. Nous observons ensemble un recul de la conscience féministe. Autre regret, la disparition des cafétérias. La rentabilité aux postes de commande nous prive de lieux de rencontres abordables. À ce propos Annie me questionne : « La mairie songe-t-elle à préserver ou proposer des espaces pour la rencontre ? » Je ne pense pas que cela soit une priorité pour elle, cependant les conseils de quartier peuvent jouer un rôle à travers leurs vœux, il en est de même pour le besoin exprimé par Annie de bénéficier d’allées pour la promenade des chiens.

Nous continuons l’échange et parlons du travail de l’écriture, travail gigantesque, exigeant. Pour Annie l’écriture et le dessin sont vécus comme une forme de prière, d’apaisement.

Grâce au film et à notre rencontre, je crois avoir été un témoin privilégié d’une aventure humaine à laquelle j’espère avoir rendu ici hommage.

Sabine

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