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Gazette 72 Une santé menacée

Posted by lagazou sur 21 juin 2009

Va falloir bien choisir sa maladie !

 

« Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire. »

Hippocrate

 

Historique de la décadence

Nous avons la chance, dans le 13e, d’avoir un hôpital de pointe tel que l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Nous pouvons y rencontrer des soignants non seulement très compétents mais également, extrêmement dévoués à l’hôpital public. En début d’année, j’ai eu l’occasion de rencontrer le Pr Grimaldi dans les locaux de l’hôpital et le Pr Hartemann-Heurtier lors d’une réunion publique organisée par ATTAC dans l’arrondissement. Ils ont su, tous deux, analyser très clairement la situation de l’Hôpital.

Il faut remonter au début des années 80, période où l’on parlait déjà de coupes budgétaires, pour comprendre l’évolution de la situation. Le gouvernement de gauche de l’époque voulait faire des économies. L’idée était que, l’offre créant la demande, si l’on diminuait le nombre de médecins, on devait diminuer le nombre de consultations de malades ! Par ailleurs et préférentiellement à droite, certains pensaient que si l’offre était moins importante, le prix des consultations pourrait augmenter. L’idée fût donc admise par le plus grand nombre et c’est ainsi que l’on a vu le nombre de médecins formés passer de 8500 par an dans les années 80 à 3500 en 2000. Certaines spécialités sont maintenant en déficit de médecins. Cette situation n’a pu être sauvée que grâce à l’aide de médecins étrangers. Il faut avoir conscience que ces médecins d’une part sont moins payés que les médecins français pour un travail identique et que d’autre part, ils ont été enlevés à leurs pays d’origine qui avaient grand besoin d’eux ; situation doublement amorale ! A l’hôpital public, le passage aux 35 heures par semaine sans création suffisante de poste a rendu la situation explosive du côté des paramédicaux.

hopital2vitesses

Nous assistons à l’heure actuelle, à la mise en place d’un système de marchandisation de la santé. Comment une telle chose a pu se produire sans que l’on ne réagisse massivement ?

Eh bien ! petit à petit, sans faire grand bruit ! Tout d’abord, pour tracer l’argent du contribuable, on a demandé au personnel hospitalier de codifier tous les actes médicaux. Puis, des tarifs ont commencé à être appliqués sur ces différents actes. Ceci a participé à la genèse de la fameuse T2A (Tarification à l’Acte) qui sévit actuellement.

 

Un hôpital-entreprise

L’hôpital qui auparavant recevait un budget global (certes trop inégal d’un hôpital à l’autre et prenant mal en compte l’activité) va maintenant recevoir de l’argent à l’acte. Il est facile d’imaginer les dérives qui se mettent en place, là encore, petit à petit, sans faire grand bruit!!!! Transformer une simple consultation en un acte à meilleur tarif (merci pour la Sécu !)… laisser sortir un patient pour le faire entrer à nouveau (merci pour le patient !)…bingo ! en repassant par la case départ, il fait gagner à l’hôpital une nouvelle entrée !!! Voilà comment nous sommes en train de passer d’un système qui avait pour objectif la qualité des soins à un système où la quantité prime. Ce système pervers profite aux  cliniques privées qui peuvent se faire de l’argent sur le dos de la Sécu. Contrairement à l’hôpital public, elles peuvent trier les malades, et ne faire que des actes programmés, pas chers et qui peuvent rapporter gros (la cataracte, l’adénome de la prostate, l’anneau gastrique, la prothèse de hanche …) ! Elles ne peuvent donc pas être en déficit puisque tous les cas difficiles, graves, urgents sont dirigés sur l’hôpital. En revanche, tout cela coûte très cher au système hospitalier. Lorsque les hôpitaux auront appliqué le même fonctionnement que les cliniques privées, il faudra bien choisir sa maladie si on veut être soigné dans les meilleures conditions, et avoir une très bonne assurance privée acceptant de prendre en charge les dépassements d’honoraires !

Pour couronner le tout, il est prévu que les médecins hospitaliers puissent être rémunérés à l’acte (pour 50% ou plus de leur salaire). On imagine tout de suite aisément « l’abattage » ! En revanche, il est prévu que les infirmières continuent à travailler plus sans gagner plus !!! Elles pourraient toutefois avoir droit à un intéressement si leur pôle est bénéficiaire !

Que dire aussi du fonctionnement et de l’organisation de l’hôpital : les hôpitaux vont être maintenant dirigés par des gestionnaires qui seront nommés. Le personnel sera mutualisé. Fini le temps des services où chacun avait sa compétence, son expérience, fini les projets de soins, fini la proximité avec le malade. Il faut de la rentabilité, de la quantité, du chiffre. Et pour qui, pour quoi ? Ce n’est même plus pour enrichir le médecin ; non ! C’est pour abreuver les actionnaires qui voudront investir dans la santé.

Quel avenir pour la Santé ? Qu’adviendra-t-il de la personne qui ne pourra pas payer ? Comment les médecins vont-ils pouvoir exercer leur mission qui est de soigner, tout en devant se plier à la loi du marché ? Comment la recherche hospitalière va être financée ? Comment les médecins pourront-ils être en accord avec ce fameux serment d’Hippocrate ?

L’hôpital n’est pas le seul service de santé à être en difficulté : la médecine de ville, la médecine scolaire, la médecine du travail, les centres de soins, la couverture sociale telles que la Sécu, la CMU, les mutuelles sont menacées. Si vous avez des témoignages, des suggestions vous pouvez ajouter un commentaire sur le blog.

Si vous le désirez, vous pouvez signer la pétition à l’adresse suivante : http://www.appel-sauver-hopital.fr

 

 Edith Rantrois

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