La Gazette du 13ème – Journal de quartier

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Gazette 79 Les Ateliers Stéphane Gérard

Posted by lagazou sur 24 avril 2011

Un concept porteur d’avenir

Comment une aventure personnelle se transforme-t-elle en réussite collective ? Très tôt, Stéphane Gérard, jeune « gars du Nord », a eu deux vocations : le sport et la création. Il a choisi la deuxième en suivant, dans les années 70, une formation professionnelle à l’école des Arts Appliqués de Roubaix et en se spécialisant dans les techniques de la forme et du volume. Il a découvert dès 14 ans le monde du travail et ses valeurs humaines, en exerçant des métiers variés puis en travaillant comme ouvrier., Il s’est aussi intéressé à la technique, avec le désir de comprendre « comment se font les choses ». Arrivé à Paris en 1976, il travaille en indépendant comme technicien du volume, tout en continuant une formation créative. Plus tard, suite à de nombreuses demandes, il décide de créer son entreprise. Il cherche certes les meilleures conditions pour assurer sa production mais surtout il désire mettre en application sa réflexion de fond sur les métiers qu’il veut faire évoluer dans le domaine technique et sur le plan humain. Il s’agit, pour Stéphane, d’utiliser la base du métier parfaitement maîtrisée, non pour s’y asseoir, mais pour faire évoluer le métier autant que l’humain. Sa vision de l’entreprise n’est pas de chercher un profit personnel, mais de l’utiliser comme levier et de faire émerger des compétences, en progressant toujours dans la voie de l’innovation et de la très haute qualité. Cet angle permet aussi de dépasser la « concurrence ». Stéphane veut s’installer dans un quartier industriel mais c’est devenu rare à Paris. Sa prospection « raisonnée » l’amène dans le 13e arrondissement où il s’installe en 1987 : les locaux de 160 m2 sont en en friche et il va falloir les réhabiliter. Ils sont situés aux « Frigos », bâtiment industriel emblématique, dédié maintenant aux pratiques d’art et artisanat.

Stéphane est vite rejoint par Danièle Allemand qui a suivi les cours du soir qu’il donne alors dans le cadre de la Ville de Paris. Littéraire de formation, elle fabrique et commercialise des bijoux en polymère et désire se perfectionner. Dès 1987, elle vient travailler et apprend le métier à l’atelier qu’elle contribue fortement à développer. Elle en assure la direction aujourd’hui sur les fondements posés par Stéphane.

L’équipe des « Ateliers Stéphane Gérard » s’est étoffée et il y a maintenant 10 salariés. Le problème est que, dans le domaine des matériaux nouveaux, il n’existe pas encore de formation et qu’il faut former les techniciens en interne. Leur profil d’origine est varié mais doit relever du travail manuel (de l’ajusteur aux arts appliqués). Il faut aussi qu’ils aiment apprendre, travailler en atelier, faire de belles choses, innover. Cette production impose de toujours chercher de nouvelles techniques et de nouveaux matériaux. C’est la condition pour se maintenir et se développer de façon durable. Aux ateliers, ce qui importe n’est pas la machine mais le métier, le geste. Danièle a beaucoup contribué à la démarche de Recherche & Développement de l’entreprise. Elle a acquis par l’expérience une bonne expertise des matériaux mais a voulu y ajouter une approche scientifique pour la compréhension des processus et la recherche de solutions. Grâce aux cours du soir du CNAM, elle est devenue ingénieur matériaux. Les compétences acquises ont aussi favorisé le rapprochement avec les écoles techniques, d’art appliqué et scientifiques. La collaboration est constante avec les deux IUT de science et génie des matériaux de la Région Parisienne. Ceux-ci mettent à la disposition de l’atelier des machines pour tester les caractéristiques des matériaux et lui confient des stagiaires. Ces jeunes sont bien accueillis car la solidarité et la cordialité sont de mise aux Ateliers Stéphane Gérard. L’efficacité est aussi liée à une bonne ambiance de travail.

Les stages donnent la possibilité d’embaucher des jeunes formés en interne. Sinon, le personnel est recruté par le biais du Pôle Emploi ou par des annonces professionnelles, en tenant compte de la proximité avec le domicile. Dès le début, Stéphane a voulu privilégier les « riverains », conscient du taux particulièrement élevé de chômage dans ce secteur de l’arrondissement. Il a dû constater cependant qu’il était difficile d’intéresser à son activité des jeunes Parisiens encore trop éloignés d’une culture technique et de l’exercice d’un travail manuel même prometteur. Malgré cette difficulté, Stéphane s’implique dans le 13e qu’il aime, trouve vivant et plein de ressources. Il participe aux instances locales (conseils de quartier, concertation Paris Rive gauche) dans le but d’aider à implanter de petites unités de production dans les nouveaux quartiers. Il y incite à développer des entreprises typiques de l’activité parisienne, répondant à de réels besoins, en continuité avec la réalité sociologique locale, innovantes et créatrices d’emplois qualifiés sur la base d’une formation dans l’entreprise. Il soutient également le sport au niveau local.

Les ateliers sont ouverts aux étudiants et élèves des écoles voisines, et lors des journées portes ouvertes : c’est l’occasion de faire de la pédagogie auprès de jeunes pour les sensibiliser aux métiers techniques de demain. L’ouverture sur l’extérieur est assurée aussi par les cours que donne Stéphane dans l’enseignement supérieur (histoire des techniques, sémiologie, sculpture), par sa participation aux jurys de concours et par son travail avec la Chambre des métiers. S’y ajoute aussi un rôle auprès de réseaux de compétences d’Ile-de-France,

Tout cela assure le rayonnement de cette entreprise originale, industrie créative innovante, en continuité avec l’histoire industrielle de l’arrondissement.

