La Gazette du 13ème – Journal de quartier

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Gazette 79 Résistants héroïques et discrets

Posted by lagazou sur 24 avril 2011

Le couple Postel-Vinay

 André Postel-Vinay avait 29 ans en juin 1940, sa femme Anise, 18 ans. Tous deux se sont révoltés contre la honte de l’armistice signé par Pétain, et ont décidé de ne pas l’accepter. Voilà pourquoi La Gazette se doit de vous faire connaître ce couple de citoyens apparemment tranquilles et sans histoire qui ont traversé des moments terribles et pleinement assumés pour que nous tous puissions vivre dans un pays libre.

            André Postel-Vinay a attendu sa retraite pour écrire Un fou s’évade où il ne relate que les souvenirs de 1941à 1942. Comme beaucoup des résistants il avait besoin de silence et de temps pour évoquer l’indicible. Dès la défaite de 1940 il a cherché à aider les forces d’opposition au gouvernement de Vichy. Quand on cherche, les rencontres se font, et, à partir d’octobre 1940 ce jeune inspecteur des finances se trouve pris dans les réseaux à risques de l’IS (Intelligence service, pour aider en France des agents de la France libre) Dès lors autour de lui les arrestations se multiplient avant qu’il ne tombe lui aussi dans le piège tendu par un certain Paul qui, sous prétexte de lui faire connaître son nouveau patron devant fournir des liaisons radio fiables pour joindre Paris à Londres, va le faire arrêter par la Gestapo.

Nous avons tous vu des films sur la période qui ne font pas l’impasse sur les méthodes barbares pour arracher des renseignements. Mais ce livre-témoignage prend ses distances, celle du détachement historique et de l’humour : « J’eus le sentiment d’entrer dans un autre univers… fâcheusement voisin de ces enfers où les sculpteurs du Moyen Âge précipitaient les damnés ». Hanté par la peur des interrogatoires où il pourrait faillir à l’honneur : « Voilà un mot bien sonore et désuet… si je lui avais manqué… je serais devenu fou, déséquilibré par un conflit interne et obsédant » il décide de se tuer en se précipitant de la balustrade du deuxième étage de la Santé. Las ! il se rate. Toujours sur le mode détaché, la suite de ce récit conduit le lecteur, au travers des souffrances, des diverses péripéties et changements de prison ou d’hôpitaux, jusqu’à son ultime évasion, qui finira par l’amener à Londres, auprès de De Gaulle.

Un des enseignements qu’il va tirer de son expérience est qu’il faut réviser les préjugés : la police nazie n’est pas aussi organisée que féroce, et se méfier des apparences : un gardien allemand, qu’il nomme irrévérencieusement Gorille et qui doit serrer quotidiennement ses menottes, va au contraire lui témoigner de la compassion et le nourrir. Son corps délabré par la chute lui vaudra d’être emmené à une infirmerie : le pavillon Quentin à la Pitié-Salpêtrière et là encore il rencontrera un officier humain. Sa sœur et son beau-frère arrivent par l’intermédiaire d’un médecin à lui suggérer de contrefaire la folie, ce que les autres pensionnaires de Quentin simulent aussi, ou dont ils sont vraiment atteints. Des Allemands, Hans, ou Français, Clovis, jalonnent en anges gardiens ce parcours éprouvant, toujours décrit avec humour : « Le secteur centre-sud de mon dos commençait à s’irriter de façon tout à fait déplaisante ». La nuit de Noël un gardien allemand lui apportera du chocolat chaud. Il arrivera à ne pas sombrer dans la folie, malgré des maux de tête intenses, et son dernier psychiatre, un Allemand, l’a vraisemblablement laissé s’évader en douceur de Ste. Anne. En septembre 1942 il est donc libre, se cache dans Paris chez des amis, s’en va à Gibraltar, puis à Londres où les Anglais lui feront subir des interrogatoires pendant un mois avant de le laisser se présenter à de Gaulle. Celui-ci le nomme directeur-adjoint de la caisse centrale de la France libre. C’est donc en Angleterre qu’il commencera à exercer son métier d’origine, mais au service de l’intérêt public pour libérer son pays.

