La Gazette du 13ème – Journal de quartier

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Gazette 69 Agaton: sculptures et kakémonos

Posted by lagazou sur 8 novembre 2008

Jusqu’à la fin mai au deuxième étage de la mairie du XIIIème, place d’Italie, on pouvait aller visiter, si on s’y intéresse,   un ensemble très coloré de  kakémonos (1) et de  sculptures, signés Agaton . J’ai été attirée  davantage par les sculptures, et assez pour avoir envie de connaître leur auteur.
Rendez-vous fut pris : je  vis arriver  une jeune femme timide aux grands yeux bruns réfléchis, silencieuse, qui n’a pas envie de “se vendre”, très réticente, à apprivoiser. Ayant vécu avec un peintre, je suis arrivée à la cerner un peu. Elle vient d’arriver dans l’arrondissement, et c’est la première fois qu’elle vit dans un H.L.M. bien à elle ; elle ne savait plus où déménager, poussée par l’augmentation annuelle des loyers privés qui la chassait  de ses précédents logements. Pour travailler, elle loue une chambre de bonne à Barbès, et investit la cave de ses parents avec ses productions, ce qui la pousse à limiter ses formats. Mais ce qui l’attire,  c’est le monumental.  Au lycée Marie Curie, à Sceaux, elle a présenté un bac d’Arts plastiques, et après,  peu attirée par des études plus longues,  elle a voulu se colleter très vite avec la réalité du travail . Dans un théâtre elle est  passée du travail de bureau  à la manipulation des décors, ce qui lui a fait découvrir les possibilités du polystyrène. Elle a eu la chance de se voir confier 120 m2 de toile à peindre à La Piscine à Chatenay-Malabry. Ses parents, mère, professeur d’arts  plastiques,  et père, chercheur, ne s’opposent pas à son choix de vie bien qu’il ne passe pas par l’enseignement public. Ils l’aident dans la mesure où ils parlent d’elle à ceux de leur entourage intéressés par les arts plastiques. Pour vivre, elle fait des “petits boulots” le soir, qui lui laissent la journée pour travailler car, évidemment, pour le moment l’art ne la nourrit pas; l’artiste qui l’a aidée à clarifier ses choix et à avoir confiance en elle  est le peintre Combas. Ses sculptures  sont proches de l’esprit d’une Niki  de St. Phalle Elle reconnaît que le côté décoratif  la tente, et ses kakémonos  en plastique en témoignent.  Mais sur ces oeuvres elle écrit ses réactions sur les réalités  sociales qui  lui font mal, comme le crient les
titres :”100% précaire”, “Art makes Hungry”, Réussir ou périr”, “La vache enragée”. Quant aux sculptures,  soit en polystyrène,  comme “ Krote de né” (sic), soit à base d’objets enrobés de grillage et de plâtre,  telle “La chaise” avec ses piques  pour fakir  que n’auraient pas désavouée les surréalistes,  ou le tricycle, base de “Gro Oiso”, elles ont une charge d’humour et de satire exprimée en couleurs joyeuses et en formes solidement construites.

agathon Toute une partie de son travail sur toile   “Autoportraits”  n’était pas représenté ici,  et vise un but plus intérieur. A 18 ans,  son travail dans des décors de cinéma, comme plus tard la récupération d’affiches dans un MK2 du vingtième arrondissement lui ont appris à ne pas avoir peur des grandes surfaces. Ses  sujets favoris, outre l’engagement social, elle va les chercher dans le milieu aquatique et végétal qui donne une  présence mystérieuse à ses kakémonos.
Elle a eu récemment la chance d’attirer l’attention d’Amélie Nothomb qui  l’a imposée pour la couverture  de son dernier livre de poche :  » Journal d’hirondelle” et d’approcher Speedy Graphito. Bref, pour cette travailleuse acharnée -et on oublie souvent que l’art c’est aussi et surtout du travail,  comme l’exprime la célèbre formule ”One % inspiration, 99 % transpiration  »  – le chemin devient de plus en plus lumineux. A suivre.
Séraphine
(1) Kakémono : peinture japonaise plus haute que large et suspendue.
maildagathon@yahoo.fr

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