La Gazette du 13ème – Journal de quartier

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Gazette 78 Quand le théâtre faisait battre les cœurs

Posted by lagazou sur 29 décembre 2010

Le théâtre des Gobelins

L’histoire du théâtre des Gobelins s’inscrit dans une tradition populaire portée par des hommes complètement dévoués à l’art. Parmi eux, une dynastie, les Larochelle. L’ancêtre, Barthélémy, débutait à la Comédie française en 1782, Henri entrait dans la carrière en 1846 et Paul, son fils prenait la suite. A la fois directeurs, gérants, comptables, acteurs, formateurs, ils assuraient des spectacles chaque jour différents traînant dans des véhicules incertains costumes et comédiens pour animer des théâtres de banlieue. Ils développaient une énergie incroyable, leur passion n’avait pas de bornes. Véritables apôtres de la production théâtrale, ils pratiquaient une solidarité exemplaire envers des collègues acculés à des difficultés financières, loin de toute notion de concurrence.

Henri, déjà investi à Mont-Parnasse, à Grenelle et bientôt à Cluny, désirait donner des bases solides à son entreprise. Il avait donc acheté tout le terrain compris entre l’avenue des Gobelins, les rues Véronèse, Coypel et Primatice et vendu la partie superflue.

Rodin était parfaitement inconnu à l’époque et, pour lui rendre service, Henri le pria de décorer le fronton de la Loggia. D’après le conservateur du musée Rodin, ce dernier aurait choisi pour modèle un certain Germain, qui exécuta la maçonnerie, et sa femme.

La véritable carrière du théâtre commence en 1876 sous la direction d’Hartmann, collaborateur et grand ami d’Henri Larochelle. Aux Gobelins, on passe alternativement des spectacles communs aux théâtres du Mont-Parnasse et de Grenelle. Au registre des premiers spectacles : La Tterre de feu, Les Deux Orphelines, Le Courrier de Lyon, Le Réveillon, La Tour de Nesles. Le répertoire, les acteurs, les décors attiraient un public populaire qui manifestait avec vigueur effroi, sensibilité, lyrisme, colère, révolte. À lire les récits de l’époque, les très vives réactions entretenaient un climat des plus vifs.

Parmi les temps forts du théâtre des Gobelins, il faut citer le Pathé-théâtre, spectacle produit « pour la première fois dans le monde entier du 25 au 31 mai 1912 », voilà un art nouveau, il s’agit de pièces jouées avec décors et artistes de talent qui n’émettent aucun son. On peut lire dans L’Écho de Paris : « Pas d’orchestre, pas de chanteurs, des mimes très  artistiques et très dramatiques… et c’est tout ! Et cependant on entendit le Trouvère avec M. Noté de l’Opéra, Fontaine, Marvini et ce fut un triomphe !

Mystère et secret de Pathé-théâtre. Ce n’est pas l’aurore, c’est l’épanouissement d’un art nouveau qui va révolutionner le théâtre moderne ! »

Dès le début du XXe siècle, on donnait aux Gobelins des films muets, documents, comiques, fictions, accompagnés souvent au piano. Depuis 1876 et jusqu’aux années trente, le théâtre était un lieu de sortie très apprécié. On « s’habillait » et même s’il suffisait de passer la barrière de la place d’Italie, la sortie, pour la classe laborieuse, prenait des airs de fête, et même d’événement. Ceux qu’on appelait les « petites gens » furent des fervents des pièces programmées, c’était un temps de rêve, de larmes, d’émotion soustrait à des vies difficiles.

Le théâtre des Gobelins se reconvertit en cinéma en 1934. L’atmosphère était tumultueuse, le cinéma permanent créait un lieu de vie oÙ l’on restait des heures, buvant, mangeant, entretenant un beau chahut. En encadré, nous donnons un texte d’Alphonse Boudard qui décrit dans un argot parisien particulièrement fleuri l’ambiance des années 1940/1950.  Le lieu a gardé longtemps sa structure de salle à l’italienne avec ses deux balcons, ses velours rouges, il fut transformé en 1993, deux salles furent créées, l’ensemble prit le nom de Gaumont Rodin. J’ai eu la chance de rencontrer l’arrière petite fille de Paul Larochelle qui a connu dans sa petite enfance les vestiges des décors de la salle, elle habitait le 73 avenue des Gobelins.

L’ancien théâtre est fermé depuis 2003, les voisins, intrigués, se perdent en conjonctures. Le chantier a démarré en 2010, derrière la façade conservée des immeubles étayés composent un paysage impressionnant et le programme s’affiche :

Le projet développé par une équipe de Renzo Piano, dirigée par Thorsten Sahlmann, se développe au cœur de la parcelle et prend la forme d’une bulle de 5 étages de haut.
Le rez-de-chaussée, dégagé pour l’accueil, permet  d’offrir une vue traversante depuis l’avenue vers un jardin en fond de parcelle de 200 m2. Le sous-sol accueillera une salle de projection de 40 fauteuils, tandis que le premier étage sera destiné à la présentation des collections permanentes. Les étages 2, 3 et 4 abriteront dans des espaces fermés les archives papier de Pathé sur 800 m2. Enfin le dernier étage, d’une hauteur double, accueillera des bureaux sur 150 m2. Ils constitueront le sommet de la bulle de verre, visible depuis l’avenue des Gobelins.

Le permis de construire a été obtenu en novembre 2008, le maître d’ouvrage est la Fondation Seydoux-Pathé (Source Skyscrapers)

Sabine

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