Sa femme il ne la rencontrera que lorsqu’elle sera revenue du camp de Ravensbrück. Il l’avait entr’aperçue à la Santé lors de son arrestation. Cette grande jeune fille blonde faisait aussi partie d’une famille violemment opposée au nazisme. Son père, médecin issu de paysans jurassiens l’éduque comme ses frères et sœurs, « à la dure » ce qui lui permettra de résister au régime inhumain des camps. Sa mère, alsacienne, est au courant avant 1939 des horreurs du nazisme et a toujours soutenu la résistance de ses enfants. Anise, en prison, a la révélation de l’idéalisme communiste. Ces militants qu’elle croyait voués au matérialisme, ont un courage et une flamme extraordinaires, en particulier Auguste, nom de code de Raymond Losserand. Après avoir été transférée à Fresnes, galvanisée, elle essaie aussi de s’évader en attaquant une surveillante, ce qui lui vaudra l’admiration et l’estime amoureuse d’un officier allemand qui l’autorisera à recevoir des colis de ses parents, alors qu’elle est cataloguée NN : Nacht und Nebel : Nuit et brouillard, ceux qui devaient être considérés comme disparus. Comme elle l’écrit simplement,« Nous ignorions les termes de résistance et de réseau, simplement nous faisions quelque chose avec un petit groupe de gens ». Un mois après son père qui a échappé au poteau d’exécution elle est envoyée comme lui en octobre 1943, en Allemagne, et à Ravensbrück elle fait une double expérience qui la marquera à vie : celle de la déshumanisation à laquelle sont soumises les prisonnières « au-dessous d’un certain seuil de sous-alimentation, de maladie, d’épuisement, de harcèlement, la lutte pour la survie devient animale, incontrôlée », mais aussi celle exaltante des rencontres et amitiés avec des femmes d’élite de l’Europe entière : les Françaises Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, l’Allemande Margarete Buber-Neumann, la Tchèque Milena Seborova. Elles ont toutes frôlé la mort par dysenterie, typhus, tuberculose. Elles s’en sont sorties par leur volonté, leur résistance physique, l’aide apportée par les « bons kapos », ces prisonnières, aides des oppresseurs qui, malgré leur mauvaise réputation, ont en fait souvent aidé leurs consœurs. Une grande douleur d’Anise sera de n’avoir pu empêcher la mère de Germaine Tillion d’être gazée et, quand elle sort de ce cauchemar vivante, d’apprendre la mort de sa sœur fusillée par les Allemands près de Paris le 27 août 1944.

 Revenue à Paris, elle sera présentée à André par la sœur de celui-ci, et ils ont fondé ensemble un couple soudé par l’estime et l’amour. Après son retour, elle ne fréquentera que ses amies du camp, collaborera au bulletin des déportés, et soutiendra son époux quand il entreprend la rédaction de son livre.

Je lui suis reconnaissante d’avoir accepté de me recevoir, car il lui coûte à son âge de raviver ces souvenirs. Elle a été heureuse, à la fin de notre entrevue, de m’apprendre qu’en ce début décembre, la Banque d’Angleterre va organiser une exposition, à son siège londonien, du travail accompli sous la direction de son mari pour mettre en place l’emprunt à la dite Banque, emprunt nécessaire pour financer la libération de la France, emprunt remboursé dans sa totalité après-guerre.

Anise a partagé avec André, disparu il y a 3 ans, les qualités qui, selon lui, font les vrais héros : « Il n’y a pas d’héroïsme vrai sans vision réaliste des événements… il n’y a pas non plus d’héroïsme sans la vivacité d’imagination qui fait mesurer à l’avance l’ampleur et les détails du péril. »

Elle demeure toujours sur la Place Pinel, dans la discrétion.

G. Mennessons

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