Brigitte Einhorm

Les ateliers Stéphane Gérard, qu’est-ce que c’est ?

� Une production qui associe industrie, art, science, savoir-faire, qui est destinée à des besoins précis sans chercher le spectaculaire et qui évolue en permanence : création de formes nouvelles, mise au point de matériaux et process nouveaux.

� Une entreprise active, unique en son genre avec des débouchés assurés (17 commandes parallèles en permanence) et dont les productions s‘exportent jusqu’en Asie.

� Une clientèle fidélisée (parfois depuis 20 ans) et variée : architectes, artistes, designers, industries (Peugeot, Saft…) mode et luxe (Kenzo, Lancel…), institutions scientifiques (CNRS, Institut Curie, IRD…), musées, municipalités, monde du sport…

� Une gamme étendue de produits fabriqués :

– de toute taille : de l’épine d’acacia moulée à la pièce de 7 mètres de haut ou aux 100 m2 de motif en fibre de carbone, en passant par les supports de bijoux ou les bonhommes Michelin.

– en matériaux traditionnels (plâtre, béton…), en matériaux naturels, écologiques, recyclés (résine bio, poudre de métal, agrégats et fibres naturelles) et en matériaux synthétiques (polymères, silicones…). Avec tout cela, on peut mettre au point des matériaux de façon infinie pour des applications multiples.

Site : http://www.ateliers-stephane-gerard.fr

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Gazette 70 Le multiple, le mouvement et la transformation – 2e partie

Posted by lagazou sur 2 janvier 2009

Dans le dernier numéro de La Gazette, j’avais commencé un petit tour d’horizon du 91 quai de la Gare par un portrait de Cécile Page ; aujourd’hui je le poursuis avec celui d’un des artistes invités lors des dernières portes ouvertes organisées au printemps dernier.

Ce samedi 24 mai 2008, au dernier étage du bâtiment B, l’affiche d’une exposition met d’emblée tous mes sens en éveil ; la mise en page et l’illustration (une mosaïque d’œuvres), ainsi que la « multi-dimensionnalité » du travail de l’artiste qu’elle me suggère, attisent ma curiosité.

Dans le couloir d’entrée sont présentés des dessins et gravures dont Mains-feuilles récoltant l’écorce et Digestion mécanique du végétal. Dans l’espace principal, en se diffusant au travers, la lumière du jour illumine À la recherche d’un arbuste (pâte à papier de mûrier, gravure, technique mixte montée sur lin). Sur les murs alentour, deux grandes séries : Gravures du Languedoc et Gravures de Corée. L’étiquette apposée à côté de la première, « Éd. de 12 gravures au Carborundum sur papier de Yuca planté et récolté par l’artiste », pique ma curiosité malgré le fait que (ou parce que ?!) je n’ai aucune notion de ces techniques et procédés. La fabrication par l’artiste lui-même de matériaux nécessaires à la réalisation de certaines de ses œuvres, comme la culture de plantes spécifiques, me fascine. J’apprendrai plus tard que c’est « le projet qui détermine la forme, le médium »…

oeuvre_art_1Le nom des œuvres et les légendes peuvent sembler abscons ; personnellement, ils me remplissent d’une sérénité joyeuse. Ils expriment, à mon avis, à merveille autant le travail effectué par Parme Baratier que les émotions physiques et les perceptions mentales dans lesquelles nous plongent ses réalisations. Les univers, les motifs, les couleurs, les tonalités des pièces exposées autant que les textures et l’odeur des matières que j’aime à deviner dispensent une sensation de légèreté et de simplicité d’autant plus admirable que l’on sent d’instinct qu’elle est le fruit d’un travail complexe aux multiples facettes.

Trois jours après, et avant qu’il ne réintègre son propre atelier situé dans le Xe arrondissement, je retrouve Parme Baratier dans la cour-jardin commune aux Frigos et à l’association Les Voûtes. Qu’il participe activement à un projet de jardin (voir article dans notre prochain numéro) créé ici même et géré par Les Voûtes et qu’il ait déjà réalisé des installations et participé à des événements dans le cadre de la programmation artistique et culturelle de cette association ne m’étonne pas. Et ce ne sont que deux exemples de ses diverses activités et réalisations – Je serais tentée d’ajouter « recherches » et « expériences ». Ce qui les relie, me semble-t-il : la passion d’apprendre et de découvrir, la volonté d’approfondir et de transformer les connaissances et les techniques acquises, le désir d’accéder à de nouvelles possibilités et d’ouvrir de nouvelles pistes.

Quant à la gravure, qui s’inscrit dans la « culture du multiple », elle lui est chère pour deux raisons principales : elle permet non seulement au public d’acquérir des œuvres à un prix abordable, mais aussi « à l’oeuvre d’exister de manière plus vivante » puisqu’il est possible d’en présenter plusieurs exemplaires dans des endroits différents au même moment. « À partir du moment où l’on réalise quelque chose de très abouti, un projet défini, l’intérêt premier, c’est cette diffusion facile. »

M. Fuchs

parme.baratier@free.fr

parmebaratier.com

http://les-frigos.com/

http://www.lesvoutes.org/

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